Débat Bruckner-Shellenberger : « L'Occident est fatigué et déprimé »

Gabriel Bouchaud et Thomas Mahler • 29 novembre 2019

Extinction Rebellion, Greta Thunberg, catastrophisme, nucléaire... Rencontre avec Pascal Bruckner et l'écologiste pragmatique Michael Shellenberger. Propos recueillis par Gabriel Bouchaud et Thomas Mahler


Un article du journal le Point

Farouches contempteurs de l'écologie radicale, ils se connaissent depuis 2012. Nommé « héros de l'environnement » par le magazine Time en 2008, l'Américain Michael Shellenberger est un écologiste pragmatique qui défend le nucléaire comme meilleur outil pour lutter contre le réchauffement climatique. Bien connu de nos lecteurs, l'essayiste et romancier Pascal Bruckner, qui vient de publier Une brève éternité ( Grasset), voit dans l'écologisme politique une tentation totalitaire. Nous les avons réunis dans les locaux du Point , en partenariat avec le site australien Quillette. L'occasion de débattre sur le millénarisme des collapsologues, d'Extinction Rebellion, du nucléaire décarboné, du déclin de l'idée de progrès, de l'optimisme qui a déserté l'Occident au profit des dictatures et, bien sûr, de Greta Thunberg... Et si les vrais progressistes, c'étaient eux  ?

Le Point : Vous êtes tous les deux des critiques de l'écologie radicale. Pourquoi ?

Michael Shellenberger : Je pense qu'il y a un lien entre les changements globaux que sont l'élection de Trump, le Brexit ou la montée du nationalisme et Extinction Rebellion, et Greta Thunberg. L'argument développé par Pascal dans Le Fanatisme de l'apocalypse , c'est que le climat s'est imposé comme un problème à la fin de la guerre froide. J'étais moi-même alarmiste à propos de la guerre froide et du risque de guerre nucléaire et, lorsqu'elle a fini, très abruptement, je me suis dit « où est passé mon millénarisme  ? ». J'ai donc recyclé ma crainte de la fin du monde vers une peur de catastrophe environnementale. Quand les activistes climatiques parlent du changement climatique, ils le font de la même manière qu'ils parlaient de la guerre nucléaire avant la chute du mur de Berlin. Aujourd'hui, nous assistons à une désintégration de l'ordre politique global, avec un repli sur les frontières nationales. On le voit avec le retrait des États-Unis du Moyen-Orient. Extinction Rebellion et Greta Thunberg sont des réactions à Trump et au Brexit, le signe d'une panique chez les progressistes, internationalistes et cosmopolites contre ce retour à un nationalisme de droite. Je pense que ça ne fonctionnera pas, parce qu'il y a trop peu de raisons de garder une solidarité internationale libérale aujourd'hui. On risque de revenir à un monde bipolaire, États-Unis contre Chine. Je ne sais pas ce que l'Europe sera dans ce nouveau monde.

Pascal Bruckner : Il y a beaucoup de choses dans ce que vient de dire Michael. La fin de la guerre froide a posé un problème majeur à l'Occident : la disparition de l'ennemi. On a donc cherché un ennemi de substitution. L'altermondialisme a d'abord succédé au communisme, puis ont suivi l'écologie et l'islam radical. Avec l'écologie profonde, l'ennemi est devenu l'homme lui-même. L'homme en ce qu'il est le créateur de son destin et en tant que dominateur de la nature pour imposer sa culture et sa civilisation. Toute l'ambiguïté de l'écologie est qu'on ne sait jamais si elle cherche à sauver la Terre ou à punir les hommes. Il semblerait qu'on ait envie de punir les hommes, et il y a d'ailleurs toute une fraction de l'écologie qui est exterminatrice. C'était déjà le cas avec le commandant Cousteau qui préconisait la disparition de plusieurs centaines de millions d'hommes, c'est vrai aussi avec les collapsologues comme Yves Cochet qui envisage avec un grand sourire l'extinction de l'espèce humaine. Sur ce plan-là, Extinction Rebellion est intéressant parce que ce sont des enfants de la classe moyenne supérieure, plutôt bien élevés et bien éduqués. Cela me fait penser à cette phrase : « Si un million d'enfants veulent nettoyer la Terre, qu'ils commencent par nettoyer leur chambre. » Je ne dis pas ça pour polémiquer, mais je suis allé voir le site d'Extinction Rebellion place du Châtelet à Paris, après leur départ, et c'était immonde ! Il y avait des déchets partout. Je ne comprends pas que de jeunes gens, animés d'intentions généreuses, ne commencent pas par nettoyer leurs propres saletés ou, mieux encore, les sites de déchets qui parsèment la grande couronne parisienne. Ce n'est sans doute pas assez noble pour eux, ils aiment les grandes idées, pas les petits gestes. Extinction Rebellion veut détruire le capitalisme. Il y a du boulot, car d'autres se sont essayés avant eux. On a l'impression que l'écologie n'est que le prétexte pour reprendre des mots d'ordre très anciens. Ces jeunes gens me paraissent très vieux...

À gauche, on regrette la vie agraire ; à droite, c'est plutôt l'âge d'or des sociétés industrielles. Mais personne ne propose une vision du futur.

Si on vous écoute, l'écologie est une idéologie comme le communisme. Mais il y a aujourd'hui une urgence climatique !

M. S. : Si on se préoccupait vraiment du climat, on demanderait la construction de centrales nucléaires qui fournissent une énergie décarbonée, et le monde entier s'inspirerait du mix énergétique français, dans lequel le nucléaire représente plus de 70 % de l'électricité. Mais les écologistes sont antinucléaires  ! Leurs objectifs n'ont donc pas grand-chose à voir avec la réduction des émissions de CO2, ils veulent réduire toute consommation énergétique. Leurs demandes ne concernent même pas tant les énergies renouvelables que la décroissance, et le fait qu'on ne prenne plus la voiture comme l'avion. À Londres, Extinction Rebellion a même bloqué le métro. On considère souvent l'apocalypse comme un Armageddon, mais, dans la pensée grecque et biblique, l'apocalypse est la révélation d'un nouveau monde, d'un nouvel ordre. Pascal, penses-tu que Extinction Rebellion ou Greta Thunberg correspondent à une demande d'utopie ou alors est-ce la destruction de nos sociétés ?

P. B. : C'est une sorte de messianisme négatif, issu du Moyen Âge. Mais, au Moyen Âge, ces grandes utopies avaient une connotation religieuse. Là, c'est une religion païenne qui met Gaïa au centre des revendications d'austérité, de pauvreté volontaire. Le modèle vient des communes paysannes, un peu comme les amish aux États-Unis. On retrouve aussi tous les attirails des zadistes, qui cumulent plusieurs époques dans leurs modes vestimentaires. Je suis sûr que Chanel s'en emparera un jour pour faire des défilés. Le monde moderne étant celui de l'argent roi, il faut revenir à la vie villageoise originelle, sans inégalité flagrante, où les rapports humains n'étaient pas corrompus par l'argent. Il faut détruire le monde actuel, qui est un obstacle à cette pureté originelle. Tout se mélange d'ailleurs dans leur discours : j'ai vu une vidéo sur Arte qui parle du mouvement « écosexuel ». C'est une sorte de panthéisme sensuel, mais on ne peut pas dire la même chose de Greta Thunberg ! Elle, c'est le visage hargneux d'une certaine jeunesse accusatrice, qui explique que l'heure des châtiments est arrivée, que nous avons trop joui, et que la fête industrielle est finie, comme disait Hans Jonas. Pour l'instant, un mouvement comme Extinction Rebellion présente un visage non violent. Jusqu'à quand  ? Je ne sais pas, mais ils ont déjà envahi un centre commercial en interdisant aux gens de consommer. Tous nos gestes quotidiens sont frappés d'interdits, sont montrés du doigt, notre simple mode de vie est un péché et je ne suis pas sûr que les Français vont adhérer longtemps à ce genre de discours.

M. S. : Donc tu penses qu'il y a dans ce mouvement la vision d'une société agraire ?

P. B. : La commune agraire était déjà très importante chez les bolcheviks, sous le maoïsme pendant la révolution culturelle, mais aussi chez les Khmers rouges. C'est le retour à la terre, qui a toujours été vécu par les hommes comme une punition, parce que c'est la condition du serf et du manant, courbé sur la glèbe. On voudrait renvoyer l'humanité entière à cette condition-là. Vous avez d'ailleurs l'exemple des néo-ruraux, qui s'extasient de voir pousser un concombre ou une tomate.

M. S. : Cette gauche écologiste, plus radicale, a éclipsé la gauche modérée. Mais cette gauche radicale n'existe pas dans un vide, elle prend naissance dans un contexte de retour du nationalisme. Le centre décline alors que les extrêmes montent. Cette poussée, à l'extrême gauche comme à l'extrême droite, est marquée par la nostalgie. À gauche, on regrette la vie agraire ; à droite, c'est plutôt l'âge d'or des sociétés industrielles. Mais personne ne propose une vision du futur. Moi, mon utopie est une société avec beaucoup d'énergie, marquée par la vitesse, le voyage et la découverte… C'est une vision du monde futuriste, celle de la Silicon Valley ou de Walt Disney, avec une ville blanche qui ne serait pas noire de fumée car utilisant l'énergie nucléaire. Mais personne ne se fait le porte-parole de cette vision ! Peut-être que le fait que les humains puissent être amoureux de l'idée du futur était temporaire, en gros du XIXe siècle aux années 1930. Après, plus personne n'a plus rien à dire de positif sur le futur. C'est vraiment triste. Moi, ma vision du futur, c'est que 11 milliards d'individus sur Terre puissent vivre des vies intéressantes : que le monde soit plein d'animaux sauvages parce que les surfaces agricoles se seront réduites du fait de fermes hydroponiques . (voir note 1) Pourquoi tout le monde est-il devenu nostalgique ?

P. B. : Michael a raison, il y a un déclin de l'idée de progrès et de l'idée d'avenir. Les deux grands marqueurs de ce déclin sont Hiroshima et Auschwitz. Ces deux événements ont jeté un voile sombre sur notre siècle, qui ne s'en est jamais remis. La réalisation des dégâts du monde industriel a aggravé le cas du progrès, et l'avenir prend aujourd'hui le visage de la catastrophe. Depuis Heidegger, Ivan Illich, Jacques Ellul puis Hans Jonas, on décrète l'aventure technologique finie : il faut se préparer aux vaches maigres. Nous en sommes au mercredi des Cendres, la punition va arriver. Cela posé, il y a différents types de collapsologues : le type solidaire, proche du personnalisme chrétien (Pablo Servigne), le type apocalyptique (Aurélien Barrau, avec son look à la Charles Manson), le type de la schadenfreude – en allemand, de la joie mauvaise éprouvée face au malheur des autres – propre à Yves Cochet qui tire de ses prédictions noires une bonne humeur étonnante. Dans les interviews qu'il donne, Cochet semble se délecter que des centaines de millions d'humains vont mourir. Les catastrophistes se réjouissent qu'une providence divine ou matérielle vienne nous donner une bonne correction, la catastrophe n'est pas leur crainte, elle est leur souhait le plus profond. C'est là qu'on reconnaît les prémisses d'une pensée réactionnaire, voire fascisante. Il ne faut pas oublier que les premières lois écologistes en Europe sont les Reichsnaturschutzgesetz, promus en 1935 par le régime nazi. Il y a dans l'écologie contemporaine une tentation totalitaire que l'on voit affleurer ici ou là. Je lisais dans Le Monde un article de Jean-Baptiste Fressoz suggérant que l'État impose une diète à l'ensemble de la population, et nous prescrive quoi manger, comment et dans quelle proportion. Et qu'on ne vienne pas lui parler « d'écofascisme », puisque c'est au nom de la Terre qu'il faisait cette requête. Je suis tombé des nues en voyant cet article, et étonné que personne n'y réponde. Les futurs commissaires politiques du climat affûtent leurs armes.

En France, on considère parfois Pascal Bruckner comme un réactionnaire, alors qu'il défend l'idée de progrès. Comment expliquer ce paradoxe ?

P. B. : Plus je vieillis, plus je crois au progrès ! Je dois ma survie à la médecine et à la science. Il y a 100 ans, je serais probablement mort. C'est le sujet de mon dernier livre Une brève éternité , empli de gratitude envers la modernité même s'il faut distinguer le progrès moral du progrès matériel. Je reste un moderne, mais un moderne prudent.

M. S. : Beaucoup sont incapables d'imaginer que l'optimisme ne soit pas du déni. Pour un catastrophiste, être optimiste à l'égard du futur veut dire nier le changement climatique, ce qui est faux. Ce qui me fait peur, et on l'a vu après le discours horrible de Greta Thunberg devant les Nations unies, c'est que c'est Poutine qui aujourd'hui explique que beaucoup de pays pauvres voudraient se développer. Qui sont les défenseurs de la modernité aujourd'hui ? Poutine et Xi Jinping. Les Chinois et les Russes défendent la modernité et les aspirations des pays en développement. J'ai passé du temps en Afrique, où l'on m'a dit « on préférerait que ce soient les Américains qui investissent dans notre pays, mais ce sont les Chinois ». Ce qui est préoccupant, c'est que la Russie et la Chine ne sont pas des démocraties, mais des États autoritaires. Je suis favorable à l'énergie nucléaire que développent ces pays, mais, en Chine, il semble que le gouvernement récolte les organes des opposants politiques, utilise les réseaux sociaux et la reconnaissance faciale pour créer le panopticon (voir note 2) que Foucault craignait tant ; et Poutine se comporte comme un dictateur. Le mariage entre une croyance dans le progrès et la démocratie libérale était peut-être un phénomène temporaire. Je pensais, naïvement, que la prospérité conduirait la Chine à se démocratiser. Quelle erreur ! Comment peut-on être optimistes quand les seuls qui croient au futur et au progrès sont des leaders de régimes autoritaires ? Il semble que l'Ouest soit bien fatigué.

P. B. : Le fait d'être l'un des premiers à avoir critiqué Greta Thunberg en parlant d'infantilisme climatique me vaut encore les insultes de toute la doxa médiatique. J'ai même entendu quelqu'un sur France Culture parler de vieux mâle blanc à la virilité défaillante. Je ne vois pas le rapport ! Soutenir Greta, ce serait donc afficher une virilité triomphante ? Je pensais faire une remarque de bon sens : dans le cas de Greta Thunberg, la messagère cache le message. C'est une création médiatico-familiale, qui accapare totalement l'attention, et on a l'impression que l'écologie a commencé il y a un an, alors qu'on en parle depuis quarante ans ! Quand on dit qu'elle est un phénomène mondial, c'est faux aussi ! Elle n'est pas connue au-delà des États-Unis, de l'Europe et de l'Australie. Ailleurs, on la regarde comme une jeune fille de la bourgeoisie suédoise légèrement indécente quand elle ose se plaindre d'un sort enviable pour des millions d'autres enfants. Si une petite fille des îles Fidji ou des Maldives s'inquiétait de la montée des eaux, on aurait approuvé, mais Greta Thunberg, c'est le phénomène de l'enfant star, hypernarcissique, courtisée par Arnold Schwarzenegger, Leonardo DiCaprio et tout le show-biz. Ses solutions, décroissance et privation, sont sommaires. Je crains pour son avenir, car ce sera dur pour elle après tout cette attention médiatique.

Les écologistes radicaux se servent de Greta Thunberg comme d'une arme et, quand quelqu'un la contredit, ils accusent les critiques d'attaquer une enfant.

Est-ce que vous deux n'êtes pas trop obsédés par Greta Thunberg ?

M. S. : Qui est obsédé ? Elle est partout ! Tout le monde veut parler d'elle. C'est tellement cynique. Les écologistes radicaux se servent de Greta Thunberg comme d'une arme et, quand quelqu'un la contredit, ils accusent les critiques d'attaquer une enfant. Al Gore était Moïse, et Greta Thunberg, c'est Jeanne d'Arc.

P. B. : Jeanne d'Arc croisée avec Fifi Brindacier. Tous ces adultes qui la soutiennent sont frappés de jeunisme : ils veulent absolument monter dans le train de l'histoire, prêts à courtiser n'importe quelle cause pour se sentir dans le coup.

M. S. : Je trouve intéressant que Pascal, qui est un homme d'un certain âge, écrive sur le sexe, l'amour, et se montre jeune dans sa vision du monde, alors que Greta est un esprit âgé dans le corps d'une jeune femme. C'est un peu tragique, tous ces jeunes qui décrivent leur propre mort. Il semble que la gauche avait deux impulsions. Les hippies, avec leur amour libre, évoquaient un peu Peter Pan. Aujourd'hui, la gauche radicale est constituée de jeunes qui se comportent comme des grenouilles de bénitier. La candidate qui va probablement prendre la tête des sondages est Elizabeth Warren, apocalyptique à propos du changement climatique, et antinucléaire, parce qu'évidemment il n'y aura pas d'apocalypse si on développe une énergie décarbonée. Et, sans apocalypse, comment moraliser et mobiliser ? À chaque fois qu'Elizabeth Warren parle, j'ai l'impression d'être sur le point d'être puni. Pascal, pourquoi est-ce que le dynamisme et la jeunesse sont incarnés par la Russie et la Chine, malheureusement dans des États illibéraux et autoritaires, alors que l'Occident est fatigué et déprimé ?

P. B. : L'Europe est affectée depuis longtemps d'un complexe de culpabilité dû à son passé colonial. Elle a occupé le monde pendant quatre siècles. Contrairement à l'Empire ottoman qui a occupé une partie du monde pendant six siècles, elle éprouve un remords profond pour l'esclavage et l'impérialisme. Cette mauvaise conscience est en train de gagner la gauche américaine. Les États-Unis s'européanisent dans le camp démocrate et tout d'un coup regardent le progrès, nos acquis sociaux et culturels comme étant des marques d'infamie. L'histoire ne va plus vers le mieux, elle va vers l'effondrement. C'est la métaphore du Titanic utilisée par tous les écologistes. Nous sommes sur le Titanic et l'iceberg est là quelque part dans la nature. Une partie de l'Occident veut mourir, je le répète depuis le « Sanglot de l'homme blanc ». Cette pensée funeste ne peut qu'instiller le désespoir dans la jeunesse. Si j'avais 18 ans aujourd'hui et que j'écoutais Greta Thunberg et Extinction Rebellion, je me dirais que mes parents m'ont volé mon avenir. Et, par conséquent, je ne peux faire rien d'autre que brûler des voitures ou me retirer à la campagne en attendant la fin du monde. Mais Greta Thunberg ou ces militants ne sont que des perroquets reprenant des mots qu'on leur a instillés. Il y a une volupté narcissique à entendre nos enfants nous dire « vous avez détruit ce monde ». Comme le dit Michael, il faut effectivement retrouver le sens de l'histoire, aller dans les pays pauvres ou anciennement pauvres comme la Chine ou l'Inde, qui ont gardé l'espérance d'un lendemain meilleur.

M. S. : Nietzsche, dans sa Généalogie de la morale , se demande pourquoi des gens voudraient devenir ascétiques et se priver de nourriture. Parce que ça vous fait vous sentir puissant, ça vous donne du pouvoir sur les autres, et le pouvoir nous donne du plaisir ! C'est, je crois, ce qui est en train de se passer aujourd'hui. C'est sain, quand vous êtes un adolescent, d'être rebelle sur une courte période. Mais toute la société semble être devenue adulescente, même les gens au pouvoir. L'espoir pour un meilleur avenir est à chercher du côté de pays comme le Rwanda.

La démocratie libérale serait-elle une parenthèse dans l'histoire ?

P. B. : L'esprit des peuples en Europe occidentale est fatigué et inquiet. C'est un autre débat que l'écologie, mais les citoyens ont le sentiment aujourd'hui, et c'est le sens des protestations souverainistes et des démocraties illibérales, que l'Europe n'a pas su les protéger de la mondialisation, de l'immigration, du terrorisme islamique, et que, par conséquent, il faudrait revenir à une forme nationale plus classique pour retrouver la maîtrise de son destin. L'une des sources de l'épuisement démocratique, c'est ce sentiment de dépossession. Nous ne sommes plus maîtres chez nous. Nous pouvons même dans certains quartiers devenir étrangers. Ça explique cette méfiance vis-à-vis de la démocratie libérale. C'est pour cela qu'on retrouve chez des gens une grande admiration pour les despotes comme Erdogan ou Poutine, vénérés parce qu'ils font ce qu'ils disent. Aux yeux des populistes, la démocratie se perd dans des procédures interminables du fait de l'État de droit, alors que les démocratures sont, elles, beaucoup plus directes. Tout cela explique pourquoi les vieilles démocraties que nous sommes souffrent d'une crise de conscience. L'aspiration démocratique n'est pas morte, mais elle est en crise. Des sociétés, à certains moments, n'acceptent plus la tutelle d'un régime autoritaire, comme on peut le voir à Hongkong. Il y a un aller-retour étonnant entre de vieux peuples favorisés qui veulent un tyran pour les rassurer et de jeunes populations qui souhaitent renverser la tyrannie pour goûter à la liberté.

S'il y avait un Donald Trump en France, c'est-à-dire un individu, homme ou femme, qui brave les tabous et propose une autre voie, Macron perdrait, c'est certain.

M. S. : Du fait de l'arme nucléaire, les guerres entre États disparaissent. Les taux de mortalité sur les champs de bataille n'ont jamais été aussi bas. On se tue désormais sur les réseaux sociaux ou à travers les idées politiques (rires). Si la gauche revient au pouvoir aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, Extinction Rebellion disparaîtra. Mais, si Trump est réélu, cette guerre culturelle se poursuivra. La gauche est bien devenue violente dans les années 1960 et 1970.

P. B. : Ce qu'on expérimente en France, ce sont des incivilités, des attaques brutales, des explosions de rage sans raison, contre la police ou les représentants de l'autorité. C'est plus un symbole d'anarchie. Ce qui nous menace n'est pas le fascisme, contrairement à ce que nous disent les esprits paresseux, mais la désagrégation du tissu social. L'écologie peut être un des ingrédients de cette colère et de ces frustrations.

M. S. : Il me semble que des mouvements comme Extinction Rebellion veulent plus de chaos, là où vos Gilets jaunes sont en demande de plus d'ordre. Sont-ils la nouvelle gauche et la nouvelle droite ?

P. B. : Les Gilets jaunes sont une fraction de la moyenne bourgeoisie inférieure délaissée, vivant dans les périphéries des villes, et qui a protesté en raison de la hausse du carburant. Une taxe écologique a mis le feu aux poudres. Leur idée de génie a été de se revêtir de ce gilet jaune, qui est la tenue des travailleurs sur la route ou des ouvriers du bâtiment. Et c'est une rancœur contre les grandes villes, Paris, Lyon, Bordeaux... Même s'ils étaient peu nombreux, le mouvement s'est propagé rapidement et sa violence a été instantanée. Les Gilets jaunes ont été accueillis par la droite parce qu'ils étaient blancs, mais en fait ils ont adopté les tactiques de guérilla des banlieues en allant dans le cœur des grandes métropoles, comme Paris, dont ils ont voulu détruire les symboles : souiller l'Arc de Triomphe, brûler l'Élysée, décapiter Macron... Même s'ils se sont alliés depuis aux black blocs, des casseurs en chemise noire, assez proches des faisceaux mussoliniens des années 1930, les Gilets jaunes étaient au départ des anars aux cheveux blancs. Des retraités qui ont retrouvé une solidarité autour des ronds-points qui, Michael ne peut pas le savoir, sont une spécialité française (rires). Pour reprendre une expression proverbiale, les Gilets jaunes s'occupaient de la fin du mois, Extinction Rebellion de la fin du monde. Les Gilets jaunes sont proches du phénomène du Brexit ou de l'électorat de Trump : c'est la classe ouvrière blanche qui se sent abandonnée et déteste Macron, trop brillant, trop éduqué, beau parleur, cosmopolite et issu des milieux de la banque. Ils adressent un avertissement solennel aux classes supérieures qu'on aurait tort de ne pas écouter. Les écologistes devraient y réfléchir à deux fois avant de vouloir serrer la vis aux gens du peuple qui ont déjà peu de choses. Les collapsologues souhaitent casser notre niveau de vie, nous faire accepter l'idée d'une sobriété heureuse. Ce qui fait penser que l'écologie radicale n'est compatible qu'avec un régime autoritaire.

M. S. : C'est une nouvelle guerre de classes. D'un côté, il y a les électeurs de Trump, les pro-Brexit et les Gilets jaunes ; de l'autre, Extinction Rebellion, les démocrates américains et les écologistes. Macron est une exception, dans le sens où il essaye de défendre le centre dans une époque de plus en plus clivée. Aux États-Unis, Trump a maintenu sa base électorale, Boris Johnson semble réussir le Brexit, mais, en France, Marine Le Pen ne semble toujours pas pouvoir gagner...

P. B. : Macron a recréé à l'intérieur de La République en marche la gauche et la droite, parce que ces deux courants s'affrontent régulièrement au sein de son parti. Certains diront que c'est un jongleur, d'autres une girouette. J'ai voté pour lui et je revoterai pour lui, parce qu'il nous a prémunis de deux dangers majeurs, l'incompétente de l'extrême droite et le fada de l'extrême gauche. On l'a échappé belle, mais pour combien de temps ? Le principal problème de Macron est le régalien. C'est un séducteur, pas un chef d'État. S'il n'a pas une action ferme sur la sécurité, le terrorisme et l'islam politique, si la France continue à être balayée par des grèves à répétition, des attentats, des manifestations violentes, il risque d'être balayé en 2022. Marine Le Pen, Dieu merci, n'a pas le logiciel politique pour diriger un pays comme la France. Sans parler de Jean-Luc Mélenchon, qui, lui, est discrédité et vit sous la dictature de ses humeurs. C'est ce qui nous a sauvés. Mais s'il y avait un Donald Trump en France, c'est-à-dire un individu, homme ou femme, qui brave les tabous et propose une autre voie, Macron perdrait, c'est certain.

M. S. : Vu qu'Angela Merkel est déclinante et que Boris Johnson est en train d'organiser le départ de son pays de l'Union européenne, la France devient le leader de l'Europe. Vous voyez d'ailleurs Macron s'opposer à Trump, tout en dénonçant les positions de Greta Thunberg, deux figures radicales. Macron est un espoir pour un pouvoir libéral et modéré en cette période d'extrémisme.

P. B. : Macron est une chance qui ne sera peut-être jamais déployée. Au moment où Trump se retire de Syrie, où l'Amérique abandonne tous ses alliés, plus aucun peuple ne peut désormais compter sur la promesse américaine, contrairement à ce qui s'est passé avant. Il n'y a plus que la France à porter ce rêve libéral et démocratique du monde occidental. Et c'est le dernier pays dans l'Union européenne, après le départ britannique, qui a une armée. Évidemment, nous sommes des nains comparés aux États-Unis. Mais Macron a-t-il la carrure, le charisme et la persuasion pour entraîner les Européens avec lui ? Pour l'instant, il n'est pas aimé en Europe, comme l'a rappelé l'affaire Sylvie Goulard. J'adorerais que la France reprenne son rang, mais je n'en suis pas certain. Pour cela, il faut déjà qu'on remette de l'ordre chez nous, que les trains recirculent normalement, que des hordes de voyous ne viennent pas chaque semaine terroriser les centres-ville et briser le mobilier urbain. La grande politique commence dans les petits détails.


par Eloi Passot (Le Figaro) 7 septembre 2026
Depuis plusieurs décennies, le Conseil constitutionnel a progressivement élargi son rôle, jusqu’à devenir un acteur majeur du contrôle de l’action du législateur. Cette évolution pose une question fondamentale sur l’équilibre entre souveraineté populaire, État de droit et pouvoir des juges . Un article du Figaro particulièrement intéressant pour comprendre comment nous sommes passés d’un Conseil conçu comme un « chien de garde » de la Constitution à une institution capable de peser directement sur les choix politiques de la Nation. https://www.lefigaro.fr/politique/de-la-souverainete-populaire-au-gouvernement-des-juges-comment-le-conseil-constitutionnel-a-etendu-son-pouvoir-20260906  Partisan d’une réforme de la loi fondamentale, Bruno Retailleau (LR) souhaite «donner le dernier mot» au peuple en cas de censure du Conseil constitutionnel. Bruno Retailleau ne le nomme que trois fois. Pourtant, c’est bien le Conseil constitutionnel que cible le patron des Républicains (LR) dans le projet de réforme constitutionnelle qu’il a présenté dans les colonnes du Figaro . Le candidat LR à la présidentielle souhaite d’une part élargir le périmètre de l’article 11, pour qu’un référendum puisse être convoqué sur n’importe quelle loi. D’autre part, il propose de «donner le dernier mot au peuple» pour que celui-ci puisse valider, en dernier ressort, une loi censurée par les Sages de la rue de Montpensier . La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui s’est dite «totalement opposée» à ce projet , ne s’y est pas trompée. «Depuis des mois et des mois, certains hommes ou femmes politiques attaquent le Conseil constitutionnel et notre Constitution» mais celle-ci est «notre bien le plus précieux», a-t-elle déclaré. Un débat technique, qui peut sembler fort éloigné des préoccupations des Français. C’est pourtant la puissance du législateur et du peuple souverain qui sont en jeu, notamment sur la très sensible et omniprésente question migratoire. Car au fil des années, le Conseil constitutionnel a encadré l’action du législateur par une jurisprudence toujours plus abondante, sur ce domaine en particulier. «Aucune révision majeure en la matière ne peut faire aujourd’hui l’économie d’une réforme constitutionnelle», souligne derechef Guillaume Drago, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas. Cette question de l’équilibre entre le juge et le législateur ne manquera pas de se poser tout au long de la campagne présidentielle. Et pour cause, depuis sa création, le Conseil constitutionnel a continuellement élargi, de lui-même, ses propres prérogatives. Michel Debré, le père de la Constitution de 1958, ne voit pourtant à l’époque dans cette institution qu’une «arme contre la déviation parlementaire». Fermement opposé à un régime d’Assemblée, où le Parlement serait tout-puissant, le gaulliste entend organiser un parlementarisme rationalisé. Le texte de la Constitution distingue clairement ce qui relève du domaine de la loi et du parlement (article 34) de ce qui relève du domaine du règlement et de l’exécutif (article 37). «Les constituants de 1958 n’ont jamais voulu que le Conseil constitutionnel contrôle le contenu des lois, mais seulement le respect par le parlement des règles de compétence et de procédure», souligne Anne-Marie le Pourhiet, professeur émérite en droit public à l’université de Rennes. Michel Debré parle même d’un «canon braqué vers le Parlement». Le «coup d’État de droit» Le 16 juillet 1971 marque pourtant le début d’une nouvelle ère. Treize ans seulement après sa création, le Conseil constitutionnel rend une décision historique dans laquelle il donne une valeur constitutionnelle à la liberté d’association. Désormais, non seulement le juge constitutionnel contrôle, sur le fond, la conformité de la loi à la Constitution. Mais contre la volonté des pères de la Constitution, il donne pleine valeur constitutionnelle aux deux textes très généraux et utopiques qui forment son préambule, la fameuse Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946. C’est la naissance du «bloc de constitutionnalité», auquel sera ajoutée, après la réforme de 2005, la charte de l’environnement. C’est un véritable «coup d’État de droit», selon la formule du juriste Olivier Cayla. Le Conseil n’est plus le garant des rapports entre l’exécutif et le Parlement. Il s’autoproclame le protecteur des droits et des libertés fondamentales. «Ces cours suprêmes très puissantes existent dans de nombreux pays», rappelle Guillaume Drago. «On pourrait citer l’Italie, l’Allemagne, et bien sûr les États-Unis. Tout se passe comme si le Conseil français avait voulu imiter ces modèles étrangers. Mais la bascule est très brutale : elle s’opère moins de quinze ans après sa création.» Dès 1921, l’ouvrage d’Étienne Lambert, Le Gouvernement des juges, avait eu un fort retentissement dans l’opinion française : l’auteur y démontrait la toute-puissance de la Cour suprême américaine. Outre-atlantique, loin de se contenter d’être la «bouche de la loi», selon le mot de Montesquieu, le juge constitutionnel est créateur de droit. Plus étonnant encore, le constituant valide ce coup d’État jurisprudentiel et ce changement de nature du Conseil constitutionnel lors de la réforme constitutionnelle de 1974, voulue par Valéry Giscard d’Estaing. Jusqu’ici réservée aux «quatre grands» - président de la République, premier ministre, président du Sénat, président de l’Assemblée nationale - la saisine des Sages est étendue à 60 députés ou 60 sénateurs. L’opposition peut désormais retourner le «canon» vers l’exécutif en demandant la censure de ses projets de loi. Dans les années suivantes, le Conseil constitutionnel va développer une jurisprudence considérable, interprétant librement telle ou telle partie du bloc de constitutionnalité. Le professeur Guillaume Drago retient trois décisions historiques. En 1982, l’opposition saisit les Sages de la rue de Montpensier contre la grande loi de nationalisation (loi du 13 février 1982) voulue par François Mitterrand. Le Conseil reconnaît alors pleine valeur constitutionnelle au droit de propriété, inscrit dans la DDHC, et censure les dispositions du texte concernant le calcul de l’indemnisation des groupes concernés. Le Parlement est forcé de revoir sa copie pour obtenir la validation du Conseil sur ce point. Les étrangers en France, un régime constitutionnel très protecteur «Cette décision a secoué drôlement la classe politique», rappelle Guillaume Drago. «Même si le Conseil ne censure qu’une petite partie du texte, il fait la démonstration qu’il est en capacité de mettre un coup d’arrêt à la politique de l’exécutif, même lorsque celui-ci met en œuvre une politique sur laquelle le président de la République vient d’être élu au suffrage universel.» Le traité de Maastricht, qui fonde l’Union européenne en 1992, est aussi une étape majeure. En 1992, François Mitterrand saisit les Sages sur la compatibilité du traité avec la Constitution. Ces derniers valident le transfert de certaines compétences ayant trait à la souveraineté nationale mais en censurent d’autres, notamment le transfert de la politique monétaire à une Banque centrale européenne indépendante en matière de politique monétaire, ainsi que les modalités de passage à la monnaie unique. L’adoption du traité nécessitera une loi de réforme de la Constitution, avant d’être validée par référendum. Le Conseil consacre surtout un critère central en matière de droit européen : le transfert de compétences n’est inconstitutionnel que s’il affecte «les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale». Une expression volontairement souple, qui lui laisse en réalité toute latitude pour valider les étapes suivantes de la construction européenne. «En définitive, le Conseil constitutionnel n’exerce qu’un contrôle très limité sur le droit européen», résume Guillaume Drago. La troisième décision majeure date du 13 août 1993 et porte sur la loi immigration défendue par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Le Conseil constitutionnel dégage deux nouveaux principes à valeur constitutionnelle : le droit à mener une vie familiale normale et la liberté du mariage. Il réaffirme en outre vigoureusement la constitutionnalité du droit d’asile. «Le juge constitutionnel dégage un véritable droit de l’entrée et du séjour des étrangers en France», explique Guillaume Drago. «À cause ou grâce à cette décision et à ses suites, selon le point de vue duquel on se place, les étrangers bénéficient en France d’un régime constitutionnel extraordinairement protecteur.» 2008 : pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel Cette montée en puissance progressive du Conseil constitutionnel trouve son apogée avec la réforme constitutionnelle de 2008 de Nicolas Sarkozy. Avec la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), chaque justiciable peut désormais saisir lui-même le Conseil pour qu’il vérifie la constitutionnalité d’une loi qui lui serait opposée en violation éventuelle de la Constitution. Pour la première fois, les Sages peuvent contrôler - et, le cas échéant, censurer - un texte a posteriori. «Le président Sarkozy confirme ainsi les pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel», estime Anne-Marie Le Pourhiet. «La logique est la même, cette fois vis-à-vis de la CJUE, avec la ratification du traité de Lisbonne. Le parti de Bruno Retailleau est à l’origine (après l’UDF de Giscard) des pires abandons de la souveraineté du peuple français», ajoute la juriste. L’on pourrait citer de nombreux exemples du resserrement de l’étau du Conseil, notamment en matière d’immigration. Le 6 juillet 2018, sous Laurent Fabius, les Sages élèvent la «fraternité», terme de la devise de la France, en principe constitutionnel, écartant la possibilité d’un retour du délit d’aide au séjour irrégulier. Il n’est pas rare qu’il tranche non sur le fond, mais sur la forme, pour mieux esquiver les procès en idéologie. Ainsi de la loi immigration de 2024, ramenée à sa version macroniste d’origine par le Conseil. Regroupement familial, droit de séjour des étudiants étrangers, prestations sociales, rétablissement du délit de séjour irrégulier... Ces tours de vis voulus par la droite sont censurés, au prétexte qu’ils n’avaient pas de rapport avec le projet de loi immigration d’origine (les fameux «cavaliers législatifs»). Plus sa jurisprudence s’étend, plus le Conseil constitutionnel encadre la marge de manœuvre du législateur. La tension entre les deux ne pouvait ainsi que s’accroître, ce dernier dénonçant un «gouvernement des juges». En 2027, comme en 2022, l’expression est dans la bouche de tous les partis de droite, de LR à Reconquête! en passant par l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement national (RN), qui souhaitent unanimement réformer la Constitution. Bruno Retailleau ne cible pas l’article 11 de la Constitution par hasard. Sa rédaction actuelle prévoit qu’un référendum peut être convoqué pour tout «projet de loi» portant sur «l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent». Le lit de justice constitutionnel Le Conseil constitutionnel s’interdit de contrôler un texte adopté directement par le peuple souverain. Il s’autorise, en revanche, à contrôler le décret de convocation d’un référendum. Dès lors, un président qui convoquerait le peuple aux urnes sur la base de l’article 11, au sujet d’un texte qui concernerait la sécurité, l’immigration, pourrait tout à fait se voir infliger un camouflet par le Conseil qui invaliderait son décret de convocation. D’où la volonté de Bruno Retailleau d’étendre le champ de l’article 11 «à l’ensemble du domaine de la loi». «Cette proposition n’est pas nouvelle. Beaucoup de constitutionnalistes plaident pour cette réforme. La rédaction actuelle est presque une malfaçon. Il n’y a pas de raison de limiter l’expression de la volonté souveraine du peuple à certains textes.» L’idée de laisser au peuple le dernier mot en cas de censure du Conseil constitutionnel, elle aussi, a déjà été débattue par le passé. Le grand juriste Georges Vedel parlait du «lit de justice constitutionnel». «C’est une référence à l’Ancien Régime», explique Guillaume Drago. «Lorsque le parlement de Paris (les juges de l’Ancien Régime - NDLR) refusait d’enregistrer des actes royaux, le roi s’y rendait et s’asseyait sur une espèce de banquette, un lit, en majesté. Il obligeait alors le parlement à enregistrer l’acte royal. L’expression s’est développée comme la possibilité pour une autorité de venir imposer son point de vue à une autorité judiciaire.»
par Olivier Babeau (Valeurs Actuelles) 5 septembre 2026
" Une étude sur 7000 ultrariches révèle un basculement inédit : un quart des fortunes sont héritées, contre la moitié au début des années 2000. La France devrait apprendre à les faire naître plutôt qu’à les punir. " Une tribune de Olivier Babeau à lire dans Valeurs Actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/economie/olivier-babeau-les-milliardaires-sont-de-moins-en-moins-des-heritiers "Le milliardaire est devenu le méchant idéal de notre époque. Il est assez rare pour que presque personne ne se sente personnellement visé, assez riche pour que toute attaque contre lui paraisse indolore, assez spectaculaire, enfin, pour fournir une explication simple à toutes nos difficultés. Si la vie est chère, si les services publics fonctionnent mal, si les classes moyennes se sentent déclassées, ce serait parce qu’une poignée d’individus aurait accaparé une part excessive du gâteau. La fortune des uns serait nécessairement le manque des autres. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Cette vision est aussi séduisante que fausse. L’économie n’est pas un banquet où quelques convives trop voraces condamneraient les autres à la faim. La richesse se crée. Et les grandes fortunes contemporaines sont de plus en plus souvent la récompense, certes vertigineuse, d’une création de valeur qui l’est tout autant. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Une vaste étude de The Economist recensant 7 000 milliardaires sur vingt-cinq ans met en lumière une évolution remarquable. Pour la première fois, la moitié de la richesse mondiale des milliardaires provient d’entrepreneurs self made et actifs dans des secteurs concurrentiels. Dans le même temps, la part des fortunes héritées, proche de 50 % au début des années 2000, est tombée autour de 25 %. Le club des ultrariches ressemble donc de moins en moins à une assemblée d’héritiers assoupis sur un patrimoine ancien et de plus en plus à une réunion de bâtisseurs. Le phénomène dépasse largement la Silicon Valley. Peggy Cherng a bâti Panda Express, qui sert des repas bon marché à des millions de clients. Tadashi Yanai a fait d’Uniqlo une marque mondiale. Robin Zeng a créé en quinze ans CATL, géant chinois de la batterie. Oprah Winfrey doit sa fortune au public qui a voulu l’écouter, Cristiano Ronaldo, aux foules venues admirer son talent. Dans chacun de ces cas, l’enrichissement est la conséquence d’un succès soumis au jugement de millions de personnes libres de dire non. Une fortune entrepreneuriale n’est pas un tas de pièces d’or dormant dans une chambre forte. Elle est, pour l’essentiel, la valeur attribuée à des actions d’entreprises qui produisent, investissent, innovent et emploient. La hausse des marchés, l’enrichissement de la Chine et l’Internet mobile ont accéléré cette création de fortunes. Une idée utile peut désormais atteindre presque instantanément des centaines de millions de clients. Jamais il n’a été aussi rapide de devenir immensément riche. Mais jamais, non plus, il n’a été possible de diffuser aussi vite une innovation à une telle échelle. La démesure des fortunes reflète celle des marchés accessibles. À lirePrésidentielle 2027 : Mélenchon prépare le démantèlement des groupes de presse privés tenus par des milliardaires C’est pourquoi l’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. Il traite un patrimoine productif comme une réserve liquide. Or frapper chaque année la valeur d’une entreprise, c’est obliger son propriétaire à vendre une partie de son capital, décourager l’investissement ou provoquer son départ. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. La France devrait être particulièrement attentive à cette leçon. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. Nous excellons à compter les fortunes, à les soupçonner et à imaginer leur taxation, beaucoup moins à faire naître les entreprises qui les produisent. L’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance."
par Vincent Bénard dans Contrepoints (IREF) 4 septembre 2026
L’expérience britannique de l’éolien flottant devrait pourtant nous inciter à la prudence : investissements publics lourds, projets difficiles à rentabiliser et recours croissant aux mécanismes de soutien pour rendre artificiellement compétitive une électricité coûteuse. Alors que la France envisage à son tour de développer massivement cette filière, cet article pose une question essentielle : tirerons-nous les leçons de l’expérience britannique avant que les contribuables et les consommateurs ne paient la facture ? Lire l’article de Contrepoints : https://contrepoints.org/eolien-flottant-lechec-anglais-ne-semble-pas-dissuader-le-gouvernement-francais-de-faire-les-memes-couteuses-erreurs/
par Robert Ménard dans Valeurs Actuelles 3 septembre 2026
Face à la montée de l’insécurité et à la banalisation des incivilités, Robert Ménard défend l’idée que l’autorité n’est pas une posture politique, mais une condition indispensable au maintien de l’ordre républicain et de la cohésion sociale. Une tribune qui invite à réfléchir aux conséquences de plusieurs décennies de renoncements. Lire l’article de Robert Ménard dans Valeurs actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/robert-menard-lautorite-nest-pas-une-option-cest-le-socle  Alors que l’insécurité s’enracine et que l’autorité de l’État recule, Robert Ménard, maire de Béziers, appelle à rompre avec des décennies de renoncements. De l’école à la justice, de la lutte contre les trafics à l’exécution des peines, il défend un véritable choc d’autorité pour restaurer l’ordre républicain et garantir à nouveau la sécurité des Français.​​​​ Comme un cancer. Un cancer lent et sournois. Un cancer qu’on refuse de traiter. Plus les années passent, plus le traitement doit être radical, violent, pour qu’on ait une petite chance de s’en sortir… L’insécurité grandissante est ce cancer qui ronge la France depuis des décennies. Elle pourrit tout le corps social. Le diagnostic est effrayant. Nous le connaissons tous. Au sommet, l’ultraviolence : les meurtres, les viols, les règlements de comptes entre narcotrafiquants, le grand banditisme, le terrorisme bien sûr, les violences faites aux femmes et aux enfants. Ces crimes-là nous indignent, nous horrifient, nous révoltent. Et c’est normal. Mais à la base de cette même pyramide, il y a tout le reste. Un océan de violences diffuses , de comportements insupportables, de regards qu’il ne faut pas croiser. Les petites incivilités. Les coups de canif répétés. Les simples coups d’aiguille qui, jour après jour, s’enfoncent dans notre tissu social jusqu’à le déchirer. Le jeune qui insulte le conducteur de bus. Celui qui tague le mur de l’école. Celui qui fume son joint sur le banc public en riant au nez des riverains. Celui qui jette ses détritus à même le trottoir. Celui qui refuse d’enlever les pieds de la tablette dans le train. Celui qui crache par terre, qui hurle la nuit, sans le moindre souci du voisinage. Rien de cela n’est anodin. C’est le terreau. C’est le terreau de l’impunité. Et l’impunité, c’est l’école du crime. On ne reconstruira rien si l’on se contente de frapper en haut. Il faut frapper partout. Un choc d’autorité à tous les niveaux. Sans exception. Sans faiblesse. Sans ces digressions morales qui, depuis trente ou quarante ans, ont transformé la justice en machine à absoudre . Cela commence dès l’école . L’école n’est pas un lieu de négociation permanente. Ce n’est pas un centre social. C’est l’endroit où l’on devrait apprendre le respect, la discipline, la différence entre le permis et le défendu. Quand un élève insulte un professeur, on ne «dialogue » pas. On sanctionne. Quand il frappe un camarade, on ne « comprend » pas. On exclut. Quand il revend de la drogue dans la cour, on n’« accompagne » pas. On le sort et on le met face à ses responsabilités, y compris judiciaires. Ne rien laisser passer. Plus rien. Absolument rien. Il faut aussi cesser de regarder ailleurs sur le trafic de drogue . Le consommateur n’est pas une victime. C’est un acteur, un complice. C’est lui qui alimente les réseaux. C’est lui qui, par ses achats répétés, finance les armes, les voitures de luxe et les villas des caïds. Frapper le consommateur, c’est tarir la source. Amendes dissuasives. Travaux d’intérêt général. Et, pour les récidivistes, de vraies peines. On a trop longtemps fait semblant de croire que la « dépénalisation soft » allait résoudre le problème. Elle l’a aggravé dans des proportions affolantes. Mais tout cela ne servira à rien si l’on n’a pas de place pour enfermer. Or notre pays manque cruellement de places de prison. Alors, il faut en construire. Massivement. Immédiatement. En court-circuitant la bureaucratie nationale et locale qui, depuis des décennies, a transformé chaque projet en parcours du combattant. On a su restaurer Notre-Dame en cinq ans. On a su mobiliser les compétences, les moyens, la volonté politique. Pourquoi serait-il impossible de faire la même chose pour des établissements pénitentiaires ? Parce que certains préfèrent les discours aux actes. Parce que d’aucuns prétendent encore que la prison n’est qu’une fabrique à criminels, en oubliant son rôle essentiel de protection de la société. Parce que d’autres encore ont peur de mécontenter les riverains ou les associations. Mais nous n’avons plus le temps d’avoir peur ! On doit également construire, créer des centres de détention moins sécurisés pour les infractions mineures, pour les peines courtes, pour ceux qui n’ont pas encore basculé dans la grande criminalité. Tu es condamné à trois mois de prison, tu fais trois mois de prison. Et tout de suite. Et puisqu’on manque de places, pourquoi ne pas nouer des partenariats avec nos voisins qui disposent de capacités carcérales excédentaires ? L’Espagne, l’Allemagne, d’autres encore. C’est du bon sens. On paie. On contrôle. On s’assure que les conditions sont dignes. Mais on soulage nos prisons saturées. Et pendant ce temps, on construit chez nous. Je l’ai proposé au chef de l’État. Il a acquiescé. Et depuis, plus rien. Enfin, il y a la question des détenus étrangers en situation irrégulière. Leur place n’est pas dans nos prisons. Leur place est dans leur pays. Sauf exception et avec l’accord de leurs victimes. Pour le reste, on expulse. On cesse de financer l’hébergement de ceux qui n’ont rien à faire ici. On cesse d’engraisser le sentiment d’impunité de ceux qui savent qu’ils peuvent enchaîner les délits sans jamais vraiment craindre le retour au pays. Oui, un choc d’autorité. Pas des mots, des actes. Pas des groupes de travail, des décisions. Pas des plans quinquennaux, des chantiers qui démarrent demain. Parce que chaque jour perdu, c’est un jour de plus où les Français subissent, où les victimes pleurent, où les voyous ricanent. L’autorité n’est pas une option, c’est le socle. Et tant que nous n’aurons pas remis ce socle d’aplomb, du plus petit manquement au plus grand crime, nous n’avancerons pas. Excessif, populiste, dangereux ? Ce qui est excessif, c’est de laisser un pays s’enfoncer dans le chaos sous prétexte de nuance, d’indulgence, de bienveillance mortifère. Ce qui est populiste, c’est de faire croire au peuple que l’on peut vivre ensemble sans règles communes. Ce qui est dangereux, c’est de continuer comme avant. Oui. C’est évident, le traitement de la maladie sera rude, très rude. Il nécessitera un courage hors norme et un effort immense de la part des Français. Dans les têtes. Dans les actes au quotidien. L’avenir se jouera là.
par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/