Défense / Sécurité

Défense | Sécurité

par Mayeul Aldebert 7 octobre 2023

Une tribune publiée le 24 Septembre qui trouve définitivement sa réponse 2 semaines plus tard avec l'installation d'un campement sauvage sous le métro Stalingrad, dans le XIXe arrondissement de Paris par ces même migrants !


La France n'accueillera-t-elle aucun migrant de Lampedusa, comme l'affirme Darmanin ?

Par Mayeul Aldebert
 

LA VÉRIFICATION – Le ministre de l'Intérieur a expliqué en revanche que la France accepterait les «réfugiés politiques».

« La France veut une position de fermeté ». Depuis l'arrivée de 9000 clandestins en deux jours sur la petite île italienne de Lampedusa, au large des côtes tunisiennes, le ministre de l'Intérieur français affiche plus que jamais sa volonté de lutter contre l'immigration clandestine. Lundi dernier sur Cnews et Europe 1, mardi sur le plateau du journal de 20 heures de TF1, jeudi sur BFMTV... « La France n'accueillera pas de migrants présents à Lampedusa », a martelé tout le long de la semaine Gérald Darmanin tout en affirmant, après une rencontre à Rome avec son homologue italien, que la France aiderait l’Italie à tenir sa frontière.

« Si les personnes n'ont pas l'asile, elles doivent être renvoyées immédiatement », a-t-il aussi affirmé, précisant que les réfugiés politiques, en revanche, seraient accueillis conformément au « devoir de la France ». L’hexagone a-t-il seulement les capacités de refuser sur son territoire les migrants arrivés à Lampedusa ?

En théorie, selon le règlement de Dublin, dont la troisième formule est entrée en vigueur en 2013, c'est à l'Italie qu'il reviendrait d'étudier la demande d'asile des 9000 migrants de Lampedusa en tant que pays d'arrivée. Mais depuis les premières grandes vagues migratoires de 2015-2016 et l’intensification des flux, les principaux pays d’arrivée, Italie en tête, ne veulent plus - et ne peuvent plus - assumer l’accueil et l’enregistrement des migrants nouvellement venus. Résultat : les migrants échappent à la surveillance des autorités administratives et rejoignent clandestinement les pays du nord de l’Europe, généralement en ligne de mire.

« Les migrants vont arriver à la frontière franco-italienne dans les jours qui viennent, exactement comme quand, en 2015, la Grèce a laissé passer des milliers de migrants qui voulaient se rendre en Allemagne », explique Damien Simonneau, maître de conférences en science politique à l’Inalco. D’autant plus que 60% des personnes arrivées à Lampedusa, selon Gérald Darmanin lui-même, sont francophones et privilégient donc logiquement la France.

« Le ministère de l’Intérieur a renforcé les moyens, notamment à Menton pour essayer d’intercepter et de renvoyer, mais même avec ces renforts, les Alpes sont poreuses », assure de son côté Patrick Stefanini, conseiller d'État honoraire, et ancien directeur de campagne de la candidate LR Valérie Pécresse à l’élection présidentielle.

«Réfugiés politiques»

À ce manque cruel de moyens, une directive de la Cour de justice de l’Union européenne vient de conclure, dans un arrêt publié jeudi, que la France ne pouvait procéder au refoulement vers un pays voisin d’un ressortissant étranger entré irrégulièrement sur son territoire. En effet, ce dernier doit bénéficier, selon la directive européenne dite « retour », d’un délai pour quitter volontairement le territoire.

Surtout, Gérald Darmanin a évoqué l’accueil, si ce n’est des migrants de Lampedusa, des « réfugiés politiques ». Or cette catégorie n’existe pas telle quelle, mais procède d’un examen de la demande d’asile. Encore une fois, « tout dépend de ce que les Italiens décident de faire : vont-ils envoyer les migrants dans des centres fermés à Lampedusa et en Sicile en attendant le traitement de leur demande ? Vont-ils les renvoyer ? Ou les laisser passer ? », ajoute Damien Simonneau.

En attendant l'entrée en vigueur, au niveau européen, du pacte asile et immigration qui prévoit notamment une relocalisation obligatoire des demandeurs d'asile dans les États membres, l'Italie ne peut compter que sur le bon vouloir, au cas par cas, de ses voisins européens pour absorber les arrivées en masse. En ce sens, l'Union européenne a adopté en 2022 un mécanisme de solidarité volontaire pour relocaliser les demandeurs d’asile. Depuis Lampedusa dimanche dernier, Ursula von der Leyen a d'ailleurs exhorté les pays européens à utiliser ce dispositif. Mais d’après les données de l’Agence européenne pour l’asile, seulement 1160 personnes ont ainsi été relocalisées en 2022, dont 1043 en Allemagne, qui a précisé par ailleurs depuis cet été refuser désormais les migrants venus d’Italie.

Sans mécanisme de relocalisation ni de volonté italienne de garder les migrants aux frontières extérieures de l’Union, la France va nécessairement devoir absorber une partie des récentes arrivées. « Le ministre a raison d'affirmer cette posture de principe. Est-ce qu'il a les moyens de la mettre en œuvre ? Non », commente Patrick Stefanini. «Ses propos s'inscrivent dans une stratégie politique assumée pour marquer des points dans l'électorat de droite », analyse pour sa part Damien Simonneau.




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