Irresponsabilité pénale ou irresponsabilité ministérielle ?

Natacha Gray • 20 juin 2019

Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, vient de faire part de son intention de fixer le seuil de l’irresponsabilité pénale à treize ans, déclenchant quelques prises de position favorables, notamment de membres du Syndicat de la Magistrature dont on connaît les engagements très à gauche, mais avant tout un torrent de protestations, surtout à droite.

Qu’en est-il exactement ? L’article ci-dessous fait le point longuement sur l’état très inquiétant de la délinquance des mineurs qui justifiait, jusqu’à présent, un certain consensus sur la nécessité de faire évoluer l’ordonnance de 1945, jugée inadaptée à la situation actuelle, dans le sens d’un durcissement. A contre-courant de la tendance générale, le projet Belloubet se dirige a contrario vers l’irresponsabilité pénale des mineurs de moins de treize ans, dont la part dans la délinquance des jeunes est pourtant en progression inquiétante. Même si dans les faits cette mesure ne va pas changer grand-chose à la situation, un enfant n’allant jamais en prison et les peines prononcées, quand il y en a, étant strictement éducatives, c’est pour beaucoup, sur le plan symbolique, un très mauvais signal, celui d’une impunité renforcée et d’une totale invisibilité de l’acte délictueux, que l’on donne d’une part à de jeunes délinquants souvent récidivistes qui défient déjà en permanence, conscients de ne pas craindre grand-chose, l’autorité parentale, policière, judiciaire, professorale, d’autre part aux réseaux crapuleux qui utilisent déjà de plus en plus fréquemment ces « intouchables » en raison, précisément, de leur impunité.

Pourquoi cet article sur Lignes Droites ? D’une part parce que la droite peut, au moins sur ce sujet précis, se rattraper de la négligence dans laquelle, dans un contexte national entièrement monopolisé par la crise des Gilets Jaunes, elle a laissé adopter en décembre dernier une réforme judiciaire de grande ampleur, votée dans l’indifférence générale, à l’exception des principaux intéressés (collectifs d’avocats, de magistrats, de greffiers dénonçant, entre autres, une Justice déshumanisée, privatisée et ubérisée). Mais au-delà des arguments apportés au moulin de ceux qui se dressent contre le projet Belloubet, il s’agit de pointer en quoi l’évolution envisagée est l’archétype d’une certaine gauche et, en tous cas, le modèle de tout ce que n’est pas, ne doit pas être, la droite. A l’heure où celle-ci, du moins ceux qui dans ses rangs n’ont pas rejoint la majorité présidentielle, cherche aujourd’hui, dans la débâcle électorale, à se définir quelque part entre la République en marche et le Rassemblement national, il est sans doute possible de trouver, au travers de cet exemple éloquent, matière à tracer les contours de ce que la « vraie » droite n’est pas et ne devra jamais être, que ce soit en termes de méthodes, d’idées ou de valeurs. Et de se souvenir, ce faisant, de ses fondamentaux indissociables : liberté, responsabilité, pragmatisme.

Le lecteur qui souhaite trouver matière à comprendre et à se faire un avis sur la question pénale pourra s’informer en parcourant les premiers chapitres (1. Le constat ; 2. Une délinquance aux causes multiples ; 3. … dopée par le sentiment d’impunité ; 4. Un projet irresponsable et à contre-courant).

Celui qui s’intéresse avant tout aux enseignements à tirer pour la droite en reconstruction peut directement se référer au dernier chapitre : 5. De quoi Nicole Belloubet est-elle le nom ?


1. Le constat : la délinquance des mineurs, un fléau en constante augmentation

La délinquance des mineurs, et plus généralement de ceux que les médias appellent pudiquement les « jeunes », même lorsqu’ils n’ont plus l’excuse de minorité, est un fléau en inquiétante augmentation. Ils sont même les principaux responsables des dégradations, agressions, violences et du climat de terreur qui règnent sur certains quartiers de jour et de nuit. Les statistiques (Chancellerie et Infostats Justice) et témoignages de terrain sont sans appel, même si elles sont considérablement minorées par rapport à la réalité: les chiffres officiels ne prennent en effet en compte que les affaires élucidées dont les auteurs ont été identifiés , ce qui ne se prête guère à la délinquance de rue (bandes mobiles, pas toujours identifiables ou refus d’identification de la part de victimes terrorisées par les menaces de représailles…). Encore faut-il qu’une plainte ait été déposée, ce qui exclut, comme d’ailleurs pour les faits de sexisme, d’homophobie, d’antisémitisme, la majorité des délits de petite, voire de grande, délinquance par peur d’une réaction de l’agresseur, certitude d’une démarche que l’on sait d’avance inutile car on ne retrouvera pas les coupables ou parce que l’on sait qu’ils resteront impunis.

Si l’on ne s’attache qu’aux mineurs parmi ces délinquants, le premier constat est qu’ils sont de plus en plus nombreux à commettre des délits, et de plus en plus violents , y compris entre eux. Ils se sont également féminisés . Et ils sont de plus en plus actifs : les faits qui leur sont reprochés ont bondi de plus de 50% en vingt ans, avec une nette accélération ces cinq dernières années. Leurs exactions sont aussi de plus en plus graves : aux « bêtises » traditionnelles (qui ont parfois, surtout en matière d’incendie, des conséquences mortelles!) comme les tags sur les murs, feux de poubelle, vandalisme sur le mobilier urbain, les incendies de voitures, les vols à l’arrachée, le trafic de stupéfiant, se sont ajoutés ce que la Chancellerie nomme des « faits particulièrement graves » et qui, selon les statistiques (sources de 2015) ont bondi de 58% en dix ans : dégradations à grande échelle (destruction de stades, mise à sac d’écoles), cambriolages non opportunistes –i.e programmés-, vols avec armes, généralement un couteau même si les armes à feu circulent aussi dans les zones de non-droit, augmentation significative des violences physiques non crapuleuses (en clair , les coups et blessures dits « gratuits »), les agressions sexuelles qui concernaient déjà, il y a quatre ans, 21% des mineurs interpellés pour des délits , et même des crimes (vengeances et assassinats entre adolescents pour un regard, une rivalité amoureuse, une dispute, une volonté d’appropriation d’un bien…). En 2019, 57% des infractions commises par les mineurs sont des atteintes violentes aux personnes !

Ils sont aussi de plus en plus jeunes : dans ce contexte d’explosion de la délinquance des mineurs, celle qui touche les moins de 13 ans augmente plus rapidement que dans les autres tranches d’âge. Si l’on cherche par exemple sur Internet la liste des écoles incendiées ou vandalisées, on tombe sur des listes interminables à la lecture desquelles on apprend que les auteurs, une fois identifiés, se révèlent être souvent des jeunes de 9 à 13 ans. C’est pourquoi de nombreux maires ont été contraints de mettre en place des couvre-feux pour les mineurs (comme celui de Marmande en octobre dernier), le dernier en date étant celui de Mazingarbe (juin 2019), près de Lens, explicitement destiné à empêcher les enfants de moins de 13 ans de traîner dans les rues entre 23h et 6 h du matin et mettre fin au climat de terreur dénoncé par les habitants (violences physiques, vols, feux de poubelles, mobilier urbain dégradé, représailles en cas de résistance…). Ajoutons que les très jeunes, en raison de leur impunité pénale, sont notamment utilisés par les dealers ou des réseaux pour le trafic de stupéfiant ou les vols.


2. Une délinquance aux causes multiples

Il n’est pas question ici de s’enfoncer dans le maquis des causes de cette augmentation exponentielle de la délinquance des jeunes, et notamment des très jeunes, qui s’inscrivent d’ailleurs d’une part dans un constat d’ensauvagement de la société française, d’hystérisation des rapports entre individus dont ces enfants et adolescents violents ne sont, finalement, que le reflet, d’autre part dans la multiplication des zones de non-droit, « territoires perdus de la République » où enfants et pré-adolescents sont largement utilisés par des réseaux crapuleux.

Emissions violentes , jeux-vidéos, réseaux sociaux , sexualité dépersonnalisée et ostentatoire, tout concourt à banaliser la violence voire l’éradication de celui qui gêne. L’enfant n’est plus un enfant : grâce aux films, aux jeux, à Internet, il connaît ses droits, qui sont immenses par rapport à ses devoirs, la loi, le moyen de la contourner, il sait et voit la violence du monde, à commencer celle d’autres enfants-soldats médiatisés que certains prennent comme modèles, il n’ignore rien de ce que l’on appelait « la vie », notamment en termes de sexualité, d’image stéréotypée de la virilité ou de la femme, et il tente à son tour de s’y conformer.

Les flux de migrants que la République n’intègre ni n’assimile plus, faute de moyens d’un côté, d’une réelle volonté d’assimilation pour certains de l’autre, ont ajouté un nouveau paramètre, surtout lorsqu’il s’inscrit, comme dans les autres cas, dans un phénomène de bande et d’affirmation de soi face au groupe.

Ces jeunes, notamment dans les quartiers dits difficiles , s’ils ne tombent pas d’eux-mêmes dans la délinquance, par imitation, envie d’appropriation, problème psychologique, sont de plus en plus sollicités par les grands frères et des bandes organisées, voire par de véritables réseaux crapuleux dont certains donnent leurs ordres depuis l’étranger car l’enfant de moins de 13 ans ne peut être poursuivi pénalement, ni être mis en garde à vue. Un article récent du Figaro témoignait du phénomène des « mineurs marocains » (dont très peu sont marocains, environ 1 sur 6, et encore moins sont réellement mineurs), qui agissent en bande au cœur de certaines grandes villes qu’ils écument (vols avec violence, agressions au couteau), ne parlant que peu le français mais parfaitement au courant de leurs droits et de leur impunité « en tant que mineurs », qu’ils récitent comme une fiche apprise par cœur, probablement briefés à l’avance par les personnes qui les manipulent et les utilisent au sein de ces filières organisées. Le même phénomène est connu depuis longtemps avec les enfants liés à des réseaux de Roms d’Europe de l’Est qui les envoient sur des vols à l’étalage, à l’arrachée, à la roulotte.

Il faut également prendre en compte l’islamisme radical qui, dans certains quartiers, en liant habilement les trafics illégaux et la question identitaire, justifie les agressions contre des mécréants et dresse des jeunes esprits manipulables contre la société française, et, au-delà, sa législation et ceux qui sont chargés de faire respecter les règles.

Dans les mêmes quartiers mais également dans des zones plus huppées, sont également à considérer l’effondrement des valeurs et le désengagement de parents dépassés ou négligents qui se reposent sur l’Ecole qui n’instruit plus mais est censée « éduquer » leurs gosses et pallier les carences parentales. Sauf que cette mission-là, l’’Ecole-nounou n’est plus en mesure de l’exercer correctement non plus.

Car à l’amont de la délinquance juvénile, on trouve évidemment l’échec de l’Education Nationale où les enseignants, dépouillés de toute autorité, voire discrédités et moqués, souvent méprisés et calomniés, longtemps soumis aux théories pédagogistes qui avaient envahi cabinets ministériels et Rectorats et qui dissimulent l’impuissance sous le beau nom de « bienveillance » (ne pas punir, ne pas contrarier, ne pas ennuyer l’élève, l’amuser, ne pas lui demander d’effort et surtout lui éviter toute frustration), n’ont plus les moyens d’instruire et encore moins d’éduquer des enfants-roi à qui l’on a donné tous les droits sans jamais exiger d’eux aucun devoir.

Le sentiment d’impunité s’acquiert tôt , de la famille démissionnaire ou contaminée par la bienveillance et l’égalitarisme (l’enfant est l’égal de l’adulte) à l’Ecole désarmée où, à l’inverse de leurs usagers, les enseignants sont désormais systématiquement soumis, par les parents et leur administration obnubilée par le « pas de vagues », à la « présomption de culpabilité ». Et c’est bien là que réside, dans leur impunité, et le fait qu’ils en ont parfaitement conscience, le principal problème qui empêche de regarder en face la question de la délinquance des mineurs.


3. Une délinquance dopée par le sentiment d’impunité.

A dire vrai cette impunité, plus qu’un sentiment, est une réalité juridique dont les conséquences sont désastreuses.

La majorité pénale est fixée à 18 ans, âge à partir duquel les prévenus sont jugés selon des procédures de droit commun. Pour les mineurs, depuis l’ordonnance de 1945 , les infractions, voire crimes et délits, sont jugés selon une procédure spécifique par des juges et tribunaux pour enfants. Cette Justice des mineurs privilégie les réponses éducatives à l’action pénale, en d’autres termes c’est une sorte d’action sociale judiciarisée qui considère le délinquant comme une victime à rééduquer. Et pour les moins de 13 ans, l’incarcération est impossible et ils ne peuvent pas être mis en garde à vue. Ceci dit, pour les plus de 13 ans, la détention, généralement provisoire, reste également une mesure grave et exceptionnelle.

Il n’y a pas, pour l’instant, d’«irresponsabilité pénale » pour autant: un juge peut aujourd’hui mettre l’enfant en examen et examiner les faits en fonction de la capacité de discernement du jeune délinquant que des spécialistes et lui-même sont chargés d’évaluer (et que la plupart des experts situent entre 7 et 8 ans ) . Avant dix ans la sanction consiste exclusivement en mesures éducatives : remise aux parents, services d’assistance à l’enfance, placement dans un établissement spécialisé…. Entre 10 et 13 ans des sanctions peuvent s’appliquer : interdiction de fréquenter certaines personnes, travaux scolaires, confiscation d’objets, stages de formation civique …. Entre 13 et 18 ans des peines plus lourdes sont possibles, dont la prison qui reste une mesure très rarement appliquée, ne serait-ce que faute de moyens (voir ci-dessous).

L’année dernière on a ainsi pu voir un juge mettre en examen un enfant de dix ans, coupable d’avoir volontairement incendié une tour à Aubervilliers et qui avait causé le décès d’une mère et de ses trois enfants. La sanction a été une mesure d’éloignement. Cette sanction peut paraître dérisoire mais elle n’a été possible, justement, que parce qu’il n’y a pas à ce jour d’irresponsabilité pénale des mineurs.


Le problème toutefois est que même les mesures éducatives (sanctions que l’on peut considérer comme « soft ») sont rarement mises en œuvre lorsqu’elles sont prescrites. Parfois même le délinquant en est exempté et ressort avec un énième rappel à la loi. Pour les vols simples, c’est le cas 7 fois sur 10, même en cas de récidive : c’est en toute impunité que le jeune délinquant peut ainsi collectionner ces mises en garde répétées, épées de Damoclès purement fictives, qui deviennent des trophées auprès de ses camarades. Il faut voir dans cette clémence certes la marque de l’idéologie partisane de certains juges laxistes qui se contenteront d’admonestations sans lendemain (dont les prévenus se contrefichent), mais plus souvent encore la conséquence d’un dramatique manque de moyens . En novembre 2018, 15 magistrats du Tribunal pour enfants de Bobigny lançaient un véritable signal d’alarme et appel au secours dans une tribune publiée dans Le Monde : ils y expliquaient que, faute d’être appliquées, les mesures qu’ils prennent restent « fictives » ; il dénonçaient la dégradation accélérée des dispositifs de protection de l’enfance, pointaient des délais de prise en charge « inacceptables » pour les mesures d’assistance éducative (900 familles désespérées étaient alors en attente), le manque de personnel, le sous-effectif des éducateurs au département ou dans les milieux associatifs, et même chez les greffiers du Tribunal totalement submergés ; ils prévenaient que cette impunité de fait provoquerait à l’âge adulte davantage de passages à l’acte criminel faute de rééducation par un suivi éducatif ou la possibilité d’un placement.

Cette insuffisance des moyens constitue donc un véritable casse-tête pour éducateurs, enseignants et policiers qui s’évertuent à faire respecter la loi à des jeunes parfaitement conscients qu’ils ne craignent rien . Témoignage confirmé l’autre jour à la radio par une mère dont l’enfant aujourd’hui majeur est tombé dans la délinquance depuis l’âge de douze ans. Cette femme criait sa colère et son désespoir : depuis des années elle avait frappé à toutes les portes pour obtenir de l’aide, en vain, que ce soit en raison d’une législation inadaptée (pas de possibilité de réponse pénale), de délais trop longs pour espérer une aide par les structures éducatives débordées, du manque de psychologues, du refus d’examiner la demande parentale de lui infliger au moins des travaux d’utilité générale, de la violence d’un mineur baraqué qui menace physiquement ses parents, éclate de rire devant les policiers en répétant qu’il ne risque rien en tant que mineur, qui n’a en 6 ans écopé que d’un seul rappel à la loi mais qui est allé jusqu’à porter plainte au commissariat au nom des droits de l’enfant lorsque son père, ne sachant plus comment lui faire entendre raison, a fini un jour par lui donner une claque.


Tout ceci entretient un sentiment, pire une certitude, d’impunité totalement délétère. Comme précisé plus haut, cela commence très tôt, dès l’école maternelle. Car ces jeunes se savent pratiquement intouchables, eux que l’enseignante et essayiste Barbara Lefebvre appelle la génération « j’ai le droit » : ils connaissent à l’école l’interdiction pour l’adulte de les toucher, de leur répondre, de les frapper, voire même de se défendre, usent fréquemment avec perversité de la provocation, voire de l’agression, puis de l’inversion accusatoire qui mettra en cause la parole de l’enseignant ou du policier (qui ont commencé, qui n’avaient pas qu’à les poursuivre, ou à les empêcher de …) et ils récitent leurs droits sitôt qu’ils se retrouvent dans la position de l’accusé. Il y a quelques années les chiffres de la Chancellerie montraient ainsi qu’un délinquant mineur de moins de 13 ans présentait 1,6 fois plus de risques de repasser à l’acte qu’un jeune condamné de 15 à 25 ans, et 2,3 fois plus qu’un délinquant condamné entre 30 et 39 ans. En clair, plus l’impunité et les risques sont réduits, plus on recommence. C’est cette impunité des mineurs qui est précisément utilisée par réseaux et filières pour accomplir leurs basses œuvres.

C’est pourquoi, depuis une vingtaine d’années un consensus s’était établi sur le fait que l’ordonnance de 1945, qui privilégiait des mesures éducatives plutôt que des réponses pénales, devait être profondément revue et modifiée et ne pouvait l’être que dans un sens qui amplifierait le répressif, aujourd’hui quasiment absent, au détriment de l’éducatif, qui ne fonctionne plus sur les générations nouvelles, réfractaires à l’autorité, sur des mineurs violents et parfaitement conscients de ce qu’ils font et de ce à quoi ils s’exposeraient s’ils étaient majeurs. Beaucoup réclamaient même l’abaissement à 16 ans, voire moins, de la majorité pénale à partir de laquelle des crimes et délits de droit commun sont jugés selon une procédure de droit commun et en encourant des sanctions de droit commun. Plusieurs projets de durcissement de la loi de 1945 ont ainsi vu le jour . Et même des réalisations, comme les Tribunaux correctionnels pour les mineurs récidivistes de 16 à 18 ans créées en 2011 mais supprimés, malgré une efficacité reconnue, dès 2013 par la Garde des Sceaux Christiane Taubira (suppression effective 2017).


4. Un projet irresponsable et à contre-courant !

Et voilà que dans ce triple contexte (la hausse inquiétante de la délinquance des moins de 13 ans, en particulier sur des faits graves ; la quasi impossibilité de la juguler compte tenu d’une législation inadaptée et d’un sentiment d’impunité de la part des fautifs ; la réflexion collective menée sur le durcissement de l’ordonnance de 1945), la Ministre de la Justice annonce dans les médias un projet personnel, déjà présenté en novembre et qui avait provoqué une levée de boucliers dans les milieux spécialisés, concocté sans concertation avec les parlementaires, visant à fixer cette fois le seuil de l’irresponsabilité pénale à 13 ans. Loin d’aller vers davantage de répression, comme demandé par de nombreux acteurs, on se dirige donc vers une dé-judiciarisation des délits, y compris les plus graves.

Officiellement, on avance qu’il faut se mettre en conformité avec la CIDE (Commission Internationale des Droits de l’Enfant) et avec les recommandations des experts de l’ONU qui demandent à ce que soit retenu un âge butoir.

Dans ce cas pourquoi 13 ans ? Les psychologues fixent l’âge du discernement, sauf cas particulier étudiés au cas par cas, entre 7 et 8 ans. Pour l’âge de responsabilité pénale, la Grèce a retenu 7 ans, l’Angleterre, le Pays de Galles, la Suisse 10 ans. Seules l’Espagne, le Portugal (16 ans) et l’Allemagne (14) sont au-dessus. Généralement il apparaît que cet âge a été fixé dans les différents pays en tenant compte du terrain et des réalités de la délinquance juvénile. Quelle réponse apportera-t-on aux enfants de moins de 13 ans qui feront bêtise sur bêtise si la justice n’intervient plus ? Pense-t-on les orienter vers l’ASE (Aide sociale à l’Enfance) et vers les services sociaux des départements déjà surchargés et exsangues ?

Pourquoi maintenant ? Comme l’ont déjà fait remarquer en novembre les parlementaires, députés et sénateurs, dont des commissions travaillent sur le sujet depuis des mois, alors que la Garde des Sceaux manifestait son intention de faire passer ces mesures de façon unilatérale par ordonnance, il y a « non-urgence ». Quel intérêt y a-t-il donc pour jeter ainsi sur la place publique un sujet d’experts que l’on sait clivant et que rien n’oblige à précipiter ? Comme pour la PMA, ne s’agit-il pas pour la Garde des Sceaux d’une volonté égotique de marquer la Justice de sa réforme mais en même temps d’une énième manœuvre politique pour détourner opinion des autres mesures impopulaires ? On sait que les questions sociétales sont le meilleur outil pour faire en sorte que les Français se déchirent et se polarisent sur des débats clivants, même lorsque ceux-ci ne concernent qu’une poignée d’individus et, par conséquent, qu’ils délaissent les autres questions.

Un autre argument avancé est le besoin de réduire le délai entre la faute et le traitement de la faute. En effet les délais sont longs (en moyenne huit mois) entre la constatation des faits et la décision d’un Tribunal. Le prévenu, souvent, n’a plus véritablement le souvenir de sa faute (surtout si, récidiviste, il a ajouté plusieurs délits entre temps), ce qui lui donne un sentiment d’incompréhension, voire d’injustice. Découpler ainsi pénal (qui disparaîtrait) et réponse éducative permettrait (en théorie) de réduire ce délai. En théorie car il faut qu’il y ait cette réponse éducative et l’on voit qu’aujourd’hui elle est déjà souvent, presque systématiquement, « oubliée » faute de pouvoir être appliquée. Au-delà du fait que pour de nombreux magistrats ce délai est au contraire nécessaire (examen des faits, préparation de la défense mais également temps nécessaire pour la victime pour se remettre, éventuellement s’éloigner, recherche de la meilleure solution éducative, puisqu’il n’en est pas de pénale stricto sensu ), on se rend compte qu’une fois encore, pour ne pas voir la maladie, on casse le thermomètre , alors qu’il faudrait au contraire renforcer les moyens de la Justice des mineurs, et des structures éducatives qui interviennent dans le traitement de la délinquance (sanction ou prévention) si l’on veut réduire ledit délai. Pas faire disparaître purement et simplement la possibilité d’intervenir ! Effectivement s’il y a irresponsabilité pénale, il n’y a plus de jugement, donc plus de sanction, donc la question du délai ne se pose plus. Il fallait y penser !

Mais, au-delà, il y a cette insupportable culture de l’irresponsabilité , de l’inversion de culpabilité et de la culpabilisation de l’autre portée par une certaine gauche bien-pensante, droitdelhommiste, pédagogiste et donneuse de leçons dont la Ministre de la Justice est l’incarnation: le coupable, c’est l’adulte, la société, ou celui qui possédait ce que l’enfant n’avait pas. Le mineur délinquant n’est considéré que comme un « enfant en danger ». En danger pour lui-même, il l’est assurément. Mais il est aussi, et même avant tout, un danger pour autrui. Quant au qualificatif d’enfant, l’est-on encore totalement, au-delà de l’âge que mentionne l’état civil, quand on traîne la nuit à 3h du matin en bandes, que l’on incendie volontairement les biens d’autrui, que l’on agresse sexuellement un autre enfant, que l’on programme des guets-apens parfois avec intention de tuer, que l’on parle de sexe et de virilité comme un adulte et que l’on récite des fiches législatives prouvant que l’on est parfaitement conscient de l’absence de risques encourus ? Sans compter que les jeunes d’aujourd’hui présentent souvent de nos jours, très tôt, un physique et un comportement d’homme ou de femme, du moins une attitude en conformité avec les stéréotypes véhiculés par les médias !

Alors certes on trouvera toujours, comme pour toute cause, des experts, ici des psychologues de l’enfance, pour valider la cause que l’on prétend juste, souvent déconnectés du terrain, comme les pédagogistes dans l’Education nationale dont on a pu constater les effets pervers de leurs théories bienveillantes. A l’exception des satisfecits prodigués au projet par des membres du Syndicat de la Magistrature, que l’on sait très à gauche et souvent accusé d’obéir à des intentions plus militantes qu’à des considérations juridiques, les réactions politiques, judiciaires, éducatives au projet Belloubet, en novembre comme ces jours-ci, sont majoritairement hostiles, voire scandalisées et inquiètes. La plupart rejoignent au moins la Garde des Sceaux pour reconnaître que toute transgression implique une réaction la plus rapide possible. Mais aucun ne propose de supprimer la responsabilité pénale pour autant, juste de trouver les moyens, qui sont avant tout financiers, de réduire les délais entre le délit et la réaction judiciaire.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre des enfants en prison . A moins de 13 ans, aujourd’hui, ils n’y vont pas, et les réponses, quand toutefois elles existent, sont uniquement éducatives. Mais même plus âgés, même majeurs, ils y vont rarement. Certes ces enfants sont des « victimes », mais il ne faut pas oublier qu’ils sont avant tout coupables de transgressions et que, comme le montrait déjà un rapport alarmiste du Sénat en 2002, un grand nombre de leurs victimes sont d’autres mineurs, qu’il s’agit de protéger aussi et dont la résilience dépend aussi de la reconnaissance de la culpabilité de l’agresseur et d’une forme de sanction. Si on veut les faire progresser, leur redonner des valeurs citoyennes, les faire « grandir », il serait irresponsable de leur enlever leur part de responsabilité. Lorsque l’on fuit la police, que l’on fait tout pour dissimuler ses actes, que l’on prétend, même pris sur le fait, n’avoir aucune responsabilité, que l’on ment sur son identité et son âge, c’est que l’on est conscient d’avoir mal agi et de s’exposer à une sanction, ne serait-ce que parentale. Pourquoi la société ne serait-elle pas habilitée à s’autoriser, pour se défendre et se protéger, ce que tout parent responsable est incité à faire devant les désobéissances de ses enfants : interdire, fixer des limites, avertir, menacer de punition, puis punir en cas de transgression ? La menace et la certitude que la punition aura lieu, l’expérience aussi si l’on a déjà été sanctionné, suffisent d’ordinaire à dissuader l’enfant intelligent de franchir la ligne rouge qu’il connaît parfaitement. A contrario les parents qui sont en permanence dans l’avertissement sans passage à l’acte, la renonciation, la discussion d’égal à égal avec leur enfant, sont généralement débordés. Pourquoi cette exigence de responsabilisation de l’enfant ne s’appliquerait-elle pas hors de la sphère parentale, dans la Justice ?

Pour les éducateurs, les parents d’enfants délinquants, les enseignants, les policiers, il s’agit donc d’un très mauvais signal qui fera des primo-délinquants déclarés irresponsables pénalement, des multirécidivistes puis de véritables caïds à 18 ans, habitués à l’impunité. Car le sentiment d’impunité des jeunes déviants n’en sera que davantage renforcé. En outre cela risque de faire tomber plus encore les très jeunes, désormais intouchables pénalement, dans le réseau de la délinquance.


5. Mais de quoi Nicole Belloubet est-elle le nom ?

Elle représente assurément une certaine gauche, bien présente dans le gouvernement Philippe, tant sur le plan des méthodes que des idées.

Elle est l’archétype de cette gauche doctrinair e qui manque de pragmatisme , celle qui ne part jamais du réel mais de ses idées, qui plaque sur des réalités éprouvantes des concepts totalement inadaptés et qui tente ensuite de faire entrer le réel de force dans la doxa. Elle représente le gauchisme culturel dominant depuis mai 1968, qui défend une culture de l’irresponsabilité , de l’inversion de culpabilité , du procès d’intention et de l’excuse victimaire . Son irénisme, sa bonne conscience sur le dos des victimes, malheureusement ne colle plus, et de moins en moins, avec l’évolution de la société, des nouvelles générations et de ces « enfants » qui, justement, quittent l’enfance de plus en plus tôt.


Irresponsable parce que déconnectée de la réalité, l’ancienne rectrice de l’académie de Toulouse laisse transparaître dans ce projet une idéologie à la fois gauchiste et pédagogiste, une naïveté partisane et une vision compassionnelle de la Justice que l’on retrouve aussi à l’œuvre dans le Syndicat de la Magistrature. On peut y lire également le typique aveuglement de classe , celui des privilégiés qui n’ont jamais été confrontés à la délinquance violente, généralement en bandes et qui prennent pour des « fachos » sans cœur et des bourreaux d’enfants les gens qui osent réclamer davantage de sévérité (au moins un peu plus qu’un rappel à la loi) pour des voyous, même en culotte courte… Contrairement à ce que croit cette gauche, la sévérité n’est pas le totalitarisme et la liberté n’est pas celle de tout se permettre ni l’impunité. Parler de sécurité n’est pas antidémocratique, garantir celle des personnes et des biens est même la première mission de l’Etat.


Mais il y a évidemment une autre raison, qui tient du court-termisme, de l’électoralisme et de petits calculs budgétaires et d’une forme d’irresponsabilité ministérielle . La raison majeure de la mansuétude de la justice, surtout de gauche, envers les « jeunes », mineurs ou pas, tient en effet à la rencontre entre une idéologie compassionnelle et l’insuffisance des moyens : difficultés des services de police, limités juridiquement ainsi qu’en termes d’effectifs et de moyens face à des jeunes prêts à se victimiser, à chercher l’affrontement ou la blessure puis à hurler aux violences policières ; insuffisances de la Justice, également en termes de moyens mais aussi en raison d’une législation devenue inadéquate ; manquements des services d’accompagnement (pas assez de psychologues, de structures adaptées…).

Ne pas poursuivre des mineurs de plus de 13 ans ou de jeunes majeurs, c’est également lutter contre la surpopulation carcérale que l’on ne s’est pas donné les moyens de réduire autrement. Rappelons que sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait été lancé un plan de rattrapage dans la construction de prisons que Christiane Taubira s’est empressée d’annuler dès son arrivée place Vendôme. Son successeur, Jean-Jacques Urvoas, en homme d’Etat soucieux de la continuité de la fonction au-delà des alternances politiques, avait budgétisé avant son départ et pour son successeur un peu moins de la moitié des places de ce qui était jugé urgent (soit 30 000 places sur les 75 000 à construire), plan à nouveau annulé par N. Belloubet, E.Macron annonçant qu’on en construirait finalement…9000 ! L’argent prévu a certainement été utilisé pour renflouer les caisses trop rapidement entamées par les premiers cadeaux fiscaux du gouvernement.


Comme s’était évertué à le faire François Hollande par simple esprit partisan , il s’agit aussi pour cette gauche revancharde, intolérante et manichéenne de détruire ce qui marche parce que cela a été mis en place par les adversaires politiques. Ainsi en fut-il de la défiscalisation des heures supplémentaires, ou sur le plan judiciaire du « plan prisons », et cela à deux reprises, par Ch. Taubira puis par N. Belloubet, la première ayant de surcroît supprimé, entre autres, par une simple circulaire et sans concertation, comme mentionné ci-dessus, les tribunaux correctionnels pour les mineurs récidivistes de 16 à 18 ans créés en 2011.

Il s’agit également d’une manœuvre désormais parfaitement rodée : dès qu’il y a difficulté en vue pour le gouvernement, cette gauche, dont N. Belloubet a toujours fait partie sur son aile la plus dure, sort du chapeau telle ou telle réforme sociétale qu’elle sait clivante et qui occupera la scène médiatique et les débats pendant que le « reste » passera plus facilement. Cela s’accompagne, comme de bien entendu, d’un discours catastrophiste ou prétextant l’urgence, et d’une rhétorique compassionnelle , doublée de procès d’intention, qui fait passer toute critique du projet pour un manque de bienveillance, voire une tendance autoritaire.

La méthode employée également est révélatrice : il y a les sachants, le camp du Bien, qui sait et peut imposer ses décisions à tous puisque cela sera dans l’intérêt de ceux que l’on présente comme des victimes. Ces tentations totalitaires ne sont pas nouvelles. En novembre les parlementaires, qui travaillaient de longue date dans deux commissions, au Sénat et à l’Assemblée Nationale, sur la question de la prévention et du traitement de la délinquance des mineurs, ont eu la désagréable surprise de se voir présenter les projets de réforme de la Justice sans avoir été consultés, dans une démarche verticale et autoritaire top-down , modifications qui devaient leur être imposées par ordonnances et sur lesquelles ils n’étaient appelés qu’à donner un avis. Les événements concomitants liés à la fronde des Gilets Jaunes ont néanmoins différé l’actuel projet. Echaudée par les réactions d’alors, sa conceptrice le remet aujourd’hui sur la table, de façon plus souple, puisqu’on donnera cette fois aux parlementaires du temps pour le discuter, voire proposer des amendements.

Comme d’habitude à gauche, quand il y a un problème on casse le thermomètre. Cela commence dès l’école, que Belloubet a eue en charge dans l’Académie de Toulouse : on ne sait plus gérer des enfants de plus en plus agités, réfractaires à l’autorité ? On invente le concept de classe vivante (certains inspecteurs allant même aujourd’hui jusqu’à sanctionner les enseignants « à l’ancienne » qui tiennent trop leur classe !). On n’écoute plus le Maître, on est incapable de se concentrer ? On met en œuvre la classe inversée, où l’élève devient le professeur. Il y a du bordel ? On développe le concept de « bruit pédagogique ». De plus en plus d’enfants présentent des lacunes immenses en langue française et ne comprennent plus le sens des mots. On allège par conséquent les programmes de français, on simplifie la grammaire, on valorise l’oral, on enjoint de ne plus sanctionner l’orthographe, on réécrit la littérature jeunesse en expulsant adjectifs compliqués, adverbes, et temps du passé, tout en ayant au préalable jeté aux oubliettes les textes littéraires classiques jugés exigeants pour les remplacer par une sous-littérature correspondant aux goûts et au vocabulaire, aux tics de langage de jeunes illettrés. Il faut également saper l’autorité du professeur qui ne pourra plus sévir. Si l’on ne sévit plus, c’est qu’il n’y a pas de problème. Circulez, il n’y a plus rien à voir.


La suite est dans la même logique. On ne sait pas traiter la délinquance des mineurs ? On fait alors en sorte qu’on ne puisse plus parler de délinquance des mineurs. Pénalement irresponsables, ces mineurs feront des « bêtises », de plus en plus graves, de plus en plus nombreuses, de plus en plus violentes, mais elles seront désormais invisibles car volontairement invisibilisées , hors statistiques. Rappelons-nous que cette gauche, la gauche en général d’ailleurs, est nominaliste : seul existe ce que l’on peut nommer. Ce que l’on ne nomme pas n’existe donc plus. Inversement, en mettant un nom sur ce qui n’est pas (facho, populiste, danger, urgence …), on donne corps et réalité aux fantasmes et procès d’intention.


Qu’on ne prétende pas que Macron est à droite. Il le devient partiellement sur le plan économique mais il est pleinement de gauche sur le plan sociétal, à l’image de la ministre de la Justice qui semble une incarnation de cette gauche doctrinaire et déresponsabilisante. Aujourd’hui, dans la débâcle actuelle et l’effacement de ce qui pourtant se situe quelque part entre la République en marche et le Rassemblement National, beaucoup se demandent ce qu’est la droite, si ceux qui s’en réclament peuvent encore parvenir à se rassembler sur des fondamentaux communs en dépit de sensibilités différentes. Il n’est sans doute pas facile de dessiner les contours de ce qui reste à reconstruire. Mais comme dans toute définition, il est toujours possible de commencer par cerner une notion en éliminant ce qu’elle n’est pas . Et la droite n’est pas, ne doit pas être, tout ce qui a été décrit ci-dessus : peu pragmatique, doctrinaire, déconnectée du terrain, irresponsable, victimaire, dans une démarche autoritaire top down qui fait fi de la concertation, obsédée par la table rase, droitdelhommmiste et bien-pensante. Et s’il y a deux notions inséparables qui la caractérisent mais que la gauche ne sait pas conjuguer, c’est bien d’abord la liberté , dans le sens que lui donnaient les philosophes des Lumières, limitée pour chacun à l’endroit où commence celle du voisin, balisée par des limites et des sanctions, dans l’acceptation des règles du jeu collectif qui garantissent les droits, la sécurité, l’autorité de ceux qui en sont les dépositaires. Le second principe est celui de la responsabilité , qui devrait être le quatrième pilier, invisible, du Temple républicain. Et la seule méthode possible doit rester le pragmatisme , ancré dans la réalité et dans l’écoute des personnes concernées, loin de tout dogmatisme. La gauche part des idées, la droite doit s’ancrer sur le terrain et élaborer des solutions à partir de ses constatations. Devant les bêtises dangereuses de la gauche doctrinaire et déconnectée des réalités, la droite sait au moins ce qu’elle ne doit pas devenir et de quoi elle ne doit, en aucun cas, se montrer complice.


Annexes

L’ ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante ainsi que ses principales modifications jusqu’en 2019 (il y en a eu 39)


https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006069158


L’article 122.8 sur la responsabilité pénale pour les mineurs capables de discernement (2002) . En résumé , les mineurs capables de discernement sont pénalement responsables, sans limite d’âge même si en principe, les mineurs âgés de moins de 10 ans sont considérés comme irresponsables. https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006417222&cidTexte=LEGITEXT000006070719


Comparaison : le droit pénal des mineurs en Europe

http://www.justice.gouv.fr/europe-et-international-10045/etudes-de-droit-compare-10285/le-droit-penal-des-mineurs-en-europe-12987.html


Loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice

https://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/texte-discussion/projet-loi-programmation-2018-2022-reforme-pour-justice.html

La CIDE (Convention Internationale des Droits de l’Enfant), qui demande à ce que les pays signataires fixent un âge butoir pour la responsabilité pénale. https://www.vie-publique.fr/focus/decrypter-actualite/convention-internationale-droits-enfant-cide-1989.html

Le Tribunal correctionnel pour mineurs (2012-2017)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tribunal_correctionnel_pour_mineurs


Chaîne pénale (simplifiée) pour les mineurs http://www.justice.gouv.fr/art_pix/chainepen.pdf


par Gabrielle Cluzel dans Boulevard Voltaire • 24 octobre 2026
Notre président semble faire preuve d'une mémoire très courte et très sélective ! Une tribune de Gabrielle Cluzel dans Boulevard Voltaire : https://www.bvoltaire.fr/crime-de-trappes-le-grand-mensonge-demmanuel-macron/
par Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox • 23 octobre 2026
Le paradigme serait-il en train de changer de bord ? Un nouvel édito de Vincent Trémolet de Villers : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-face-au-rn-la-procession-de-la-gauche-la-plus-bete-du-monde-20261022 Si elle veut éviter la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, le chemin le plus sûr, c’est de voter dans une urne, pas de marcher dans la rue. Principe élémentaire que la gauche française n’est plus capable de comprendre. Passer la publicité Selon Camus, on reconnaît la bêtise au fait qu’elle « insiste ». Voilà des décennies que la gauche française a tout abandonné - l’école, la laïcité, la frontière, le travail - pour se consacrer à une unique cause : la lutte contre le RN. Elle pétitionne, vitupère, menace, manifeste sans jamais rien proposer d’autre qu’une vacuité navrante déguisée en antifascisme. À l’heure du bilan, c’est un triomphe : dans l’opinion, la gauche n’a jamais été aussi faible et le Rassemblement national, attractif . À croire que les « mutins de Panurge » chers à Philippe Muray sont devenus les meilleurs agents électoraux de Marine Le Pen. Et pourtant, la gauche française insiste. Nous retrouverons donc, samedi, à Orléans, le cortège des militants socialistes , écologistes, Insoumis, communistes. Toute la gauche agglomérée à LFI avec Raphaël Glucksmann en spectateur comme au bon vieux temps du Nouveau Front populaire. Fanatisme vertueux L’objet de cette mobilisation ? Le congrès du RN, qui se tient ce week-end. Faut-il comprendre que ce parti n’a pas le droit de se réunir en congrès ? Ou, pire encore, que sa seule existence mérite que l’on déplace 30.000 personnes ? Si l’on veut éviter la victoire de Marine Le Pen, le chemin le plus sûr, c’est de voter dans une urne, pas de marcher dans la rue. Principe élémentaire que la gauche française n’est plus capable de comprendre. Comment s’en étonner ? Elle a tout retourné : la police menace les délinquants, Israël est nazi, un homme est une femme, les autochtones sont des colons, la France souffre du libéralisme, la culture générale est une domination, le mérite, un privilège, la volonté populaire, une menace, la réalité, une illusion. On pourrait en rire, si ce fanatisme vertueux ne légitimait pas, au nom de principes supérieurs, la destruction des biens et la violence sur les personnes. Derrière cette manifestation de vitrine, il y a des milliers d’activistes prêts à brûler, à casser, et même, on l’a vu à Lyon en février dernier, à tuer. C’est bien dans cette intimidation, ce harcèlement, cette agressivité des soi-disant « antifas » que la démocratie est directement menacée. Bête et méchant : la gauche processionnaire nous prouve que ce n’est pas incompatible.
par Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox • 22 octobre 2026
"Dans les flammes de cette journée noire, c’est tout un système de valeurs qui est parti en fumée." Un éditorial de Vincent Trémolet de Villers à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-la-france-defiguree-20261018 L’État humilié dans ses mairies , ses préfectures, ses commissariats. Les Français effrayés et exaspérés par cette rage qui défigure leur pays de sa violence hideuse . Les policiers à bout, valeureux mais débordés. Les commerçants désespérés après les pillages. Les journalistes menacés et agressés. L’immeuble d’Europe 1, CNews et le JDD directement attaqué… Dans les flammes de cette journée noire, c’est tout un système de valeurs qui est parti en fumée. Sous les cendres : des décennies de lâcheté, de conformisme, d’aveuglement. Le mépris de toute autorité qui donne à l’individu son sentiment de toute-puissance. Le ressentiment historique, social, culturel qui alimente les pulsions révolutionnaires. Une justice indulgente avec le délinquant, intraitable avec les braves gens. Le privilège incompréhensible de ces milices d’extrême gauche qui cassent, brûlent et tuent impunément. Une immigration incontrôlée dont une partie se dresse contre le pays qui l’accueille. Une école décervelée. Un mouvement politique qui, de Mélenchon en Bagayoko, fait volontairement monter la fièvre Robespierriste. Un personnel politique - les nuances de socialisme qui nous gouvernent depuis quinze ans -, coupable de légèreté, de cécité quand ce n’est pas de complaisance. Les remontrances d’Emmanuel Macron à une police jugée pas assez « empathique » avec ceux qui l’attaquent aux boulons, pavés ou mortiers d’artifice resteront comme une tache indélébile. Celle d’un pouvoir qui assure combattre les folies de La France insoumise tout en cédant à la première difficulté à ses intimidations idéologiques, quand ce n’est pas, comme ce fut le cas, en 2024, en faisant élire ses candidats à l’Assemblée nationale. Si l’ultragauche, les délinquants, les pilleurs peuvent en quelques heures mettre la France sens dessus dessous, c’est d’abord parce qu’une monarchie technocratique enivrée d’elle-même a méthodiquement arasé toutes les protections morales, sécuritaires, culturelles, économiques qui permettent à une société de tenir debout. Les idiots utiles de Jean-Luc Mélenchon portent le keffieh mais aussi la cravate.
par Chantal Delsol dans FigaroVox • 20 octobre 2026
"Les lycéens de Mai 68 se sont laissé séduire par les fables maoïstes ou trotskystes, mais l’école républicaine leur avait donné une culture, analyse la philosophe. Selon elle, les bloqueurs paient le prix d’un mensonge plus grave : celui d’une école primaire qui couronne l’ignorance." Une tribune de Chantal Delsol, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/chantal-delsol-les-lyceens-sont-les-victimes-du-mensonge-egalitaire-de-l-ecole-20261007 « Les lycéens sont les victimes du mensonge égalitaire de l’école » Les lycéens de Mai 68, imprégnés des balivernes de Mao ou Trotsky, étaient persuadés de construire le bonheur tout court ou les « lendemains qui chantent », mais ils étaient aussi les produits de l’école républicaine. Et à ce titre, ils possédaient beaucoup de mots (trop ?), ils récitaient par cœur Aragon et Lénine (Ah ! Matérialisme et empiriocriticisme !). Une fois leurs délires apaisés, ils sont devenus rapidement les élites de la nation. Il leur a suffi pour cela d’arracher leur costume d’égarement, de changer de crémerie en quelque sorte. Sous la surface, il y avait une culture, un apprentissage de l’esprit. Le retournement s’est fait sans gloire, mais avec aisance. Les lycéens d’aujourd’hui ont affaire à un bien autre mensonge, celui de Bourdieu, plus récent mais dans la même veine, qui ne cherche plus l’égalité parfaite à travers le renversement des institutions, mais à travers la destruction de la culture. Le niveau de culture suscite des inégalités. L’exigence dont faisait preuve l’école républicaine envers les élèves signifiait la croyance en la valeur du mérite - elle produisait Camus par l’apprentissage laborieux et astreignant de la culture. Dans l’école bourdieusienne, le mérite, parce qu’encore inégalitaire, est lui-même à exclure. Ainsi, l’ignorance se répand. Au premier jour des événements présents, des lycéens affairés à renvoyer un journaliste qui leur déplaisait n’ont trouvé pour lui parler que « Nique ta mère » et « fils de p*te ». C’est le vocabulaire du cyclope d’Homère. L’école bourdieusienne ne produit plus Camus, fils d’une analphabète, elle produit directement des analphabètes, au nom de l’égalité. Et les lycéens s’engagent derrière ce drapeau, au nom de l’égalité. En bref, aux lycéens on a servi des mensonges, autrefois comme aujourd’hui. Les lycéens de 2026 sont sans arrêt victimisés Mais le second mensonge, celui d’aujourd’hui, qui n’est qu’un héritier du premier, est cependant beaucoup plus grave, parce qu’il les saisit à l’aurore, il est au cœur, il commence à l’école primaire. Pour cette raison, il commet des dommages irréparables : quand on couronne l’ignorance dès le début (il suffit, par idéologie, de n’exiger aucun effort de l’enfant), alors il est presque impossible de réparer, parce que les dégâts sont faits dès l’âge même où tout se joue. À l’époque de Mai 68 , les élites socialistes et communistes tenaient le haut du pavé, interdisaient la publication des livres préjudiciables à leur courant, et le plus célèbre de nos intellectuels d’alors, Jean-Paul Sartre, pouvait clamer paisiblement que « tout anticommuniste est un chien ». Ainsi, la jeunesse avec naturel prenait pour emblème le Petit Livre rouge de Mao, ou adoptait les thèses de Trotsky ou de Lénine. Aujourd’hui, les troupes de LFI ont pris le relais pour répandre une idéologie égalitaire qui vise le même rêve, ou plutôt le même enfumage. S’ils sont à plaindre c’est parce qu’on leur a fait croire qu’ils réussiraient tous et sans exigence aucune, et parce que ce sont eux, à n’en pas douter, qui vont payer ce mensonge au prix fortLe mensonge bourdieusien consiste à dire à l’enfant : l’accession des places au mérite est une injustice. La justice veut que tout le monde appartienne à l’élite (marchons un peu sur la tête, ça fait du bien, la vie est tellement triste). Donc vous serez tous reçus aux examens - le baccalauréat, et jusqu’au bac + 5. C’est ça, la justice, et c’est ça, l’avenir, faute de quoi « il y a des violences légitimes ». Le mensonge en question est si répandu qu’il a envahi la publicité : « on a tous droit au meilleur, au meilleur prix ». On ne prend pas conscience que si le meilleur est partout, il n’existe plus, que si tous sont l’élite, il n’y a plus d’élite. Ou plutôt, on en prend conscience, et on sait bien que cela signifie : une société complètement égalitaire, celle des rêves socialistes qui finissent à Cuba, en Corée du Nord, au Venezuela (régime justement qu’affectionne Jean-Luc Mélenchon ). Au lieu d’être encouragés et astreints à travailler, les lycéens de 2026 sont sans arrêt victimisés. Ils sont victimisés parce qu’ils subissent les désastres climatiques, parce qu’ils ont vécu les confinements, parce que leurs lycées manquent de moyens, comme si les générations précédentes n’avaient pas chacune vécu ses problèmes et ses drames, la plupart du temps beaucoup plus tragiques. Ils sont victimisés en tant que « racisés », comme si la France n’était pas le pays qui octroie le plus d’allocations et de gratuité (santé, école) à tous les étages, et à tous ses citoyens même clandestins. Ils sont victimes de Parcoursup - qui (honte !) pratique une forme de sélection. Bercés par des escrocs de la promesse Les lycéens de Mai 68 étaient des ballots mais pas des victimes (ils avaient toute la culture qu’il fallait pour ne pas tomber dans les pièges mensongers de l’idéologie, ce qui s’est pourtant passé). Les lycéens d’aujourd’hui n’ont pas de raison d’être spécialement ballots : ils tombent dans les pièges idéologiques parce qu’ils n’ont pas de mots, et un esprit sans mots se laisse avaler par le premier requin qui passe. Eux sont des victimes parce qu’on n’a eu ni la volonté (pour les idéologues) ni le courage (pour la masse des autres, impressionnés par les idéologues) de faire preuve d’exigence pour les élever, ce que traduit le mot élève. S’ils sont à plaindre, ce n’est pas seulement parce qu’ ils ont des horaires déplorables ou pas assez d’infirmières dans les lycées ou parce qu’ils manquent de papier à cabinet, mais surtout parce qu’on leur a fait croire qu’ils réussiraient tous et sans exigence aucune, et parce que ce sont eux, à n’en pas douter, qui vont payer ce mensonge au prix fort. Je vois un panneau dans une manif de mardi : « on n’a pas envie de passer notre vie à la gagner », qui décrit à lui seul l’ampleur de l’illusion dont ils ont été bercés par des escrocs de la promesse. Supprimer ce qui fonctionne pour qu’on ne puisse pas, par comparaison, percevoir le désastre du système régnant : c’est la seule solution qui reste au charlatan traquéAujourd’hui, les défenseurs institutionnels du mouvement - LFI et ses supports - s’apparentent à Mao davantage qu’à tout autre souvenir. Mao soufflait sur les braises de la Révolution culturelle en appelant de ses vœux « un grand chaos sous le ciel » afin de « tirer du grand chaos un ordre suprême » (admirons le génie inventif ! une pensée respectueuse et admirative pour Yang Jisheng et son histoire monumentale de la Révolution culturelle, Renverser ciel et terre). Il fallait briser tout ce qui restait d’inégalitaire dans l’ancien monde. Là où la réalité résiste à la volonté égalitaire, il faut la détruire. On incendie les lycées, et on s’en prend aux enseignants eux-mêmes : chez nous, depuis une semaine, plus de soixante enseignants, proviseurs, surveillants, ont été violemment pris à partie par des élèves, rappelant les pages les plus ignobles des descriptions de Jisheng. Les groupes de lycéens fanatisés commencent par mettre le feu aux poubelles puis s’approchent des enseignants et au lieu de leur parler (ils n’ont pas de mots ! ne jamais oublier ça !), les tabassent ou leur jettent de l’essence. « Vous avez raison, c’est puissant ce que vous faites », affirme Jean-Luc Mélenchon . Tout ce qui s’oppose au mensonge égalitaire est frappé d’infamie, et on n’a jamais autant entendu de voix pour réclamer l’interdiction des écoles privées, encore capables de cette vertu oubliée des éducateurs : l’exigence. Supprimer ce qui fonctionne pour qu’on ne puisse pas, par comparaison, percevoir le désastre du système régnant : c’est la seule solution qui reste au charlatan traqué. 
par Alain Finkielkraut dans FigaroVox • 19 octobre 2026
Un entretien très intéressant avec Alain Finkielkraut : le philosophe et académicien explique sa vision des origines de la crise à laquelle nous faisons face. A lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/alain-finkielkraut-le-baccalaureat-est-devenu-un-droit-de-l-homme-20261009 GRAND ENTRETIEN - Le philosophe et académicien voit dans le blocus des lycées la conséquence de l’instrumentalisation d’une partie de la jeunesse par LFI, mais aussi le résultat d’une faillite de la transmission. Dernier livre paru : Le Cœur lourd, conversation avec Vincent Trémolet de Villers (Gallimard, 2026). LE FIGARO. - Quel regard portez-vous sur le blocus des lycéens ? Est-il porté par certaines revendications légitimes ou s’agit-il de la défaite de la pensée ? ALAIN FINKIELKRAUT. - Les lycéens bloqueurs s’insurgent contre le manque de moyens, le non-remplacement des professeurs , la dégradation de leurs établissements. Ils réclament 10 milliards tout rond pour cesser le mouvement. Moyennant quoi les plus motivés saccagent ou incendient les lycées et agressent des professeurs. Comment, dans ces conditions, peut-on en vouloir aux nouveaux agrégés et aux nouveaux certifiés qui sont de plus en plus nombreux à jeter très vite l’éponge ou même à choisir d’emblée une autre voie que l’enseignement ? Le contraste entre le contenu des revendications lycéennes et les moyens choisis pour les faire entendre est vertigineux. Ce blocus des lycées s’inscrit-il dans une faille plus large de l’école et de la transmission du savoir ? Les manifestations surviennent quelques jours après la publication du classement Pisa , qui révèle crûment l’effondrement du niveau scolaire en France. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut remonter à Pierre Bourdieu et aux livres qu’il a publiés avec Jean-Claude Passeron, Les Héritiers et La Reproduction. Les deux sociologues dénoncent, statistiques à l’appui, le grand mensonge de la méritocratie. Sous couleur de suivre la grande recommandation de Condorcet : « Les peuples libres ne connaissent d’autres moyens de distinction que les talents et les vertus », la sélection, disent Bourdieu et Passeron, transmue l’héritage social en grâce individuelle. Elle fait croire aux élèves bien nés qu’ils sont les meilleurs parce qu’ils obtiennent les meilleures notes et aux enfants des classes défavorisées qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes du destin qui leur est assigné, car la plupart d’entre eux n’atteignent pas la moyenne. L’école a entendu Bourdieu et voulu, réforme après réforme, corriger les injustices qu’il a mises au jour. Le collège unique a été instauré. Le redoublement a pratiquement disparu. Le baccalauréat est devenu un droit de l’homme. Et la lutte contre les inégalités a conduit à accueillir les élèves plus faibles dans des classes plus avancées et, ensuite, à se régler sur leurs capacités pour ne laisser personne sur le bord de la route. Résultat : le niveau a dramatiquement chuté. La politique compassionnelle et réparatrice née de la lecture des Héritiers pénalise d’abord ceux à qui elle est censée tendre la main. Les autres peuvent toujours s’en sortir par l’enseignement privé ou les cours particuliers. "On a donné la parole aux élèves avant de leur donner la langue" La reproduction sociale est assurée au moyen des dispositions prises pour y mettre fin. Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Afin de supprimer définitivement l’avantage des héritiers, on a déshérité tout le monde. On a donné la parole aux élèves avant de leur donner la langue, on a supprimé les humanités, les nouvelles élites pratiquent allègrement le redoublement du sujet (« la France, elle a des atouts ») et qui imaginerait aujourd’hui un président de la République citant quelques vers de Paul Éluard comme Georges Pompidou dans une conférence de presse au lendemain du suicide de Gabrielle Russier ? Quand des ministres de l’Éducation nationale cherchent à réintroduire un semblant d’exigence et de sélection, ils sont désavoués par leurs successeurs. On l’a vu avec les groupes de niveau et le choc d’autorité de Gabriel Attal. Ce que les lycéens devraient exiger, c’est le retour des humanités et de l’histoire chronologique, c’est le renforcement de l’étude de la langue française, c’est du temps pour lire. Au lieu de quoi, ils passent toujours plus d’heures les yeux rivés sur leur portable, et ils veulent un emploi du temps allégé. L’autre jour, à la télévision, l’un d’entre eux, tout en réprouvant la violence, se plaignait d’avoir cours le samedi matin, ce qui empiétait sur ses week-ends. Et le Conseil constitutionnel, à la grande joie de la jeune génération, annule une loi interdisant l’usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Les Sages de la rue Montpensier accélèrent la progression de l’illettrisme dans notre pays. Ce mouvement s’inscrit-il dans la lignée de Mai 68 ou est-il d’un type radicalement nouveau ? Quelle différence avec le folklore étudiant traditionnel ? En Mai 68 , beaucoup de bêtises ont été dites ou écrites, mais il y a eu aussi quelques perles : « Assez d’actes, des mots. » Et il ne nous serait pas venu à l’idée de brûler ou de dévaster des établissements scolaires. Nous étions, selon la géniale expression de Philippe Muray, des « mutins de Panurge », nous n’étions pas des vandales. À cette époque, j’étais jeune, c’est-à-dire conformiste. Je suivais le mouvement, je faisais comme tout le monde, je m’indignais comme on s’indignait, je me révoltais comme on se révoltait. Et puis, grâce aux livres, j’ai précocement vieilli. Je me suis arraché à la glu générationnelle, j’ai appris à penser par moi-même et j’ai savouré, bien avant d’atteindre le troisième âge, cette réflexion de Fellini : « Je me demande ce qui est arrivé à un moment donné, quelle espèce de maléfice a pu frapper notre génération pour que soudain, on ait commencé à regarder les jeunes comme les messagers d’on ne sait quelle vérité absolue. Les jeunes… Les jeunes… Les jeunes. On eût dit qu’ils venaient d’arriver dans des navires spatiaux. » La comparaison avec les émeutes de 2005 et 2009 vous semble-t-elle légitime ? Ce qui me semble légitime, c’est de pointer le rôle croissant des nouvelles technologies dans les manifestations et les émeutes. On voit en temps réel ce qui se passe ailleurs et on fait la même chose. On ne veut pas être en reste, on ne veut pas se laisser décrocher. La violence se répand et se répandra de plus en plus par contagion mimétique. Le gouvernement dénonce l’instrumentalisation du mouvement par LFI. Là encore, est-ce inédit ? La France insoumise courtise les émeutiers en renchérissant sur leurs revendications (Mélenchon demande l’abolition de Parcoursup avant d’exiger le Master pour tous), comme elle joue la carte de l’antisémitisme pour faire voter en sa faveur les habitants des territoires perdus de la République. C’est l’application à la lettre de la recommandation de la Fondation Terra Nova en 2011. Puisque les classes populaires sont irrécupérablement nostalgiques de la France d’avant, il faut faire émerger une nouvelle majorité formée des diplômés, des jeunes, des minorités et des femmes en lutte pour l’égalité. À voir les keffiehs et les drapeaux palestiniens qui fleurissent dans les manifestations lycéennes, la coalition se forme. Deviendra-t-elle un jour majoritaire ? Il faut espérer que la plupart des Français, abasourdis par les violences urbaines, sanctionneront Mélenchon en 2027. Sciences Po entre dans la danse. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Sciences Po, mais aussi l’Institut catholique de Paris, l’École des mines, l’École du Louvre, les lycées Henri-IV, Victor-Duruy et Condorcet, où pourtant tout va bien. Il ne faut surtout pas rater le train de la contestation. On est grégaire aujourd’hui pour ne pas être rangé dans le camp réactionnaire. Nous avons commémoré cette semaine les trois ans du 7 Octobre. Les drapeaux palestiniens et les slogans pro-Gaza accompagnent les violences. Comment analysez-vous cette omniprésence dans un mouvement lycéen dont les revendications sont apparemment très éloignées de ce sujet ? En 1903, au lendemain du pogrom de Kishinev, qui fit 45 morts et qui bouleversa toute l’Europe, Israël Zangwill, l’un des fondateurs du sionisme, déclara : « La seule solution à la question juive, c’est de sortir les Juifs de Russie et de les planter dans un terreau qui leur appartienne. » Cette solution a été appliquée et un pogrom mille fois plus féroce que celui de Kishinev s’est produit à l’intérieur même d’Israël. "Un nouvel antisémitisme a fait son apparition sur les campus et dans les lycées. Cet antisémitisme est inculpabilisable" Ce traumatisme n’est pas près de s’effacer. Mais sur certains panneaux lycéens, on a pu lire : « 7 Octobre, jour de fête. » Dans un texte intitulé La Zone grise, Primo Levi écrit : « Ce sont surtout les jeunes qui veulent que les choses soient claires, que les séparations soient franches. Leur expérience du monde étant pauvre, ils n’aiment pas l’ambiguïté. » Pour nombre d’adolescents, le conflit israélo-arabe se résume à l’oppression exercée par un État sanguinaire sur les nouveaux damnés de la terre que sont les Palestiniens. Trois ans après le 7 Octobre, êtes-vous particulièrement inquiet pour les Juifs de France ? Dans une tribune publiée dans Le Figaro , cinq intellectuels dont Élisabeth Badinter et Stéphane Azihari ont écrit : « Le sort des Juifs se dégrade à mesure que l’Europe s’islamise. » Je suis d’accord, mais l’islamisme n’est pas seul en cause. Un nouvel antisémitisme a fait son apparition sur les campus et dans les lycées. Cet antisémitisme est inculpabilisable. On ne peut pas lui faire honte. Il n’est pas raciste, il brandit fièrement le drapeau de l’antiracisme. Il dénonce la Shoah de Gaza et pour lui, je suis un sioniste génocidaire. Ces jours-ci, je n’ai pas intérêt à mettre le nez dehors. Ce simplisme juvénile est ratifié par des intellectuels vieillis sous le harnais. Ainsi Emmanuel Todd, qui dans son dernier livre parle à propos d’Israël de « bonheur dans le crime ». Il y a pourtant de la place pour une critique vigoureuse de Netanyahou et des fanatiques qui l’entourent sans recourir à cette rhétorique nazifiante. Que vous inspirent les propos antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart et que le président du Rassemblement national dément ? Cela donne-t-il raison à ceux qui prétendent que la dédiabolisation n’est qu’une façade ? Peut-on dresser une équivalence entre le RN et LFI sur ce sujet ? Certains organes de presse fouillent sans vergogne dans les conversations privées. L’apparition de cette Stasi médiatique me met très mal à l’aise. Cela étant dit, les propos que Jordan Bardella a vraisemblablement tenus sont épouvantables. Ils témoignent non seulement d’un préjugé antisémite, mais d’une vision du monde qui explique tout par les manœuvres de la puissance juive. Bardella avait 17 ans et il était sous l’influence d’Alain Soral quand il a dit cela. Mais après sa majorité, il a fréquenté Frédéric Chatillon, « un antisémite si radical qu’il peut avoir organisé des soirées pyjamas rayés », nous apprend Caroline Fourest. J’en conclus que la plus extrême vigilance doit être de mise vis-à-vis du Rassemblement national, même dédiabolisé. Je constate cependant que Jordan Bardella était présent avec Marine Le Pen à la marche contre l’antisémitisme, quand Jean-Luc Mélenchon tweetait : « Les partisans du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous ». Le massacre en question, c’est la guerre à Gaza. Le même Mélenchon affirme que ce sont « ses coreligionnaires qui ont mis Jésus sur la croix », faisant ainsi le lien entre peuple déicide et peuple génocide, et il dit que Jérôme Guedj « tourne autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions ». Pour amuser son public, il joue avec la prononciation des noms Glucksmann et Epstein. Ne pas se tromper d’époque : le nouveau Durafour crématoire, c’est lui.
par Bruno Retailleau • 18 octobre 2026
« Vous et les vôtres avez sur la conscience la mort de Quentin Deranque » : la lettre de Bruno Retailleau à Jean-Luc Mélenchon à lire dans le Figaro : https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/vous-et-les-votres-avez-sur-la-conscience-la-mort-de-quentin-deranque-la-lettre-de-bruno-retailleau-a-jean-luc-melenchon-20261009 Lettre à Jean-Luc Mélenchon On dit parfois que la politique peut rendre fou. J’ignore quelle folie vous a saisi pour que le républicain sourcilleux que j’ai connu au Sénat soit devenu le parrain politique des forces les plus antirépublicaines qui menacent notre pays. Vous avez été un défenseur intransigeant de la laïcité, et vous voilà aujourd’hui le protecteur des islamistes. Vous avez été un patriote attaché à l’universalisme républicain, et vous êtes désormais le promoteur d’une internationale wokiste et racialiste. Passer la publicité Vous avez servi comme ministre et parlementaire nos institutions démocratiques, et vous couvrez dorénavant ceux qui préfèrent le tabassage à la loi du suffrage. Le 14 février dernier, Quentin Deranque a perdu la vie sous les coups des barbares que votre mouvement protège et soutient. Je veux bien sûr parler de la Jeune Garde. Je n’irai pas par quatre chemins : vous et les vôtres avez sur la conscience la mort de Quentin , puisque leurs auteurs sont aussi vos alliés. «La Jeune Garde est alliée et liée au mouvement Insoumis» : ce sont vos propres mots, c’est donc aussi votre responsabilité. Ces violents, vous ne les avez pas seulement légitimés, vous les avez aussi encouragés. Là encore, vos propos parlent contre vous. Voici ce que vous déclariez lorsque, ministre de l’Intérieur, j’avais lancé la procédure de dissolution de la Jeune Garde : « Ces jeunes gens détestent le fascisme. Je leur donne raison. Bravo, continuez ! » Vous avez été entendu : la Jeune Garde a continué et un jeune homme a été massacré. Mais ce n’est pas tout. Après que vos alliés eurent pris la vie de Quentin, vous lui avez volé jusqu’à son statut : à vous entendre, il l’avait bien cherché, ce n’était plus lui la victime, mais vous et vos amis Insoumis. Quelle indécence… Retourner l’accusation, inverser les responsabilités : ce procédé de victimisation, vous le maîtrisez à la perfection. Depuis des années, vous l’employez pour excuser les responsables de l’ensauvagement, et vous l’utilisez aujourd’hui pour dédouaner votre mouvement. La stratégie est d’autant plus efficace que votre parti bénéficie d’une indulgence coupable, et parfois complice, dans bien des sphères politiques, institutionnelles et médiatiques. C’est le privilège Insoumis. Celui qui vous a permis de faire passer l’antisémitisme virulent qui sévit dans vos rangs pour un humanisme compatissant à l’égard de Gaza, votre soutien aux tyrans d’Amérique du Sud pour un tiers-mondisme romantique, et votre haine antiflics pour un plaidoyer en faveur de l’État de droit. Je l’admets, vous êtes habile. Mais de l’habileté dont sont faits les cyniques. Car dans votre volonté de tout conflictualiser, je vois d’abord la dérive d’un homme qui a tout trahi. Tout ce qui fait la noblesse d’une tradition politique et intellectuelle qui n’est pourtant pas la mienne mais dont je connais la valeur, celle de la gauche républicaine. Le combat pour la dignité des classes populaires, vous le désertez pour ferrailler sur le terrain dangereux des luttes communautaires. La cause de l’instruction comme celle de la liberté d’expression, vous les piétinez en emboîtant le pas aux sectaires de la cancel culture qui sévissent sur les campus américains. La défense de la nation civique, vous la reniez au nom d’une créolisation qui vous conduit aujourd’hui à revendiquer la théorie du grand remplacement. Vous avez aussi bien trahi Ferry que Jaurès, Renan que Clemenceau. "Votre nouvelle France, c’est le nouveau sectarisme" Bruno Retailleau Le condensé de toutes vos trahisons, c’est votre concept de « nouvelle France ». Car je veux dire aux Français ce qu’elle recouvre réellement. Votre nouvelle France, c’est le nouveau sectarisme. Dans les municipalités que LFI dirige, vos amis font la chasse aux fonctionnaires dont les opinions leur déplaisent, et le nouveau maire de Saint-Denis appelle à l’insurrection en cas de victoire du RN en 2027. Partout dans le pays, vous traquez ceux qui veulent seulement conserver ce qui fait le sel de notre mode de vie. Vous voulez démonter les crèches, déboulonner les statues et même prohiber les banquets. C’est le retour de la pulsion révolutionnaire et insurrectionnelle, cette volonté rageuse de détruire et d’interdire qui, dans l’histoire, a toujours mené au pire. Votre nouvelle France, c’est aussi le nouvel antisémitisme. Non seulement vous reprenez à votre compte la propagande du Hamas, mais vous remettez au goût du jour les pires procédés des tribuns antisémites des années 30, en faisant rire à gorge déployée votre public avec des jeux de mots sur les patronymes d’origine juive. Votre nouvelle France, c’est également le nouveau racisme. Celui qui est tu, mais qui pourtant existe. Le racisme anti-Blancs. « Tout Blancs, tout moches que vous êtes » : vos mots arment la haine de tous contre tous, pour une guerre des races que vos discours préparent. Cette guerre, la souhaitez-vous ? Je voudrais croire que non, mais j’en doute. Cher Jean-Luc Mélenchon, votre nouvelle France, c’est tout simplement la fin de la France. Non, il n’y a pas une France ancienne et une France nouvelle. Il n’y a pas une France des Blancs et une France des Noirs ou des Arabes. Comme il n’y a pas une France des riches et une France des pauvres. Il y a la France, tout simplement. La France des Français qui veulent le rester. La France des Français qui ne veulent ni remplacer ni être remplacés, mais qui désirent seulement vivre d’un même patriotisme, quelles que soient leur couleur de peau, leur religion ou leur condition. Jusqu’où irez-vous, Jean-Luc Mélenchon ? Nul ne le sait, et c’est bien là tout le problème. Car vous n’avez, en définitive, aucune limite pour gagner quelques voix. C’est pourquoi les vrais républicains ne doivent avoir à votre égard aucune faiblesse. N’en déplaise à ceux qui au sein du bloc central, lors des élections législatives de 2024, ont appelé à glisser un bulletin LFI contre le RN, jamais je n’appellerai les électeurs de droite à voter pour La France insoumise ou ses alliés. J’assume d’ailleurs de ne pas tracer une ligne d’équivalence entre votre parti et le Rassemblement national. Si je combats résolument le projet de ce dernier, je fais une différence entre les démagogues qui promettent la lune aux Français, en ayant changé d’avis sur tout, uniquement pour plaire, et les idéologues qui, comme vous, projettent le chaos pour la France. Les premiers sont des concurrents dans une compétition électorale dont ils acceptent les règles démocratiques et les principes républicains, les seconds sont des adversaires. Vous êtes, Jean-Luc Mélenchon, mon seul adversaire. Puisque vous seul êtes une menace politique pour la République.
par Yves Thréard dans FigaroVox • 16 octobre 2026
L’éditorial d’Yves Thréard : « Police, Macron dans le piège du chaos téléguidé » à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/l-editorial-d-yves-threard-police-macron-dans-le-piege-du-chaos-teleguide-20261007 Le procès instruit contre les gendarmes et les policiers est révoltant. Et il est anormal que le gouvernement baisse la garde et laisse faire ceux qui propagent une ambiance de guerre civile dans notre pays. On rapporte qu’Emmanuel Macron aurait beaucoup pesté ces derniers jours contre la police. Elle serait, selon lui, trop dure, sans empathie. Alors que la France est livrée aux casseurs, on comprend que le chef de l’État puisse être inquiet. Mais savoir que sa méfiance irait aux forces de sécurité défie l’imagination. Victimes de provocations, d’agressions et d’échauffourées, celles-ci comptent aujourd’hui plus de 750 blessés dans leurs rangs. Elles sont pourtant traitées en ennemies de l’ordre républicain, accusées de racisme et des pires exactions. Comment Emmanuel Macron, qui a plusieurs fois prétendu être un rempart contre les extrêmes, pourrait-il ainsi faire le jeu de l’ultragauche et de La France insoumise ? Comme nombre d’élus, de commentateurs et d’observateurs, serait-il tombé dans le piège tendu par cette mouvance qui veut mettre la France à sac ? Sur le terrain ou via les réseaux sociaux - qu’elle inonde d’images tronquées et de messages appelant à l’insurrection -, c’est elle qui instrumentalise et radicalise la colère lycéenne contre la police. Comme d’habitude, elle tente d’inverser la charge des responsabilités et des brutalités. Elle souffle sur les braises, encourage les racailles qui, cagoule ou keffieh sur la tête, balancent des cocktails Molotov, tabassent les flics et cherchent à inscrire la lutte des casses dans la durée. Les origines de ce déchaînement de haine sont prouvées et documentées. Dérive idéologique et wokiste Le procès instruit contre les gendarmes et les policiers est indécent, révoltant. Certes, le maintien de l’ordre est un exercice difficile, qui exige entraînement, tact et discernement. Il engage la réputation d’un pays et de sa police, comme disait le préfet Maurice Grimaud en Mai 68. Et il est normal que le gouvernement rende des comptes sur son action. Mais il est anormal qu’il baisse la garde et laisse faire ceux qui téléguident le chaos, propagent une ambiance de guerre civile dans notre pays. Voir des étudiants de Sciences Po et d’ailleurs, aussi ridicules que décérébrés, lever le poing pour dénoncer les « violences policières », comme s’ils vivaient sous la botte d’une dictature, en dit long sur la dérive idéologique et wokiste d’une certaine jeunesse. C’est la traduction d’un raté manifeste de notre système éducatif.
par Vincent Trémolet de Villers • 6 octobre 2026
Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-l-art-politique-de-leon-xiv-20260928 Certes, la visite pontificale était spirituelle, mais les politiques auraient tort de ne pas méditer quelques leçons. Léon XIV - campagne présidentielle 0 ! En quatre jours, le pape a désintégré la politique française. Emmanuel Macron a raccroché la liturgie in extremis. Ceux qui prétendent lui succéder, qu’ils viennent de la droite ou du centre, ont assisté silencieusement à la messe. Les autres, la gauche et les Insoumis, ont préféré rejoindre les processions pour le climat . Présents, absents, tous ont été saisis par le contraste entre la ferveur des foules et la sobriété presque timide de celui qui les attire. Quel parti, quel syndicat, quelle institution déplace près de 1 million de personnes pour attendre plusieurs heures une célébration ancestrale ? Aucun. Certes, la visite pontificale était spirituelle, l’ordre du pape n’est pas celui de nos gouvernants, mais les politiques auraient tort de ne pas méditer quelques leçons. Sur la forme, d’abord : avec Léon XIV , pas de profil avantageux, de regard lancé au loin, de pathos dégoulinant, d’emphase lyrique. Le pape parle ; trop de nos politiques prêchent. Léon XIV fait court, tranchant ; ils nous noient dans les mots. Sobriété qui restaure l’éloquence du geste : en témoigne cet instant bouleversant où une enfant éprouvée par de nombreux handicaps a pu se reposer dans ses bras accueillants. Sur nos écrans a surgi la charité en acte sous la forme d’un tableau de la Renaissance. Sur le fond, on notera la franchise de Léon XIV. À l’Élysée, à Lourdes, à Metz, il a regardé le pouvoir dans les yeux pour déplorer ses abandons sur la dignité des plus faibles, sur les racines de l’Europe, sur les conditions d’un accueil décent, sur la liberté scolaire. Frappés par sa majesté, vulnérables à la mode soudaine de la « léonmania », ceux qui s’acharnent à déchristianiser nos lois, nos coutumes, nos écoles ont applaudi des deux mains. Tartuffe n’est pas toujours en soutane : il porte magnifiquement le costume trois pièces. Demi-habile, il pense sans doute que tout ce qui a jailli durant cette visite disparaîtra aussi vite. Courte vue ! Les Français catholiques, agnostiques ou athées ont pu goûter la saveur d’un langage de vérité, mesurer aussi la joie simple de ceux qui le reçoivent. Cela ne fera certainement pas disparaître le mensonge, mais il sera beaucoup plus facilement reconnaissable.
par Eloi Passot (Le Figaro) • 7 septembre 2026
Depuis plusieurs décennies, le Conseil constitutionnel a progressivement élargi son rôle, jusqu’à devenir un acteur majeur du contrôle de l’action du législateur. Cette évolution pose une question fondamentale sur l’équilibre entre souveraineté populaire, État de droit et pouvoir des juges . Un article du Figaro particulièrement intéressant pour comprendre comment nous sommes passés d’un Conseil conçu comme un « chien de garde » de la Constitution à une institution capable de peser directement sur les choix politiques de la Nation. https://www.lefigaro.fr/politique/de-la-souverainete-populaire-au-gouvernement-des-juges-comment-le-conseil-constitutionnel-a-etendu-son-pouvoir-20260906  Partisan d’une réforme de la loi fondamentale, Bruno Retailleau (LR) souhaite «donner le dernier mot» au peuple en cas de censure du Conseil constitutionnel. Bruno Retailleau ne le nomme que trois fois. Pourtant, c’est bien le Conseil constitutionnel que cible le patron des Républicains (LR) dans le projet de réforme constitutionnelle qu’il a présenté dans les colonnes du Figaro . Le candidat LR à la présidentielle souhaite d’une part élargir le périmètre de l’article 11, pour qu’un référendum puisse être convoqué sur n’importe quelle loi. D’autre part, il propose de «donner le dernier mot au peuple» pour que celui-ci puisse valider, en dernier ressort, une loi censurée par les Sages de la rue de Montpensier . La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui s’est dite «totalement opposée» à ce projet , ne s’y est pas trompée. «Depuis des mois et des mois, certains hommes ou femmes politiques attaquent le Conseil constitutionnel et notre Constitution» mais celle-ci est «notre bien le plus précieux», a-t-elle déclaré. Un débat technique, qui peut sembler fort éloigné des préoccupations des Français. C’est pourtant la puissance du législateur et du peuple souverain qui sont en jeu, notamment sur la très sensible et omniprésente question migratoire. Car au fil des années, le Conseil constitutionnel a encadré l’action du législateur par une jurisprudence toujours plus abondante, sur ce domaine en particulier. «Aucune révision majeure en la matière ne peut faire aujourd’hui l’économie d’une réforme constitutionnelle», souligne derechef Guillaume Drago, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas. Cette question de l’équilibre entre le juge et le législateur ne manquera pas de se poser tout au long de la campagne présidentielle. Et pour cause, depuis sa création, le Conseil constitutionnel a continuellement élargi, de lui-même, ses propres prérogatives. Michel Debré, le père de la Constitution de 1958, ne voit pourtant à l’époque dans cette institution qu’une «arme contre la déviation parlementaire». Fermement opposé à un régime d’Assemblée, où le Parlement serait tout-puissant, le gaulliste entend organiser un parlementarisme rationalisé. Le texte de la Constitution distingue clairement ce qui relève du domaine de la loi et du parlement (article 34) de ce qui relève du domaine du règlement et de l’exécutif (article 37). «Les constituants de 1958 n’ont jamais voulu que le Conseil constitutionnel contrôle le contenu des lois, mais seulement le respect par le parlement des règles de compétence et de procédure», souligne Anne-Marie le Pourhiet, professeur émérite en droit public à l’université de Rennes. Michel Debré parle même d’un «canon braqué vers le Parlement». Le «coup d’État de droit» Le 16 juillet 1971 marque pourtant le début d’une nouvelle ère. Treize ans seulement après sa création, le Conseil constitutionnel rend une décision historique dans laquelle il donne une valeur constitutionnelle à la liberté d’association. Désormais, non seulement le juge constitutionnel contrôle, sur le fond, la conformité de la loi à la Constitution. Mais contre la volonté des pères de la Constitution, il donne pleine valeur constitutionnelle aux deux textes très généraux et utopiques qui forment son préambule, la fameuse Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946. C’est la naissance du «bloc de constitutionnalité», auquel sera ajoutée, après la réforme de 2005, la charte de l’environnement. C’est un véritable «coup d’État de droit», selon la formule du juriste Olivier Cayla. Le Conseil n’est plus le garant des rapports entre l’exécutif et le Parlement. Il s’autoproclame le protecteur des droits et des libertés fondamentales. «Ces cours suprêmes très puissantes existent dans de nombreux pays», rappelle Guillaume Drago. «On pourrait citer l’Italie, l’Allemagne, et bien sûr les États-Unis. Tout se passe comme si le Conseil français avait voulu imiter ces modèles étrangers. Mais la bascule est très brutale : elle s’opère moins de quinze ans après sa création.» Dès 1921, l’ouvrage d’Étienne Lambert, Le Gouvernement des juges, avait eu un fort retentissement dans l’opinion française : l’auteur y démontrait la toute-puissance de la Cour suprême américaine. Outre-atlantique, loin de se contenter d’être la «bouche de la loi», selon le mot de Montesquieu, le juge constitutionnel est créateur de droit. Plus étonnant encore, le constituant valide ce coup d’État jurisprudentiel et ce changement de nature du Conseil constitutionnel lors de la réforme constitutionnelle de 1974, voulue par Valéry Giscard d’Estaing. Jusqu’ici réservée aux «quatre grands» - président de la République, premier ministre, président du Sénat, président de l’Assemblée nationale - la saisine des Sages est étendue à 60 députés ou 60 sénateurs. L’opposition peut désormais retourner le «canon» vers l’exécutif en demandant la censure de ses projets de loi. Dans les années suivantes, le Conseil constitutionnel va développer une jurisprudence considérable, interprétant librement telle ou telle partie du bloc de constitutionnalité. Le professeur Guillaume Drago retient trois décisions historiques. En 1982, l’opposition saisit les Sages de la rue de Montpensier contre la grande loi de nationalisation (loi du 13 février 1982) voulue par François Mitterrand. Le Conseil reconnaît alors pleine valeur constitutionnelle au droit de propriété, inscrit dans la DDHC, et censure les dispositions du texte concernant le calcul de l’indemnisation des groupes concernés. Le Parlement est forcé de revoir sa copie pour obtenir la validation du Conseil sur ce point. Les étrangers en France, un régime constitutionnel très protecteur «Cette décision a secoué drôlement la classe politique», rappelle Guillaume Drago. «Même si le Conseil ne censure qu’une petite partie du texte, il fait la démonstration qu’il est en capacité de mettre un coup d’arrêt à la politique de l’exécutif, même lorsque celui-ci met en œuvre une politique sur laquelle le président de la République vient d’être élu au suffrage universel.» Le traité de Maastricht, qui fonde l’Union européenne en 1992, est aussi une étape majeure. En 1992, François Mitterrand saisit les Sages sur la compatibilité du traité avec la Constitution. Ces derniers valident le transfert de certaines compétences ayant trait à la souveraineté nationale mais en censurent d’autres, notamment le transfert de la politique monétaire à une Banque centrale européenne indépendante en matière de politique monétaire, ainsi que les modalités de passage à la monnaie unique. L’adoption du traité nécessitera une loi de réforme de la Constitution, avant d’être validée par référendum. Le Conseil consacre surtout un critère central en matière de droit européen : le transfert de compétences n’est inconstitutionnel que s’il affecte «les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale». Une expression volontairement souple, qui lui laisse en réalité toute latitude pour valider les étapes suivantes de la construction européenne. «En définitive, le Conseil constitutionnel n’exerce qu’un contrôle très limité sur le droit européen», résume Guillaume Drago. La troisième décision majeure date du 13 août 1993 et porte sur la loi immigration défendue par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Le Conseil constitutionnel dégage deux nouveaux principes à valeur constitutionnelle : le droit à mener une vie familiale normale et la liberté du mariage. Il réaffirme en outre vigoureusement la constitutionnalité du droit d’asile. «Le juge constitutionnel dégage un véritable droit de l’entrée et du séjour des étrangers en France», explique Guillaume Drago. «À cause ou grâce à cette décision et à ses suites, selon le point de vue duquel on se place, les étrangers bénéficient en France d’un régime constitutionnel extraordinairement protecteur.» 2008 : pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel Cette montée en puissance progressive du Conseil constitutionnel trouve son apogée avec la réforme constitutionnelle de 2008 de Nicolas Sarkozy. Avec la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), chaque justiciable peut désormais saisir lui-même le Conseil pour qu’il vérifie la constitutionnalité d’une loi qui lui serait opposée en violation éventuelle de la Constitution. Pour la première fois, les Sages peuvent contrôler - et, le cas échéant, censurer - un texte a posteriori. «Le président Sarkozy confirme ainsi les pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel», estime Anne-Marie Le Pourhiet. «La logique est la même, cette fois vis-à-vis de la CJUE, avec la ratification du traité de Lisbonne. Le parti de Bruno Retailleau est à l’origine (après l’UDF de Giscard) des pires abandons de la souveraineté du peuple français», ajoute la juriste. L’on pourrait citer de nombreux exemples du resserrement de l’étau du Conseil, notamment en matière d’immigration. Le 6 juillet 2018, sous Laurent Fabius, les Sages élèvent la «fraternité», terme de la devise de la France, en principe constitutionnel, écartant la possibilité d’un retour du délit d’aide au séjour irrégulier. Il n’est pas rare qu’il tranche non sur le fond, mais sur la forme, pour mieux esquiver les procès en idéologie. Ainsi de la loi immigration de 2024, ramenée à sa version macroniste d’origine par le Conseil. Regroupement familial, droit de séjour des étudiants étrangers, prestations sociales, rétablissement du délit de séjour irrégulier... Ces tours de vis voulus par la droite sont censurés, au prétexte qu’ils n’avaient pas de rapport avec le projet de loi immigration d’origine (les fameux «cavaliers législatifs»). Plus sa jurisprudence s’étend, plus le Conseil constitutionnel encadre la marge de manœuvre du législateur. La tension entre les deux ne pouvait ainsi que s’accroître, ce dernier dénonçant un «gouvernement des juges». En 2027, comme en 2022, l’expression est dans la bouche de tous les partis de droite, de LR à Reconquête! en passant par l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement national (RN), qui souhaitent unanimement réformer la Constitution. Bruno Retailleau ne cible pas l’article 11 de la Constitution par hasard. Sa rédaction actuelle prévoit qu’un référendum peut être convoqué pour tout «projet de loi» portant sur «l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent». Le lit de justice constitutionnel Le Conseil constitutionnel s’interdit de contrôler un texte adopté directement par le peuple souverain. Il s’autorise, en revanche, à contrôler le décret de convocation d’un référendum. Dès lors, un président qui convoquerait le peuple aux urnes sur la base de l’article 11, au sujet d’un texte qui concernerait la sécurité, l’immigration, pourrait tout à fait se voir infliger un camouflet par le Conseil qui invaliderait son décret de convocation. D’où la volonté de Bruno Retailleau d’étendre le champ de l’article 11 «à l’ensemble du domaine de la loi». «Cette proposition n’est pas nouvelle. Beaucoup de constitutionnalistes plaident pour cette réforme. La rédaction actuelle est presque une malfaçon. Il n’y a pas de raison de limiter l’expression de la volonté souveraine du peuple à certains textes.» L’idée de laisser au peuple le dernier mot en cas de censure du Conseil constitutionnel, elle aussi, a déjà été débattue par le passé. Le grand juriste Georges Vedel parlait du «lit de justice constitutionnel». «C’est une référence à l’Ancien Régime», explique Guillaume Drago. «Lorsque le parlement de Paris (les juges de l’Ancien Régime - NDLR) refusait d’enregistrer des actes royaux, le roi s’y rendait et s’asseyait sur une espèce de banquette, un lit, en majesté. Il obligeait alors le parlement à enregistrer l’acte royal. L’expression s’est développée comme la possibilité pour une autorité de venir imposer son point de vue à une autorité judiciaire.»
par Olivier Babeau (Valeurs Actuelles) • 5 septembre 2026
" Une étude sur 7000 ultrariches révèle un basculement inédit : un quart des fortunes sont héritées, contre la moitié au début des années 2000. La France devrait apprendre à les faire naître plutôt qu’à les punir. " Une tribune de Olivier Babeau à lire dans Valeurs Actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/economie/olivier-babeau-les-milliardaires-sont-de-moins-en-moins-des-heritiers "Le milliardaire est devenu le méchant idéal de notre époque. Il est assez rare pour que presque personne ne se sente personnellement visé, assez riche pour que toute attaque contre lui paraisse indolore, assez spectaculaire, enfin, pour fournir une explication simple à toutes nos difficultés. Si la vie est chère, si les services publics fonctionnent mal, si les classes moyennes se sentent déclassées, ce serait parce qu’une poignée d’individus aurait accaparé une part excessive du gâteau. La fortune des uns serait nécessairement le manque des autres. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Cette vision est aussi séduisante que fausse. L’économie n’est pas un banquet où quelques convives trop voraces condamneraient les autres à la faim. La richesse se crée. Et les grandes fortunes contemporaines sont de plus en plus souvent la récompense, certes vertigineuse, d’une création de valeur qui l’est tout autant. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Une vaste étude de The Economist recensant 7 000 milliardaires sur vingt-cinq ans met en lumière une évolution remarquable. Pour la première fois, la moitié de la richesse mondiale des milliardaires provient d’entrepreneurs self made et actifs dans des secteurs concurrentiels. Dans le même temps, la part des fortunes héritées, proche de 50 % au début des années 2000, est tombée autour de 25 %. Le club des ultrariches ressemble donc de moins en moins à une assemblée d’héritiers assoupis sur un patrimoine ancien et de plus en plus à une réunion de bâtisseurs. Le phénomène dépasse largement la Silicon Valley. Peggy Cherng a bâti Panda Express, qui sert des repas bon marché à des millions de clients. Tadashi Yanai a fait d’Uniqlo une marque mondiale. Robin Zeng a créé en quinze ans CATL, géant chinois de la batterie. Oprah Winfrey doit sa fortune au public qui a voulu l’écouter, Cristiano Ronaldo, aux foules venues admirer son talent. Dans chacun de ces cas, l’enrichissement est la conséquence d’un succès soumis au jugement de millions de personnes libres de dire non. Une fortune entrepreneuriale n’est pas un tas de pièces d’or dormant dans une chambre forte. Elle est, pour l’essentiel, la valeur attribuée à des actions d’entreprises qui produisent, investissent, innovent et emploient. La hausse des marchés, l’enrichissement de la Chine et l’Internet mobile ont accéléré cette création de fortunes. Une idée utile peut désormais atteindre presque instantanément des centaines de millions de clients. Jamais il n’a été aussi rapide de devenir immensément riche. Mais jamais, non plus, il n’a été possible de diffuser aussi vite une innovation à une telle échelle. La démesure des fortunes reflète celle des marchés accessibles. À lirePrésidentielle 2027 : Mélenchon prépare le démantèlement des groupes de presse privés tenus par des milliardaires C’est pourquoi l’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. Il traite un patrimoine productif comme une réserve liquide. Or frapper chaque année la valeur d’une entreprise, c’est obliger son propriétaire à vendre une partie de son capital, décourager l’investissement ou provoquer son départ. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. La France devrait être particulièrement attentive à cette leçon. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. Nous excellons à compter les fortunes, à les soupçonner et à imaginer leur taxation, beaucoup moins à faire naître les entreprises qui les produisent. L’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance."