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La vérité sur les élections au Royaume Uni - Les leçons à tirer, pour la droite française.

  • par Natacha Gray
  • 24 juil., 2024

La vérité sur les élections au Royaume Uni - Les leçons à tirer, pour la droite française.

Une (longue) tribune d'une de nos plus fidèles adhérentes !


La vérité sur les élections au Royaume Uni

Les leçons à tirer, pour la droite française.


En dépit des apparences, il y a beaucoup de points communs entre nos deux pays de part et d’autre de la Manche. Et pas simplement dans le contexte des récentes élections législatives anticipées, décidées par le Président de la République en France, par le chef du gouvernement au Royaume Uni, mais par la victoire en sièges (mais minoritaire en voix) des gauches françaises et britanniques, l’effondrement (en sièges et en voix) du parti conservateur et la progression inexorable et révélatrice d’un troisième bloc qualifié naturellement d’extrême-droite (far-right) par ses adversaires et par les médias mainstream mais qui se définit comme le vrai conservatisme, fondé sur des valeurs et objectifs abandonnés par ceux qui, au pouvoir depuis 14 ans, étaient censés les promouvoir.

Par idéologie, incompétence ou ignorance, ou peut-être tout simplement par indifférence à ce qui se passe au-delà de nos frontières, nos médias se sont contentés d’annoncer l’écrasante victoire de la gauche britannique en se focalisant sur le nombre de sièges obtenus. Les enseignements sont infiniment plus complexes que cela et, de l’autre côté du Channel, on insiste plutôt aujourd’hui sur l’inadéquation entre un système électoral dépassé (1) qui voit la gauche triompher bien au-delà de ce qu’elle représente dans le pays réel où elle reste minoritaire (2), sur les raisons de l’effondrement de l’ancien grand parti conservateur (3) mais surtout l’extraordinaire progression d’autres droites, et notamment celle de Reform.uk (4), qui entre au Parlement, et de celui qui apparaît comme son nouveau leader, Nigel Farage, le chef de file des forces du Brexit qui a récupéré en quelques semaines de campagne une partie des voix ayant déserté les Tories. Précisons que le reste de ces voix conservatrices déçues se répartissent moins sur quelques votes de rétorsion à gauche que sur une abstention sans précédent depuis les années 1880 ou sur d’autres petites forces de droite et du centre comme les Libéraux Démocrates, LibDem.

La situation en France nous étant bien mieux connue, cette analyse se concentrera sur la situation britannique que le lecteur pourra comparer par lui-même avec le paysage politique post-électoral français. Il y a d’importantes leçons à en tirer pour la droite, ou les droites, française(s) en particulier, les droites européennes en général.


1. Dissolution et système électoral

En France comme au Royaume Uni les citoyens ont dû se rendre en effet dans les bureaux de vote pour des élections anticipées que personne n’attendait. Les élections à la Chambre des communes devaient avoir lieu cet automne mais le Premier Ministre Rishi Sunak a pris tout le monde de court (comme le président français) en dissolvant l’Assemblée le 30 mai dernier, espérant peut-être conforter sa majorité alors que son gouvernement, très critiqué, bénéficiait toujours d’une majorité absolue à Westminster ! Ces élections majoritaires à un tour ont eu lieu le 4 juillet dernier. Comme en France, pris de court, les partis, et notamment les petits et moyens, ont dû dans l’urgence élaborer un programme et surtout trouver des candidats présentables. Ainsi le parti Reform a-t-il été accusé, à tort, de présenter des candidats qui n’existaient pas car, tenant à être présent dans 609 constituencies (circonscriptions électorales) sur 650 (car il y a eu quelques rares accord pour ne pas défavoriser un autre candidat de droite), ce qui permet de compter ses soutiens en voix, nombre de ceux qui ont été trouvés dans l’urgence n’avaient aucun passé politique, aucune visibilité numérique, aucun site de campagne. Le même parti a même été contraint de retirer son investiture à des candidats dénichés à la va-vite et qui se sont avérés coupables, dans la présente campagne ou par le passé, de propos racistes. Comme Le RN en France.

Le système électoral est différent du nôtre mais présente le même type d’aberration, il ne rend absolument plus compte de la réalité des votes dans le pays et ne peut que susciter frustrations et mécontentement. C’est un scrutin uninominal majoritaire à un tour, appelé aussi FPTP ou FPP, c’est-à-dire First-past-the-post, en clair « le premier qui passe le poteau (la ligne d’arrivée) » a gagné. Il présente un certain nombre d’avantages, d’abord financièrement (un seul tour à organiser), pas de tractations contre-nature entre deux tours comme dans le mode de scrutin français, et une interprétation très simple des résultats. En outre il convenait plutôt bien à la situation politique qui prévalait encore au siècle dernier, c’est-à-dire un bipartisme net entre une droite conservatrice (les Tories) et une gauche travailliste (Labour) qui alternaient au pouvoir régulièrement.


Mais aujourd’hui, si la gauche reste globalement uniforme malgré le cavalier seul des Verts, la droite a éclaté en une multitude de tendances rivales. L’inconvénient est que le candidat qui a obtenu le plus de voix, qui remporte donc l’élection immédiatement à la majorité relative, peut être très minoritaire dans sa circonscription, par exemple (et le cas s’est présenté maintes fois cette fois-ci) si tous les autres candidats sont dans l’opposition. Le Labour rassemble en effet toutes les gauches, de la vieille gauche patriote à la gauche wokiste, internationaliste, indigéniste, antisémite et immigrationniste, en passant par des écologistes les plus radicaux, même si le parti des Greens (les Verts) envoie aussi des candidats séparément. En face l’opposition de droite des Tories (LR en quelque sorte), LibDem (un centre droit que l’on pourrait comparer au MoDem) et Reform (la droite nationale) sont allés à l’élection en ordre dispersé. Le résultat est qu’ils sont dans le pays toujours majoritaires en voix mais que le Labour a remporté la majorité absolue des sièges.


Le décalage entre nombre de voix pour la droite, majoritaire comme en France, et nombre de sièges obtenus est encore plus spectaculaire que chez nous : Avec 33,69% des voix les travaillistes (Labour) ont obtenu 411 sièges à la Chambre des communes, soit 176 sièges de plus que la majorité absolue, raison pour laquelle les médias nous présentent cette victoire comme écrasante, omettant de décrire une situation beaucoup plus complexe. On peut y ajouter les 6,74% des Verts, soit 4 sièges. Les droites réunies représentent 23,70% pour les Conservateurs (121 sièges), 12,22%, soit 72 sièges pour le Centre droit (LibDem) et 14,22%, soit 5 sièges pour la droite de Reform (qui se veulent les vrais conservateurs). Ainsi la gauche (Labour + Green) représente-t-elle 40,43% des électeurs s’étant exprimé et la droite 50,14%. Le reste se partageant entre le parti indépendantiste écossais (SNP, 2,52%) et des partis « autres » en inquiétante progression, car il s’agit la plupart du temps de partis communautaristes représentant l’islam radical.

Notons donc pour commencer quelques aberrations : Reform qui a obtenu plus de 14% des voix n’a que 5 sièges alors que LibDem, avec à peine plus de 12% en remporte 72 ! Et la droite avec plus de 50% des voix n’obtient que 198 sièges contre 415 pour la gauche.

On peut aussi exprimer cette injustice, puisque le système électoral ne représente plus le pays réel, en convertissant ces résultats en nombre de voix nécessaires pour obtenir un siège à Westminster :

1 député Labour : 23 405 votes

1 LibDem : 49 504 votes

1 Conservative/ 57 285 votes

1 SNP : 83 279 votes

1 Green 476 730

1 Reform : 1 000 912 votes.

On comprend que dans ces circonstances, de plus en plus de voix s’élèvent au Royaume Uni pour demander la fin du FPTP et l’instauration d’un système proportionnel.


2. La gauche travailliste (Labour) est loin d’avoir gagné

La gauche de Keir Starmer a gagné largement en termes de sièges, la plus large victoire depuis 1997 avec une majorité absolue de 176 sièges, mais avec moins de 34% du vote national, elle obtient moins que Jeremy Corbyn en 2017 et moins que Tony Blair à chaque fois.


En clair le Labour a remporté l’élection non pas en raison de nouveaux électeurs mais grâce à une abstention spectaculaire à droite, la pire depuis … 1880 ! Car, comme en France, alors que la droite s’abstient devant des candidats qui ne la satisfont pas entièrement, la gauche se mobilise. En voix la gauche a stagné en Angleterre (+ 0,6%), a fortement décliné au Pays de Galles (où elle est représentée au pouvoir par la nouvelle gauche woke mettant en pratique dans de nouvelles lois discriminatoires, son racisme anti-Blancs, son obsession racialiste et les théories du genre). Elle n’a clairement augmenté (+20% en sièges) qu’en Ecosse mais cela était prévu par tous les observateurs, car elle y a pris la place (et une grande partie des sièges) du SNP, le parti national écossais, indépendantiste, largement discrédité aujourd’hui par la politique wokiste de Nicola Sturgeon (qui y a perdu sa place de Premier Ministre) et de son successeur Humza Yousaf (remplacé depuis mai par John Swinney) et des scandales financiers à répétition touchant le parti et son équipe dirigeante.


Cette gauche largement majoritaire en siège va néanmoins vers d’importantes difficultés futures : moins parce qu’elle ne représente pas le pays réel car son opposition de droite, comme en France, n’est pas connue pour fomenter blocages, émeutes, refus d’obéir ; mais parce qu’elle est, comme le Nouveau Front Populaire, constituée de gauches inconciliables, d’une extrême gauche puissante jusqu’aux socio-démocrates. Nos médias vantent, à tort, la métamorphose des Travaillistes. Mais quelle métamorphose ? Certes ils ont éliminé aujourd’hui les plus antisémites de leurs leaders comme Jéremy Corbyn. Mais cette gauche a constamment soutenu l’immigration sans frontières et les affirmations communautaristes religieuses, toléré les pratiques chariatiques, encouragé les blocages de Londres et d’autres grandes villes britanniques chaque samedi depuis le 7 octobre par des foules pro-palestiniennes et même pro-Hamas, hurlant des slogans antisémites, arrachant les drapeaux britanniques des monuments officiels pour y accrocher ceux de Daesh et de la Palestine, histoire comme en France de se constituer un nouvel électorat. Et, comme en France, elle diabolise les opposants et qualifie toute protestation de « raciste » et « islamophobe ». Mais, comme signalé plus haut, le retour de bâton est qu’elle a perdu un certain nombre de circonscriptions qui lui étaient acquises au profit de ses anciens protégés qui ont présenté des candidats communautaristes indépendants (comme Corbyn qui a rejoint un parti pro-Gaza) dans des circonscriptions à majorité musulmane et ont obtenu 15 sièges à l’Assemblée. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Ainsi dans ce « nouveau » parti travailliste, la vieille gauche (old left) est-elle réduite à l’état de survivante, l’essentiel des nouvelles troupes alliant des tendances communautaristes, les écologistes radicaux, les wokistes le plus débridés au point que l’on a vu Keir Starmer, le nouveau PM, répondre gêné à un journaliste lui demandant de définir « what a woman is » et si une femme pouvait avoir un pénis : « oui, enfin la majorité des femmes non mais quelques-unes oui » pour ne pas s’aliéner sa majorité wokiste dont le cheval de bataille est la transidentité. Alors oui, s’il y a eu métamorphose, c’est que cette gauche, par conviction ou stratégie, a totalement absorbé les revendications wokistes, racialistes, communautaristes.

C’est ainsi qu’une des premières mesures des Travaillistes désormais au gouvernement a été d’annuler le Plan Rwanda (qui consistait, comme d’autres pays le font, de faire examiner par ce pays tiers toutes les demandes d’asile avant acceptation, ou non, sur le sol britannique, donc d’y expédier tout migrant clandestin arrivant sur les côtes par les small boats) ; puis d’inventer une nouvelle taxe (sur les véhicules électriques, ce qui va le mettre en porte à faux avec sa branche écologiste) et de donner des gages à sa majorité wokiste en réintroduisant dans les programmes scolaires dès l’école primaire les leçons sur les identités de genre que le gouvernement conservateur, sur la pression populaire, venait de limiter pour les mineurs.

Donc des mesures à l’encontre de ce à quoi aspirent, selon tous les sondages et le succès d’immenses rassemblement patriotes pacifiques (le prochain est le 27 juillet), une immense majorité de Britanniques. Ainsi, si la gauche a gagné, ce n’est pas pour elle-même, mais parce que la droite des Tories s’est effondrée.



3. La droite conservatrice « officielle » des Tories s’est effondrée


Comment le parti conservateur, qui avait bénéficié d’une victoire historique en 2019, avec 80 sièges de majorité, a-t-il pu subir un tel désastre électoral 5 ans plus tard ?  Comme on l’a vu en première partie, la droite reste majoritaire en voix dans le pays mais le parti qui l’avait toujours incarnée, les Tories ou Conservatives, ont obtenu le pire résultat de leur histoire. Le grand parti disparaît, au profit de partis périphériques. Les chiffres sont éloquents, les Tories ont perdu 190 sièges.

Ce n’est pas une surprise, car cette droite est constamment accusée d’avoir trahi ses promesses, son programme, c’est-à-dire les fondamentaux d’un parti de droite, depuis des années mais plus encore depuis l’arrivée de Rishi Sunak au poste de Premier Ministre (non élu mais désigné en interne après vote des adhérents pour remplacer Liz Truss, démissionnaire, elle-même remplaçant Boris Johnson, démissionnaire). En effet, à de rares exceptions près (Liz Truss pendant pendant un mois et 19 jours où elle fut en poste au 10 Downing Street ; et quelques récentes mesures du gouvernement Sunak, trop tardives contre les théories du genre et la propagande des activistes trans à l’école), cette droite a échoué à contrôler les frontières et à faire baisser l’immigration, à prendre des mesures contre l’insécurité, à faire baisser les taxes et le poids de l’Etat. Parallèlement, avec un pouvoir d’achat en berne, face à la crise de l’énergie, une pression fiscale accrue, les Britanniques ont constaté l’effondrement de la qualité et de l’efficacité de leurs services publics, notamment de santé (la NHS : National Health Service). Les conservateurs ont échoué à combattre le wokisme dans les médias, dans les services publics et dans l’Education, et ont laissé s’installer les théories du genre et la sexualisation précoce des enfants à l’école. Pire, soumis aux accusations de la Gauche, de peur de sembler raciste, islamophobe, transphobe, ils ont soutenu les activistes et diabolisé (voire exclu des rangs des Tories) au Parlement les députés qui pointaient ces promesses non tenues, ces trahisons répétées en rupture avec le programme initial, les dangers identitaires et les attentes de la population. Sunak a même fini par renvoyer le ministre de l’Intérieur, une vrai conservatrice, Suella Braveman, initiatrice du Plan Rwanda, parce qu’elle demandait la sortie du Royaume Uni de l’ECHR (la CEDH, la Cour Européenne des Droits de l’Homme), responsable de la plupart des blocages dans la lutte contre l’immigration illégale.


Mais pour quelles raisons cette droite conservatrice a-t-elle gouverné dans l’oubli total des promesses qui l’avaient portée au pouvoir, au point qu’une expression circule qualifiant Labour et Tories de two cheeks or the same arse (les deux fesses d’un même postérieur). Certes, au pouvoir pendant les confinements à répétition (Lockdowns), elle a mécontenté une grande partie de son électorat libéral, et cela d’autant plus que plusieurs scandales (certes artificiellement amplifiés par les médias dominants, dont la BBC, soutiens indéfectibles et partiaux de la gauche) ont montré que ses leaders ne s’appliquaient pas les mêmes restrictions (Party Gate). Mais l’essentiel est ailleurs, une soumission aux préconisations du Forum Economique Mondial (WEF) qui l’a rendue plus globaliste que préoccupée par les intérêts nationaux, une incapacité totale à régler les problèmes liés à l’immigration (question qui était pourtant au cœur du vote pro-Brexit) en raison de son refus de sortir de la CEDH, une sorte de complexe face à une gauche braillarde et accusatrice de peur de sembler raciste, islamophobe, transphobe et de susciter des mouvements de foule qu’elle ne saurait contrôler.


Mais on doit aussi s’interroger sur les démisions successives qui l’ont fragilisée et discréditée : tous ceux qui ont tenté d’être de vrais conservateurs parmi les Premiers Ministres, les Ministres et députés) ont été poussés vers la sortie par des scandales orchestrés par l’ensemble des médias suivis par les réseaux, campagnes de calomnies, d’accusations diverses, d’indignations portées par des meutes numériques, menant à la « cancellation » (l’annulation, la disparition de la scène publique) notamment autour des chaînes de désinformation publiques comme la BBC à côté de laquelle France Inter semblerait presque un média d’extrême-droite ! J’exagère à peine. La cancel culture (ou culture du bâillon) est véritablement un fléau outre-Manche et tous les médias publics sont de gauche. Quant aux médias privés, ils sont sous la coupe d’un régulateur nommé OfCom (l’équivalent de notre ArCom mais en encore plus hémiplégique), ce qui réduit les chaînes véritablement conservatrices, opposées à cette idéologie internationaliste et woke incarnée à la fois par le Labour et les Tories, à se montrer dans une opposition très contrôlée. L’OfCom veille et sévit (amendes, demande du retrait de l’antenne de journalistes trop disruptifs par rapport au narratif officiel). GBNews, la petite sœur de CNews, en sait quelque chose et s’est beaucoup « assagie » à force d’amendes menaçant sa survie et de mises en garde de la part du régulateur que la droite appelle parfois « l’OfCommunist ». A côté la BBC et d’autres peuvent désinformer, mentir, insulter, laisser des journalistes ou invités racialistes cracher leur racisme anti-Blancs (race-baiting : obsession de la race, culpabilisation de l’Occidental, victimisation), leur soutien aux émeutes, et même les appels à assassinat (sur Trump) en toute tranquillité. L’OfCom est borgne et ne tape que sur la droite. Et la droite n’a pas trouvé la force, ou suffisamment de conviction, ou tout simplement de courage pour s’affirmer envers et contre tout. Il est vrai que les droites, quelles qu’elles soient, partent avec un handicap qui est aussi à leur honneur : les gens de droite ne dénoncent pas, ne se vautrent pas dans le djihad judiciaire, ne font pas de liste de déviants à éliminer, ne hurlent pas en meute contre un opposant qui les contredit, ne menacent pas de bloquer le pays ou les institutions. Mais elle s’est soumise à l’idéologie dominante et s’est contentée, au mieux, de reconnaître des problèmes et de promettre de tenter d’y remédier enfin. L’attitude de Rishi Sunak après la défaite est révélatrice, il ne cesse de s’excuser (I apologise), envers son parti, envers le pays, de n’avoir pas fait ceci ni cela.


4. La montée extraordinaire et inattendue du parti Reform.UK


Alors où sont passées les voix de droite qui ne se sont pas réfugiées dans l’abstention ? Une minorité s’est tournée vers le centre droit, les Libéraux-Démocrates, ou Lib-Dem. Beaucoup, on l’a dit, se sont réfugiés dans l’abstention. Mais la surprise est venue de la progression spectaculaire d’un petit parti sans députés, Reform.uk, qui a attiré l’essentiel des électeurs de droite qui se sont exprimés. L’ancien leader du Brexit Party, Nigel Farage, retiré de la politique et devenu depuis présentateur d’une émission à succès sur GBNews, s’est relancé contre toute attente dans la bataille des urnes qu’il annonçait quelques semaines auparavant ne plus vouloir mener pour lui-même. C’est ainsi que les Tories ont perdu 180 sièges à cause de Reform que les électeurs ont préféré, ce qui a divisé les votes de droite et conduit à la victoire de la gauche. A noter que d’autres micro-partis, comme The Reclaim Party, n’ont pas présenté de candidat et se sont ralliés explicitement à Reform. Comme dit son leader Laurence Fox : « peu importe qui se voit attribuer le mérite (take the credit), l’important est le résultat et que nos idées progressent ».


Reform était un petit parti conservateur sans député, il a augmenté en moins d’un mois de campagne, avec l’arrivée de Farage, de 13 points ! Il est passé de 0 à 5 sièges (dont un pour un ancien Tory exclu de son groupe parlementaire pour avoir dénoncé l’islamisation de Londres), a failli à quelques voix près en emporter une dizaine de plus car il est souvent arrivé deuxième dans les circonscriptions, loin devant les Tories. Il est ainsi devenu la principale force d’opposition sur les terres dévolues à la gauche britannique. Comme le dit son leader, « nous avons ouvert un front dans les Tories, on vient maintenant pour les Labour », confirmant sa nouvelle volonté d’engagement sur les deux flancs qu’il présente comme les deux faces d’une même politique.


Les enquêtes ont montré qu’un grand nombre d’électeurs des Tories sont passés à Reform.uk car le programme (le Manifesto) du parti correspond à ce qui est attendu par cette droite britannique : l’arrêt des migrations par la Manche (small boats), la sortie de l’ECHR (la CEDH), une baisse drastique de l’immigration, la lutte contre l’insécurité, moins de taxes, moins de régulation, moins de wokisme, moins de chaos et un respect de l’Histoire et des traditions britanniques, en d’autres termes des préoccupations identitaires. Selon le leit-motiv du présentateur TV Nigel Farage depuis des années : « England is broken ». Il s’agit à présent de le reconnaître et de la reconstruire.

Nigel Farage a longtemps soutenu Marine Le Pen dans une perspective d’union des droites en France depuis la fondation du Rassemblement National. Mais il est à noter qu’il l’a très sévèrement critiquée en juin dernier et a pris ses distances avec la droite nationale française en raison d’un programme économique jugé dispendieux et irréaliste. Car Farage, comme Reform, défendent des idées conservatrices classiques mais une économie libérale.


Le succès de Reform est d’autant plus spectaculaire et significatif que, comme de bien entendu, le parti a été diabolisé pendant la campagne, par ses adversaires mais essentiellement par les médias mainstream, par une partie des députés conservateurs aussi, accusé d’être « far-right » (d’extrême droite), raciste, islamophobe, transphobe etc. Comme il parlait ouvertement d’identité britannique, d’assimilation, de frontière à contrôler, et d’insécurité, on a eu droit au retour de la bête immonde, aux bruits de bottes, à des références à la seconde guerre mondiale, aux nazis et toute la sémantique habituelle à laquelle plus personne ne croit. Et comme partout ailleurs aux fantasmes sur un parti de l’étranger, soutenu par les Russes, parce que Nigel Farage n’a jamais caché une position « trumpiste » sur la guerre en Ukraine, sur les responsabilités partagées, et la recherche d’une troisième voie n’isolant pas totalement la Russie et recentrant ressources et investissement sur le Royaume-Uni (make Britain great again). Le pire est sans doute le terrible mépris de classe incarné par les politiques et les médias, vent debout contre Reform, comme ils le furent contre les brexiters (les partisans du Brexit) se moquant de ses nouveaux électeurs présentés comme racistes, inéduqués, stupides, aveugles ou apeurés, alors qu’il s’agit de classes moyennes et populaires profondément patriotes. C’est d’ailleurs dans ces circonscriptions abandonnées par les Travaillistes et méprisées par les Conservateurs que Reform a fait ses meilleurs résultats.

 

Alors quel avenir pour la droite britannique ?  

Si le grand parti Tories, qui fut pour le Royaume-Uni l’équivalent de ce que furent l’UMP puis les LR, souhaite se reconstruire au cours des cinq ans à venir de l’actuelle législature et déjà reconquérir son cœur de cible, perdu au profit de Reform, il semble évident qu’il doit prendre en compte les volontés de ceux qu’il a abandonnés, écouter leurs doléances, traiter ses électeurs actuels et anciens avec plus de respect, réinstaurer le débat au sein du parti et pas seulement imposer la vision globaliste de ses élites mondialisées et déconnectées du terrain. C’est ce que souhaiteraient des anciens ministres et députés comme Suella Braveman, Kémi Badenoch, Jacob Rees-Mogg dont on évoque, souvent, le possible départ vers Reform si le parti échoue à se reconstruire autour de vraies valeurs de droite.


Hélas, c’est l’inverse qui semble se produire, le parti depuis la défaite étant en train de se purger en excluant tout ceux qui contestent le leadership des centristes. Les élites veulent retourner au centre (ou il y a déjà les LibDem) et, de toute évidence, préserver un électorat communautariste, notamment musulman, en hausse et qui se déplace pour voter : mais cet électorat est déjà soit gagné au Labour, soit s’organise par ses propres moyens et avec ses propres mouvements. Il en est de même pour l’électorat urbain gagné par le wokisme est qui est le cœur de cible de la gauche actuelle. Il est peu probable que cet électorat se téléporte vers la droite. La voie centrale est un mirage dangereux.


Il faudrait aux Tories réinventer totalement le parti, son idéologie, son programme, retrouver une identité de droite, conservatrice, patriote et se défaire de sa soumission/culpabilisation face aux attaques de la gauche. Diabolisé par les médias, Reform est resté droit dans ses bottes, il y a gagné en crédibilité, en voix, en sièges, devenant, dans bien des circonscriptions, la seconde force du pays. Si les Tories ne le font pas, Nigel Farage le fera.

par Pierre Lemaignen 2 avril 2025

Par la voix d'Eric Lombard, le ministre de l’économie, Bpifrance annonçait la semaine dernière vouloir collecter 450 millions d’euros auprès des Français pour les entreprises de défense, et la création à cette fin d’un fonds baptisé « Bpifrance Défense », réservé aux particuliers et destiné à la défense et à la cybersécurité.

Voyons le côté positif des choses : les Français vont peut-être enfin découvrir ce qu'est le private equity et ses bienfaits ! Sur la période 2013/2023, les rendements du private equity français ont été de l'ordre de 13% brut. Quelqu'un qui aurait investi 500 € en France dans cette classe d'actifs aurait aujourd'hui un capital net de frais d'environ 1000 €. Sur le papier, cet investissement a donc tout pour plaire avec des entreprises qui existent déjà et qui sont souvent bien implantées, un marché a priori florissant dans les années à venir et a priori une montagne de commandes à venir. Mais comme cela est répété pour toute publicité pour un placement financier : " Les performances passées ne préjugent pas des performances futures ". Car dans ce cas de figure en particulier, il y a des hics et pas des moindres ... Le problème essentiel n'est pas l'investissement ! Il y a énormément d'épargne et de trésorerie sur le marché actuellement. Le problème essentiel c'est qu'il faut des commandes sur le long terme. Or ces commandes publiques annoncées par les pays européens seront-elles encore là dans cinq ans ?

Il faut souligner plusieurs aspects sur le risque qui porte sur ces commandes publiques en particulier pour la France :

1. Chaque pays européen va investir en fonction de deux logiques :

- diplomatique : certains continueront à acheter du matériel américain quoi qu'il arrive

- industrielle : les commandes seront soumises à des impératifs nationaux pour soutenir l’industrie locale.

On peut donc toujours mettre en avant les investissements prévus pour l'ensemble de l'Europe, l'essentiel des retombées pour l'industrie française seront essentiellement issues de la politique nationale et pas seulement européenne ...

2. Quelle confiance peut-on avoir dans les annonces d'aujourd'hui ? L'Europe a toujours été une vraie girouette sur les sujets relatifs à la défense européenne, à la fois en termes de stratégie et d'investissement.

Encore aujourd'hui, un label ESG dans ce domaine est, de fait, quasi impossible (aux côtés de l’alcool, du tabac et des jeux d’argent ...).

Même la France qui a pourtant fait partie des bons élèves en termes d'investissement dans le domaine de la défense n'a pas toujours fait preuve d'une réelle constance (en particulier sous Hollande).

Au lendemain d'un inéluctable traité de paix signé entre l'Ukraine et la Russie dans l'année à venir, ou après un hypothétique effondrement du régime russe dont ils rêvent tous, l'hystérie collective de nos dirigeants européens sera-t-elle encore d'actualité ?

3. Acheter des chars est un investissement qui trouvera toujours des détracteurs acharnés dans notre société. Bien malin est celui capable aujourd'hui de nous dire qui sera au pouvoir en France en 2030 à l'échéance de ce fond d'investissement.  

4. Comment la France compte tenu de son endettement pourra-t-elle financer ces investissements ? Compte tenu de notre niveau d'endettement, il faudra soit augmenter la fiscalité (mais nous sommes déjà champion du monde ce qui plombe nos entreprises), soit trouver des arbitrages au détriment d'autres dépenses ... Mais quels sont les arbitrages que les français accepteront : la justice ? l'éducation ? La santé ? Je ne vous parle même pas des retraites ! Certains sondages montrent qu'une majorité de Français (et j'en fais partie) est favorable aujourd'hui à cette politique de réarmement ... Mais dès que le même sondage pose des questions sur les moyens de financer cette politique, d'ores et déjà, cette majorité s'effondre. Qu'en sera t'il dans deux ou trois ans ?

La France fait déjà aujourd'hui face à un mur de la dette absolument vertigineux ( la question n'est pas son existence mais la distance à laquelle il se trouve et le temps qu'il nous reste avant qu'on se le prenne en pleine figure) et une incapacité depuis 50 ans à apporter la moindre réforme à son modèle social. Comment peut on considérer sérieusement les annonces d'augmentation du budget français de la défense de plusieurs dizaines de milliards d'euros ?

Bref, ce type de financement peut éventuellement être une poule aux œufs d'or. Il présente aussi des risques intrinsèques majeurs ! Et il faudra regarder en détail l'offre qui sera faite et analyser de manière très prudente les engagements sur les commandes à venir. Mais il est fort à craindre que dans la précipitation, nous soyons en train de mettre la charrue avant les bœufs pour participer au développement de nos entreprises !

par LR31 1 avril 2025
par Lignes Droites 13 mars 2025
Lignes Droites soutiendra toutes les candidatures d’union des droites. Bonne chance à David Gerson et à sa future équipe !

par Emmanuel Chaunu 13 mars 2025
par Maxime Duclos, adhérent Lignes Droites 10 mars 2025
Billet d'humeur d'un de nos adhérents,Maxime Duclos :  


En 1997, l’année de ma naissance, le taux de fécondité était de 1,71 enfant par femme, un chiffre déjà bien inférieur au seuil de remplacement des générations, estimé à environ 2,1 enfants par femme, sans que cela signifie pour autant que la parentalité allait de soi. Mais en 2024, les chiffres sont sans appel : 1,62 enfant par femme, et une chute des naissances qui semble inarrêtable. Comment en est on arrivé là ? Et surtout, pourquoi les jeunes d’aujourd’hui ne veulent-ils plus fonder de famille ?

La natalité française a connu une première chute importante après 1972, Mai 68 a profondément transformé la société française, et même si la chute de la natalité après 1972 n’est pas directement causée par ces événements, ils ont joué un rôle dans l’évolution des mentalités et des comportements qui ont ensuite influencé la fécondité. L’entrée massive des femmes sur le marché du travail, l’accès à la contraception et la légalisation de l’IVG en 1975 ont profondément modifié les comportements familiaux. Cependant, après cette période de déclin, la fécondité s’est stabilisée autour de 1,8-2 enfants par femme pendant plusieurs décennies. Depuis 2010, en revanche, la chute est spectaculaire : entre 2010 et 2024, le nombre de naissances est passé de 832 800 à 663 000, soit une baisse de 21,50 %. Un effondrement historique qui ne cesse de s’accélérer, sans qu’aucun véritable sursaut ne semble pointer à l’horizon.

Les raisons sont multiples, mais elles pointent toutes vers une réalité inquiétante : avoir un enfant en 2024 est devenu un choix difficile, parfois même un luxe. Pourtant, il est essentiel d’être honnête avec nous-mêmes : la précarité économique, bien que réelle, n’explique pas tout. Trop de jeunes se cachent derrière cet argument pour justifier un refus d’engagement bien plus profond. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui préfèrent "profiter" avant d’avoir des enfants, cherchant un confort personnel au détriment de la responsabilité collective. Cette mentalité est en partie héritée d’une éducation plus permissive, où les limites ont été repoussées, où la contrainte est devenue un gros mot. Les méthodes pédagogiques modernes, comme Montessori, sont souvent citées comme un progrès, mais elles traduisent aussi un changement de paradigme issu des transformations post-68 : un enfant doit s’épanouir à son rythme, être libre de ses choix, et ne pas être contraint. Résultat ? Une génération qui repousse l’effort, qui cherche avant tout son propre bien-être, et qui voit la parentalité comme une privation de liberté plutôt que comme un accomplissement.

Au-delà de cette évolution sociétale, l’idée même de nation s’efface. Faire des enfants, c’est assurer le renouvellement des générations, maintenir une dynamique économique, préserver un équilibre social. Or, nous vivons dans une société où l’individualisme prime sur l’intérêt collectif. Nous consommons, nous voyageons, nous vivons pour nous-mêmes sans nous soucier des répercussions à long terme. Cette quête incessante de liberté, ce refus des obligations, nous mènent à une impasse. Car moins de naissances, c’est aussi moins de travailleurs demain, une économie qui s’essouffle, et des systèmes de retraite qui s’effondrent. Nous ne voulons plus d’enfants, mais qui paiera alors pour notre vieillesse ?

Peut-on encore inverser la tendance ? Il ne s’agit pas de forcer les jeunes à avoir des enfants, mais de redonner du sens à la parentalité. Il faut retrouver un intérêt commun, réapprendre à voir l’avenir autrement que par le prisme de la jouissance immédiate. Faire des enfants, ce n’est pas seulement une contrainte, c’est une transmission, une continuité, un acte fondateur pour une société. Il faut redonner envie, réhabiliter la famille comme un pilier essentiel du bien-être personnel et collectif, et non plus comme une entrave. Tant que nous resterons enfermés dans cette quête illusoire de liberté absolue, tant que nous refuserons de voir au-delà de notre propre existence, la chute des naissances n’aura aucune raison de s’arrêter. Et avec elle, c’est tout un modèle de société qui s’effondrera.

Sources :

INSEE “Bilan démographique annuel”

INED “Pratiques parentales et enfance"

par Pierre Lellouche 10 mars 2025

"Sans être entendu, je n’ai cessé de répéter depuis avant même qu’elle n’éclate que la guerre d’Ukraine aurait pu être évitée. Qu’elle aurait pu, même, être stoppée dès avril 2022. Qu’au lieu de préparer la « grande offensive » ratée de juin 2023, l’Ukraine et ses alliés auraient dû négocier, avant de se trouver dans une situation bien pire à l’arrivée, comme l’avait prévu, lui aussi, le chef d’état-major des armées américaines, le général Mark Milley, fin 2022."
Une tribune très instructivesur le conflit ukrainiende Pierre Lellouche,spécialiste reconnu en géopolitique:


par Tugdual Denis 5 mars 2025

“Je veux, aujourd’hui, simplement faire partager mes convictions sur l’urgence vitale d’un effort de redressement national.”

Une longue interview de François Fillon à lire dans Valeurs Actuelles
par Alexis Feertchak (Le Figaro) 25 février 2025
L'histoire fort instructive du rôle et des prérogatives du Conseil Constitutionnel à lire dans le Figaro :


"À l’origine, l’institution était un outil de contrôle du Parlement, mais il s’est progressivement octroyé le rôle d’un producteur de droit, quitte à entrer en concurrence directe avec le législateur. L’histoire des sages de la rue de Montpensier est celle d’une révolution politico-juridique.

Le 13 mars 1959, le nouveau Conseil constitutionnel tenait sa première séance dans une « remarquable indifférence » , racontait en 2014 son président, Jean-Louis Debré, fils de Michel Debré, l’ancien premier ministre de De Gaulle, qui fut le véritable père de l’institution de la rue de Montpensier, bien plus que le Général, qui n’avait pas l’âme d’un juriste. La presse préférait alors s’amuser du nom de son premier président, Léon Noël, qui formait un palindrome.

La figure de style était loin de résumer la révolution juridique qui se profilait à bas bruit : la loi, toute-puissante depuis la Révolution française, tombait de son piédestal puisqu’un juge était dorénavant chargé de contrôler sa conformité à la Constitution. Certes, il y avait eu sous la IVe République un embryon de « comité constitutionnel », mais, avec la Constitution du 4 octobre 1958, le « contrôle de constitutionnalité » faisait son entrée en force au cœur d’un État légicentriste : comme le résume le Conseil constitutionnel lui-même dans une décision du 23 août 1985, la loi votée par le Parlement n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution.

Cette limitation peut sembler anodine, mais, au pays de Montesquieu, la loi est sacrée et ne se juge pas. Dans le livre XI de De l’esprit des lois , le philosophe procède à une implacable démonstration : « Si (la puissance de juger) était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire puisque le juge serait également législateur […] Puisque les juges de la nation ne sont que la bouche qui prononce les paroles de la loi, des êtres inanimés, ils n’en peuvent modérer ni la force ni la rigueur. »

Dans l’éventualité d’un silence de la loi, c’est au législateur seul de parler. En 1936, le Conseil d’État, dans son arrêt Arrighi, refusa d’écarter un règlement pris en application d’une loi qui aurait été contraire à la Constitution. Ce n’était pas de son ressort, la loi faisait écran. « Si large qu’ait été l’extension des pouvoirs du juge dans l’interprétation de la loi, elle ne saurait aller jamais jusqu’à priver de force un acte législatif » , expliquait le commissaire du gouvernement Roger Latournerie.


«Remarquable indifférence»

La chose paraît si abstraite qu’on imagine mal qu’elle fasse l’objet de disputes passionnées. Et, pourtant, en 1921, l’ouvrage d’Étienne Lambert, Le Gouvernement des juges , fit grand bruit : les Français y découvrirent le modèle américain de la Cour suprême, dont l’auteur montrait la toute-puissance. Le débat a agité l’Angleterre voisine depuis le XVIIIe siècle. Déjà, sir William Blackstone, contemporain de Montesquieu, vantait la figure d’un juge qui serait un « oracle vivant » , bien plus créateur de droit que s’il était seulement la « bouche de la loi ».

La révolution qui commence en 1958 ne cesse depuis de gagner en ampleur, toujours dans la même « remarquable indifférence ». Tout juste polémique-t-on quand un membre du Conseil constitutionnel s’exprime publiquement au risque de manquer à son devoir de réserve, à l’image de propos de Laurent Fabius sur l’immigration et l’écologie, ou d’Alain Juppé en faveur d’une loi sur la fin de vie. Et la possible nomination de Richard Ferrand, qui n’a aucune formation académique en droit, à la tête du Conseil fait grincer des dents. Ce débat sur la compétence des Sages est aussi vieux que l’institution elle-même.

Et se posera de plus en plus dans les années à venir

Frédéric Rouvillois, professeur de droit public

Ces polémiques ponctuelles masquent le véritable débat de fond, celui d’un Conseil constitutionnel qui a si profondément évolué qu’une question politique fondamentale, celle de l’équilibre entre le législateur et le juge, se pose derechef avec acuité. « Et se posera de plus en plus dans les années à venir » , prédit le professeur de droit public Frédéric Rouvillois. Quand le Conseil constitutionnel est porté sur les fonts baptismaux par Michel Debré et son comité chargé des travaux préparatoires, il se borne à être « une arme contre la déviation parlementaire » , selon la formule du gaulliste, qui, en 1958 devant le Conseil d’État, explique vouloir en finir avec « le régime d’assemblée, où la totalité du pouvoir appartient à un Parlement ».

Rationaliser le parlementarisme : tel est le projet du constituant en 1958, qui définit strictement le domaine de la loi (article 34) et consacre un domaine réglementaire qui recouvre tout ce qui n’est pas législatif (article 37). Le gouvernement dispose d’un pouvoir autonome capable de survivre à « l’arbitraire parlementaire ». Le Conseil constitutionnel est ainsi « le chien de garde de l’exécutif » au « canon braqué vers le Parlement ».


Se fonder sur le préambule

Aujourd’hui, le Conseil constitutionnel n’est plus seulement ce « cerbère » , mais est « devenu le garant des droits et libertés fondamentales » , se félicitait récemment Alain Juppé. L’universitaire Georges Bergougnous écrivait en 2013 que, face à « un législateur toujours malhabile, sinon malfaisant » , le Conseil constitutionnel « assure ce que, en quelques mots sublimes, à l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les hommes de 1789 ont assigné à toute Constitution ». Ces mots, ce sont eux : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Le Conseil constitutionnel entend marcher sur ses deux pieds.

Cet acte II a commencé il y a cinquante ans lorsque, dans sa décision du 16 juillet 1971, le Conseil constitutionnel donne au principe de liberté d’association une valeur constitutionnelle. Pour la première fois, le juge ne se fonde pas sur le texte austère de la Constitution, qui décrit le fonctionnement des institutions, mais sur son préambule, qui intègre la fameuse DDHC de 1789 et celui de la Constitution de 1946, qui consacre les droits sociaux. Avec la révision constitutionnelle de 2005, ce « bloc de constitutionnalité » s’élargit à la charte de l’environnement de 2004.

C’est par un coup d’Etat que le Conseil s’est emparé de ce contrôle de fond en 1971. Mais le constituant a validé ce coup de force et la même confortée en ouvrant sa saisine

Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’université Rennes-1

Pour Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’université Rennes-1, « c’est par un coup d’État que le Conseil s’est emparé de ce contrôle de fond en 1971. Mais le constituant a validé ce coup de force et l’a même conforté en ouvrant sa saisine ». En 1958, seuls le président de la République, le premier ministre et les présidents des deux Chambres pouvaient saisir le Conseil constitutionnel qui exerçait un contrôle a priori de la loi, avant sa promulgation. Cette saisine a été élargie à 60 députés ou 60 sénateurs lors de la révision constitutionnelle en 1974. Celle de Nicolas Sarkozy en 2008 a consacré un contrôle de constitutionnalité a posteriori avec l’introduction de la « question prioritaire de constitutionalité ».


«Le Conseil n’en fait qu’à sa tête»

En soixante-six ans, le Conseil constitutionnel a dégagé une abondante jurisprudence qui fait du juge, plus que la simple « bouche de la loi » , un véritable « oracle » participant à la fabrique du droit. Certes, il manie « la gomme » et non « le crayon » — la formule citée par Alain Juppé est du doyen Georges Vedel — mais la marque du Conseil constitutionnel irrigue tout l’ordonnancement juridique. Que l’on pense — le sujet n’est pas nouveau ! — à la décision du 13 août 1993 relative à la loi Pasqua sur l’immigration : les Sages la censurent, reconnaissant pour « tous ceux qui résident sur le territoire de la République » « des libertés et droits de valeur constitutionnelle » , parmi lesquels « la liberté d’aller et venir, la liberté du mariage, le droit de mener une vie familiale normale […] des droits à la protection sociale ».

Certes, le législateur tient toujours le stylo, mais peut-il échapper à la gomme du juge ? Guillaume Drago, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas, est formel : « Toute réforme d’ampleur en matière d’immigration ne peut faire aujourd’hui l’économie d’une réflexion constitutionnelle ». D’autant qu’en trente ans, le Conseil constitutionnel a resserré son étau : sous Laurent Fabius, dans une décision du 6 juillet 2018, les Sages ont élevé la « fraternité » en principe constitutionnel, écartant la possibilité d’un retour du délit d’aide au séjour irrégulier. Sur le conditionnement des aides sociales à cinq ans de résidence, la jurisprudence a varié ces dernières années. « Le Conseil n’en fait qu’à sa tête et plonge le législateur dans l’incertitude permanente  », déplore Anne-Marie Le Pourhiet.

L’État de droit est avant tout un impératif de prévisibilité et de sécurité juridiques, or justement le pouvoir d’appréciation discrétionnaire des juges le compromet

Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’université Rennes-1

Souvent, il ne tranche pas sur le fond, mais sur la forme : en dénichant des « cavaliers législatifs » , il a vidé de sa substance la loi immigration de 2024 dans sa version amendée par la droite, la ramenant à sa version originelle issue du bloc macroniste. « Le juge habille une décision politique d’arguments juridiques contestables » , regrette Guillaume Drago.

Fait-on face, déjà, à un « gouvernement des juges »  ? « Si, par gouvernement, l’on entend le fait de participer de manière active à l’élaboration des politiques, alors oui » , répond prudemment Frédéric Rouvillois, qui observe un paradoxe : alors que le contrôle de constitutionnalité s’est imposé de concert avec la notion d’État de droit, cette convergence pourrait finir en divergence. « Dans un État de droit, l’État est lui-même soumis à la loi telle qu’elle a été établie à l’origine selon la volonté de son auteur. Le risque, c’est que le Conseil constitutionnel devienne le défenseur de certains droits et de certaines libertés. On serait alors dans une oligarchie ou dans une juristocratie » , précise l’universitaire. « L’État de droit est avant tout un impératif de prévisibilité et de sécurité juridiques, or justement le pouvoir d’appréciation discrétionnaire des juges le compromet » , abonde Anne-Marie Le Pourhiet.


Réflexion sur la souveraineté nationale

La question ne saurait être celle du contrôle de constitutionnalité en lui-même dont les développements s’observent partout en Europe. Allemagne, Espagne, Italie, Belgique… Les cours constitutionnelles évitent que la loi « bavarde » et qu’un législateur imprudent ébranle la norme supérieure. Michel Debré lui-même avait cette intime conviction, dès 1945 dans Refaire la France , qu’un contrôle de la loi était une nécessité pour « protéger les principes fondamentaux de tout régime libéral ».

Outre-Atlantique, le pouvoir de la Cour suprême y est d’autant plus grand, et politiquement assumé, qu’il s’agit d’un régime présidentiel. Elle n’est pas seulement une juridiction constitutionnelle spécialisée, à l’image de celles du Vieux Continent, mais est la plus haute juridiction de tout le pouvoir judiciaire fédéral. Aux États-Unis, « la justice occupe une place à part afin d’assurer la défense des individus contre ce chef très puissant » , expliquait Michel Debré en 1958, excluant qu’un tel modèle puisse s’adapter dans l’Hexagone.

Le Conseil constitutionnel a pourtant toutes les caractéristiques d’une juridiction, mais, comparés au Tribunal constitutionnel fédéral d’Allemagne, certains de ses membres sont moins expérimentés, ses nominations moins impartiales, ses jurisprudences moins argumentées

Guillaume Drago, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas

En France, la Cour constitutionnelle ne s’appelle que « Conseil », comme si cette vieille institution n’assumait pas sa propre nature, dans l’ombre du général de Gaulle et de sa célèbre formule « la cour suprême, c’est le peuple ». « Le Conseil constitutionnel a pourtant toutes les caractéristiques d’une juridiction, mais, comparés au Tribunal constitutionnel fédéral d’Allemagne, certains de ses membres sont moins expérimentés, ses nominations moins impartiales, ses jurisprudences moins argumentées » , regrette Guillaume Drago, qui observe que Karlsruhe a édifié depuis ses arrêts So Lange une importante réflexion sur la souveraineté nationale vis-à-vis du droit européen. Le Conseil constitutionnel a bien dégagé, dès 2004, l’idée d’ « une identité constitutionnelle » de la France, mais « sans lui donner véritablement de contenu » , constate le professeur d’Assas.


«Intransigeant»

Lors, ce fossé entre le juge et le législateur risque de se creuser davantage, le premier entravant toujours plus l’action du second, le second dénonçant en miroir le péril d’un « gouvernement des juges ». À force que les lois seront gommées, la tentation sera grande de tout simplement réviser la Constitution. Déjà, en 2022, au sujet de l’immigration, toutes les droites, de Valérie Pécresse à Éric Zemmour, s’accordaient sur le principe d’une telle révision. « Cette problématique sera d’autant plus forte en 2027. En cas de changement de cap politique, le Conseil constitutionnel sera intransigeant » , avertit Frédéric Rouvillois.

Dans son livre La Démocratie, sa nature, sa valeur , le grand juriste autrichien Hans Kelsen (1881-1973), père de la hiérarchie des normes, avait déjà perçu ce risque : la justice constitutionnelle, écrivait-il, ne doit pas être « conçue comme une sorte de limite extérieure au système de la démocratie, mais comme une institution qui peut et doit tenir sa place au sein même du régime représentatif  ». Sans quoi, législateur et juge se feront éternellement la guerre."




par Maxime Duclos 24 février 2025
Après un long moment de silence lié à un problème technique avec notre hébergeur, nous avons la joie de vous proposer enfin le billet d'humeur d'un nouveau (et prometteur) sympathisant de Lignes Droites !
N'hésitez pas à faire de même ...

La défaite de Louis Boyard un revers pour LFI à Villeneuve-Saint-Georges

Villeneuve-Saint-Georges, commune du Val-de-Marne, a été le théâtre d'une élection municipale anticipée tendue et révélatrice. La victoire de Kristell Niasme (Les Républicains) face à Louis Boyard (La France Insoumise) n'est pas seulement une victoire pour la droite, mais un rejet clair
des dérives idéologiques et des alliances douteuses de LFI.

Une campagne sous tension

La campagne a été marquée par des pratiques inquiétantes. Le média Frontières , présent sur le terrain, a dénoncé des intimidations répétées visant ses journalistes pour avoir osé exposer les méthodes employées par LFI. Ces pressions n'ont pas empêché Frontières de révéler les coulisses troublantes de cette campagne : manipulations communautaires, discours populistes et candidats controversés.

Des candidats pro-Hamas et au passé douteux

Parmi les colistiers de Louis Boyard figurait Mohammed Ben Yakhlef, connu pour avoir exprimé publiquement sa sympathie pour le Hamas, qu'il qualifiait de "mouvement de résistance". Ces positions ont suscité l'indignation, y compris au sein du Parti Socialiste, qui a refusé toute alliance avec LFI tant que ce candidat restait sur la liste. En outre, plusieurs colistiers avaient un casier judiciaire pour violences ou infractions graves, ce qui a encore terni la crédibilité de la liste LFI.

La victoire du bon sens

Avec 49 % des voix , Kristell Niasme a su incarner une alternative crédible face à une gauche divisée et radicalisée. Les Villeneuvois ont rejeté les manipulations et les alliances douteuses de LFI. Cette victoire est un signal fort : les électeurs ne veulent ni chaos ni complaisance envers l'extreme gauche.

Conclusion

Villeneuve-Saint-Georges a montré que le pragmatisme et le courage politique peuvent triompher face aux dérives idéologiques. Grâce au travail courageux de médias comme Frontières , la vérité a éclaté au grand jour. Cette élection rappelle que l'extrême gauche ne peut imposer ses dérives sans en subir les conséquences. Villeneuve-Saint-Georges a envoyé un message fort : le bon sens fini toujours par triompher.



Sources :
  • Frontières Média : "Villeneuve-Saint-Georges : révélations sur les pratiques douteuses de LFI".
  • RMC : "Louis Boyard battu : une bonne nouvelle pour Villeneuve-Saint-Georges".
  • Les Échos : "Le test manqué de LFI à Villeneuve-Saint-Georges".
  • Marianne : "La défaite de Louis Boyard, un triple échec pour LFI".




par Edouard Tetreau (FigaroVox) 14 février 2025

Une tribune d'Édouard Tétreau dans le FigaroVox


https://www.lefigaro.fr/vox/societe/edouard-tetreau-bruno-retailleau-a-raison-de-culpabiliser-enfin-...

TRIBUNE- Le ministre de l’Intérieur a lancé une nouvelle campagne ciblant, non plus les dealers, mais les 6 à 7 millions de «drogués» en France. Une démarche courageuse qui permet de sortir de la culture déresponsabilisante qui prédominait jusqu’alors, estime l’essayiste.

« Dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort, et je n’ai pas besoin de lire les sondages qui me disent le contraire   : l’opinion majoritaire est pour la peine de mort.   » Il est souvent admis que c’est lors de l’émission « Cartes sur table » du 16 mars 1981, que François Mitterrand a fait basculer l’opinion publique en sa faveur, pour s’installer au pouvoir le 10 mai 1981, pour quatorze ans. Était-ce du courage, de la conviction, ou le énième choix tactique du grand bonimenteur de la politique française de l’après-guerre - l’homme du faux attentat de l’Observatoire, le résistant à la francisque, le catholique de droite provinciale grimé en socialiste ?

Toujours est-il que cette prise de position, à rebours de la pensée dominante, et qui rejoignait «   celles des églises   » , comme le rappelait Mitterrand, a fait mouche. Quand un homme politique affiche une conviction d’intérêt général, au risque de se faire désavouer par l’opinion majoritaire, le message est si rare qu’il est entendu, et le leader, suivi.

On soutiendra ici que le ministre de l’Intérieur,Bruno Retailleau, en lançant et en assumant une campagne délibérément culpabilisatrice, ciblant les 6 à 7 millions de drogués en France s’inscrit dans ce sillage si peu emprunté. Il y a en effet de quoi faire blêmir nombre de conseillers et stratèges politiques, abonnés aux approches électoralistes usuelles. La France compte 1,1 million de cocaïnomanes réguliers (3,7 millions au moins une fois dans leur vie), 5 millions de drogués au cannabis (21 millions y ont déjà goûté), 850.000 consommateurs d’héroïne, et 750.000 défoncés à la MDMA ou à l’ecstasy. Ajoutés les uns aux autres, ces contingents ont un poids électoral deux fois supérieur à celui des retraités de la fonction publique (3,4 millions).

Mauvais pour le business

La démarche inédite de Bruno Retailleau a le mérite de débusquer les fausses victimes : les drogués, leurs vendeurs (les dealers) qui ne trouveraient pas de travail dans un pays où 520.000 emplois sont à pourvoir, leurs entourages indulgents, passifs ou complices, et leurs coachs addictologues, tous vent debout contre cette démarche très mauvaise pour leur business.

Ainsi de Catherine Delorme, présidente de la puissante Fédération Addiction (1er réseau d’addictologie en France), sur le clip de cette campagne : « Ça risque d’éloigner également du soin, car quand on est présumé coupable, victime de surstigmatisation (sic) comme avec ce clip, ça ne donne pas envie de se soigner (re-sic) (…) on ne peut pas parler uniquement des risques liés à la drogue (…) il y a des gens qui s’amusent, se désinhibent, tiennent le rythme, trouvent une solution à des problèmes…  » Eurêka.

Déresponsabilisation

Débusquer les fausses victimes, qui surfent sur cette culture pleurnicharde et déresponsabilisante. Et identifier les vraies victimes : 110 personnes assassinées et 341 blessées dans le trafic de stupéfiants en 2024, dont 47 mineurs ; 638 morts par overdose en 2022 ; 700 personnes assassinées chaque année sur la route dans des accidents impliquant un drogué (cannabis ou autre) ; sans compter ce qui est difficilement chiffrable, à savoir les conduites à risque permises par la désinhibition, les viols sous drogues, l’effondrement de la volonté et de la psyché personnelles chez les plus jeunes, etc. Il faut regarder la drogue en face, comme on regarde la mort en face. Et mettre un terme à cette forme d’indulgence collective, qui est une complicité criminelle : les drogues ne sont pas récréatives, elles tuent.

Une indulgence souvent accompagnée d’un discours confondant, prônant la dépénalisation de la drogue au nom de la liberté (chacun fait ce qu’il veut) et d’un pseudo-argument sécuritaire : cela dégonflerait les revenus des trafiquants et donc leur dangerosité. Raté : les Pays-Bas et la Belgique sont au bord de devenir des narco-États, justement parce que la dépénalisation n’a fait qu’accroître la taille, et la diversité, de leurs marchés de drogues.

Idem pour le Canada et les États américains ayant franchi ce pas : la dépénalisation banalise la consommation de cannabis chez les enfants, et incite les adultes à se shooter plus fort. Le libéralisme du renard libre dans le poulailler libre.

Faire campagne contre les drogués, que l’on a insuffisamment culpabilisés ces dernières décennies, c’est faire campagne pour la France. C’est rappeler que derrière chaque barrette de shit, rail de coke, pilule d’ecstasy consommés par des millions de Français, il y a des Kalachnikovs, un gang de passeurs et de tueurs, qui mettent aujourd’hui en coupe réglée nos villes - notamment les villes moyennes - et nos campagnes.

Il y aura, aussi, un temps pour aller à la racine du mal : débusquer au cœur de nos sociétés la détresse, ou le vide, qui pousse nos concitoyens à se droguer en masse

Édouard Tétreau

Il faut louer le courage de Bruno Retailleau, et œuvrer pour aller beaucoup plus loin sur la responsabilisation des drogués : seulement quelques dizaines de milliers d’amendes ont été infligées (une sur deux recouvrées). On peut imaginer mieux, à savoir le retrait de permis de conduire ; la suspension de la carte Vitale pour éradiquer ce fléau de santé publique ; un fichier à la disposition des mutuelles et assureurs, etc.

« Il y a un temps pour tout », rappelle l’Ecclésiaste. Il y aura, aussi, un temps pour aller à la racine du mal : débusquer au cœur de nos sociétés la détresse, ou le vide, qui pousse nos concitoyens à se droguer en masse. La déchristianisation, la perte de sens, la vitesse de mutation de nos sociétés, un pays qui repose sur l’ardeur au travail d’une minorité d’actifs, lesté par un nombre excessif d’inactifs, pensionnés et assistés, sont des raisons très probables. En attendant, la seule réponse ne peut pas être d’exposer les vies de nos policiers et gendarmes aux narcotrafiquants sans que nous prenions tous part à ce combat, les drogués au premier chef.




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