Qui a peur de l’identité nationale ? #1

Natacha Gray • 25 février 2018

Première partie

Identité, identités ? Des régions à l’Europe, en passant évidemment par la France comme nation, les questions dites « identitaires » sont aujourd’hui omniprésentes dans l’actualité, dans les discours, et dans les priorités, revendications ou inquiétudes exprimées par une majorité de citoyens français. Identités régionales, identité nationale, identité européenne s’emboîtent sans nécessairement s’opposer. Plus que jamais les premières s’affirment, la dernière reste encore à construire. Lignes Droites lance la réflexion sur ces questions, en commençant par le sujet sensible, parfois tabou, de l’identité nationale.


Première partie

Quel paradoxe ! À l’heure où l’on n’a jamais autant revendiqué ses racines ou ses héritages, où les sondages confirment que les électeurs de droite comme de gauche qui font de la défense de « l’identité nationale » une de leurs priorités sont de plus en plus nombreux, car ils la jugent « menacée », les partis politiques semblent encore effrayés par un mot devenu presque tabou. L’adjectif « identitaire » reste employé par certains Français comme une insulte. S’interroger publiquement sur ce que c’est qu’être français aujourd’hui, sur les valeurs et principes qui fondent notre nation est encore présenté par beaucoup comme une tentative de racolage des seuls électeurs du Front national. Affirmer son amour pour la France et sa fierté d’y être né revient à risquer de se voir accuser d’un « dérapage » xénophobe, voire raciste, par la bien-pensance politico-médiatique qui tente de modeler l’opinion selon son manichéisme réducteur.


Et pourtant savoir qui l’on est, d’où l’on vient, s’enraciner dans un héritage historique et culturel dans sa globalité, revendiquer une sorte de génie collectif qui fait que l’on se sent un « peuple », une « nation » et pas simplement une collection d’individus emportés dans le tourbillon d’un multiculturalisme mondialisé, avoir quelque chose à défendre ensemble et dont on peut être fier pour lutter contre le déclinisme ambiant, mettre en exergue ce qui rapproche et non ce qui divise pour se rassurer, pour mieux intégrer aussi ceux qui aspirent à nous rejoindre, semble plus que jamais au centre des priorités des citoyens français, et au-delà européens.


Chez les individus les « troubles de l’identité » sont du ressort des psychiatres. L’individu va mieux lorsqu’il se « retrouve », qu’il définit ses valeurs, ses aspirations, ses talents et qu’il s’accepte enfin tel qu’il est. Mais dans les territoires et à l’échelle de la nation entière, qui soignera les identités blessées ? La responsabilité des élus est grande, des médias aussi, qui participent presque tous, depuis des années, à cette grande braderie des valeurs et à ce relativisme culturel où tout se vaut et tout s’accepte.

Après un court historique de la question (1.), nous verrons aujourd’hui comment l’identité nationale revient aujourd’hui au cœur de l’actualité (2), avant de nous interroger sur sa définition (3) puis de lister les différents éléments qui semblent fonder l’identité de la France (4). Le prochain article s’intéressera au sentiment d’une identité menacée (4), ce qui nous amènera à développer plus particulièrement la question sensible de l’immigration et de l’intégration (5) puis l’actuel dévoiement de l’altérité en « l’autruisme [i] », mettant en danger la tradition d’intégration à la française (6). Enfin, un troisième et dernier article traitera des appartenances multiples et emboîtées, des identités régionales encore fortement ancrées dans les mémoires et les pratiques, revigorées par une mondialisation sans racines et l’affaiblissement des nations, jusqu’à l’échelle européenne qui reste à (re) construire ? (7)

1. Elle court elle court, l’identité …

Elle est passée par ici, elle repassera par là. En France la question de l’identité nationale naît véritablement à gauche à la fin des années 1970 (par anti-américanisme puis avec Jack Lang dans les années 1980, pour justifier « l’exception culturelle » française) avant d’être reprise par la droite à la fin des années 1980 puis monopolisée par l’extrême droite au début du XXIe siècle. En 2007 Nicolas Sarkozy tente de la ramener à droite et en fait un de ses thèmes de campagne, créant un « ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement » et lance en 2009 un grand débat sur le sujet, qui n’aura guère de retombées. Car la polémique survient aussitôt, y compris au sein de son propre camp. La mise en relation de l’identité et de l’immigration dans la titulature du ministère scandalise comme à chaque fois que la réflexion tente de se porter sur les questions migratoires. Réfléchir à l’identité de la France, aux valeurs portées par le concept, à l’intégration des populations qui aspirent à faire partie de la Nation est aussitôt taxé à gauche de « racisme », de « xénophobie », l’adjectif « identitaire », repris par de nombreux mouvements à l’extrême droite, étant supposé renvoyer aux « thèses du Front national » derrière laquelle la droite serait supposée courir pour séduire son électorat.

Le problème alors, et encore aujourd’hui, n’est pas tant que l’opposition se lance dans les habituels procès d’intention qui n’élèvent pas le niveau du débat politique, mais qu’une partie non négligeable de la droite se soit alors tue, honteuse, comme s’il revenait au camp d’en face de définir seul les critères de respectabilité des idées , de juger qu’un thème est toxique, ou « nauséabond » ou qu’un leader politique se livre à des « dérapages ». Il est vrai que la défense de l’identité nationale est sensible et donne prise à la critique systématique par la gauche de l’époque, car intrinsèquement liée à la réflexion sur l’immigration et l’intégration, même si évidemment elle ne s’y réduit pas. Parce que certains à gauche et même à droite prétendent, tel un postulat non discutable, que réfléchir à ce qui fonde l’identité nationale serait un moyen d’en exclure ceux qui n’ont pas la nationalité du pays ou qui, français, n’en ont pas encore intégré les codes et les valeurs, que ce serait « faire le jeu du FN », on déclare alors le débat clos avant même qu’il ne commence et l’on cache vite sous le tapis cette pauvre identité nationale que l’on ne saurait voir.


2. Et elle revient aujourd’hui au cœur des débats

Sa résurgence récente dans le débat politique est évidemment à mettre en rapport avec le communautarisme, les atteintes à la laïcité, l’extension des zones de non-droit en France où des habitants , y compris de nombreux Français, défient régulièrement les lois et les valeurs de la République, mais également à la vague migratoire massive de populations portant une culture radicalement différente et apparemment moins facilement intégrables que les précédentes, avant tout en raison du nombre (qui diminue les moyens et le temps accordé à chaque « migrant »), mais également parce qu’une partie d’entre eux ne manifestent aujourd’hui nullement le désir ni la volonté d’accepter les règles et codes en vigueur dans la société d’accueil (respect de la laïcité, égalité des droites entre hommes et femmes…). Parallèlement des Cassandres propagent le thème anxiogène du Grand Remplacement surfant sur de nombreux faits divers surmédiatisés dans l’actualité, mais également sur la visibilité amplifiée des minorités ethniques et culturelles. En effet une partie de celles-ci cherche à s’imposer et à défier les lois de la République par des comportements ostentatoires (par exemple par le voile intégral, la barbe et le kami, les prières de rue, la non-mixité, le refus de travailler avec une femme…) ou des revendications (menus hallal, mise en cause de programmes scolaires) sous l’inspiration de la propagande islamiste qui pousse les croyants à adopter, par conviction ou sous pression, un certain nombre de (supposés) codes religieux. L’entrisme islamiste dans l’espace public, par sa remise en cause de symboles en lesquels beaucoup veulent lire l’identité de la France (racines chrétiennes, sapin et fêtes de Noël en entreprise, crèches, liberté des femmes…) accentue ce sentiment de déperdition des valeurs traditionnelles et de dépossession. « On est chez nous », entend-on dans la rue et sur les réseaux, et pas seulement en provenance de l’extrême-droite qui est loin de confisquer de nos jours la cause identitaire. Parallèlement la réflexion sur ces questions n’a jamais été aussi fertile même si les définitions, constats et propositions peuvent différer (Mathieu Bock-Côté, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Pascal Bruckner, François-Xavier Bellamy…).

En 2017 le thème revient donc dans la campagne, de manière apparemment décomplexée, évidemment récurrent dans les discours du Front national, mais également dans les propos du candidat Fillon (discours du Puy-en-Velay notamment), mais également de Jean-Luc Mélenchon qui, selon ses propres termes, « relève le gant du débat sur l’identité », pour ne pas le laisser confisquer par la droite : « À partir du moment où l'on est Français, on adopte le récit national » proclame-t-il sur sa chaîne YouTube en même temps que son amour de la France, certainement par conviction sincère, mais également parce que le candidat de la France insoumise a compris qu’il s’agissait là d’un thème porteur, d’une des priorités et principales inquiétudes de l’électorat. D’ailleurs ne dit-on pas que si Marine Le Pen a porté le Front national jusqu’au second tour, c’est qu’elle a su rassembler, bien au-delà de son parti, sur cette question sensible de l’identité et qu’inversement, elle a perdu les élections précisément parce qu’elle l’a totalement et étrangement oubliée lors du débat du second tour qui l’opposait à Emmanuel Macron.

De la même manière Laurent Wauquiez [ii] a rassemblé sur le thème de l’identité nationale, qu’il décline en « ancrage, racines, fidélité, constance », « racines chrétiennes », « valeurs » articulant son discours sur les menaces que font peser sur la cohésion et l’identité françaises un islam politique, le communautarisme et une immigration trop massive pour permettre l’intégration. Et à nouveau il reçoit des critiques, y compris en interne à droite, sur cette ligne « identitaire » jugée trop dure, trop « trop à droite », en concurrence avec l’extrême droite dont il « récupérerait » les idées et tenterait de séduire les électeurs. Puisqu’à gauche on prétend que toute référence identitaire serait le signe d’une influence voire d’une appartenance à la « fachosphère », beaucoup à droite préfèrent se taire ou, pire, faire écho à ces accusations en dressant des procès d’intention à tous ceux qui, dans leur camp, osent se soucier d’identité nationale. Paradoxalement, on constate d’un côté une extraordinaire fertilité du débat avec des penseurs de qualité, mais aussi au travers de tous les échanges qui fleurissent sur les réseaux entre internautes anonymes, et de l’autre la permanence d’une série de tabous (nation, patriotisme, régulation de l’immigration, progression de l’islamisme, de l’antisémitisme, affirmation d’autres formes de racisme, fragmentation de l’unité nationale par le communautarisme, non-mixité, restauration de l’autorité …) dont on ne peut même plus débattre sans être aussitôt criminalisé par la bien-pensance encore dominante : on est donc un « facho », si l’on est suspecté d’être sincère, ou un arriviste, si on est jugé coupable d’une tentative électoraliste de séduction des électeurs du FN. On comprend que, terrifiés par ces accusations prévisibles, beaucoup se censurent, se justifient, se taisent. Alors que l’identité n’appartient à personne et mérite d’être débattue !


3. L’identité nationale, qu’es aqu ò ?

L’identité nationale est l’objet de nombreuses controverses, mais si personne ne semble s’entendre à son sujet, c’est aussi parce que sa définition est floue et que son usage est souvent équivoque, d’où la volonté de clarifier le concept et de se mettre d’accord sur les valeurs communes qui sous-tendait le débat maladroitement lancé sous Nicolas Sarkozy.

Voltaire parlait déjà des identités nationales comme de « mœurs », de « caractères » et de « génies » respectifs [iii] et Renan [iv] les définissait comme un ensemble de points communs incluant « la race, la langue, les intérêts, l'affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires », mais qui ne suffisent pas à définir la nation qui est avant tout « une âme, un principe spirituel » et s’exprimant clairement dans le présent par ce que nous appellerions aujourd’hui le consensus : « le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune ». Ce qu'on lit de ces définitions générales, c’est qu’une identité nationale est censée s’imposer à tous ceux qui se réclament de la nation dont elle serait l’expression, une sorte « d’âme », ou de « génie » forgés par l’Histoire siècle après siècle. Elle n’est évidemment ni de droite ni de gauche. C’est d’ailleurs contre le risque de confiscation du concept que s’élevait fermement l’historien Fernand Braudel dans un entretien au Monde en 1985 : « Pour un historien, il y a une identité de la France à rechercher avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu'on s'amuse avec l'identité » [v].


Il s’agirait donc d’une sorte d’état d'esprit commun aux individus qui composent une nation, révélant leur adhésion à des valeurs collectives . Déjà, à ce niveau des définitions, on voit où le bât blesse : quelles sont ces valeurs communes censées rassembler les Français quand on voit que même la laïcité divise aujourd’hui ? Quel « principe spirituel » guide notre organisation collective ? En d’autres termes quel sens donnons-nous à notre engagement dans la Cité ? Qu’en est-il du sentiment d’appartenance de toutes ses composantes ? Comment s’exercent les droits et se respectent les obligations communes ? La force d'une nation repose sur la fierté de tous ses éléments. Les Français sont-ils encore fiers de leur pays ? Et d’abord, qu’est-ce que l’identité nationale ? Est-elle l’identité de la République ou celle de la France ?


Un changement notable s’est en effet opéré ces dernières années dans la sémantique employée : il était de coutume de brandir en permanence les « valeurs républicaines » dont « l’égalité républicaine » (employée à toutes les sauces), les « lois de la République », termes flous, car polysémiques dont on ne pouvait dessiner avec précision les contours. Or dans les discours de nombreux élus tout comme sur les réseaux sociaux, la France est en train de remplacer la République , réintroduisant dans le concept le temps long de l’Histoire, de la tradition, des héritages, bref la continuité d’une nation au-delà des régimes successifs qui se sont succédé. Alors bien évidemment parler d’identité française ne signifie nullement que cette identité ne soit pas évolutive, dynamique , s’enrichissant et se modifiant au fur et à mesure de ses apports, comme il en est d’un peuple ouvert dont les frontières se sont élargies par l’ajout de territoires aux identités propres (Bretagne, Corse, Catalogne…) et par vagues migratoires successives. Mais il n’en reste pas moins des invariants , comme la langue, les héritages culturels, littéraires, paysagers, les comportements liés à la domination séculaire d’une religion, un certain sens de la liberté, des rapports entre hommes et femmes, une certaine impertinence, un attachement particulier aux arts et à l’intelligence.


4. L’identité de la France ?

Si l’on s’est tous réjouis de voir la France se rassembler au lendemain de chaque attentat majeur, on entend souvent se lamenter que ce sursaut collectif n’a pas duré. Mais c’est que l’on ne fédère pas sur le long terme contre (le terrorisme, les atteintes à la liberté d’expression…), mais pour quelque chose qui doit être clairement défini ou ressenti. Alors quelles sont ces valeurs potentiellement rassembleuses censées être l’âme de cette France ?

La plupart des enquêtes [vi], à la question « Quels sont les éléments importants qui constituent l'identité de la France ? » rejoignent les résultats d’un grand sondage paru en 2009 et placent en tête la langue française (80%), la République (64%), le drapeau tricolore (63%), la laïcité (61%), les services publics (60%), la Marseillaise (50%), l’accueil d’immigrés (31%).

Remarquons ici au passage l’importance pour les 4/5 des personnes interrogées (dont tous ne sont pas français) de la langue . La langue française passe pour être une langue littéraire, et non une langue de communication simplifiable à l’excès (pour se faire, il existe déjà ce global English dit globish) , ayant inspiré tout un patrimoine d’œuvres écrites et orales à transmettre aux générations suivantes. On note d’ailleurs le foisonnement créatif de la littérature francophone et aussi le fait que parmi ses plus grands défenseurs et thuriféraires se trouvent des personnes issues de l’immigration pour qui la découverte de cette langue fut un émerveillement, son apprentissage puis sa maîtrise une fierté immense. Il est assez significatif que lors de chaque tentative de la simplifier, à chaque réforme de l’orthographe ou de la grammaire, parmi les témoignages les plus indignés et les plus attristés se trouvent ceux d’étrangers qui ne comprennent pas cet acharnement de certaines « élites » pour la rendre accessible à tous sans effort ni celui des éditeurs pour expurger des œuvres littéraires, quitte à les réécrire, les termes qui apportent les nuances, les temps du passé, les mots compliqués.

La France terre d’accueil , peuple issu de métissages successifs, de l’ajout au fil des siècles de territoires aux identités fortes était alors également citée (en 2009 soit avant les vagues d’immigration actuelle) par un tiers des personnes interrogées parmi lesquelles beaucoup sont issus, récemment ou de longue date, d’une immigration de travail ou de la tradition d’accueil des réfugiés (en témoignent les patronymes aux sonorités espagnoles, portugaises, allemandes, suisses, anglo-saxonnes, russes, polonaises, arabes). Mais la France est ici présentée comme un melting pot dans lequel les identités, sans disparaître pour autant, qu’il s’agisse de peuples qui ont rejoint il y a des siècles le giron de la France (Corses, Catalans, Bretons, Basques …) ou des migrations du XXe-XXIe siècles, adhèrent à un projet global et supérieur qui les réunit toutes . C’est le principe de l’accueil et de l’assimilation à la française qui est ici présenté comme indissociable de l’identité nationale : accueillir et intégrer sur des ressemblances , la plupart du temps acquises. Il s’agit là d’une tradition essentielle de la République, voulue une et indivisible, issue d’un melting pot (creuset) au sein duquel les différences se fondent jusqu’à ce que ce qui réunit devienne plus important que ce qui différencie. Cela s’oppose au principe des nations multiculturalistes qui, elles, juxtaposent des dissemblances et des dissonances , comme aux États-Unis où le salad bowl (présence d’éléments qui ne se mélangent plus) a remplacé l’ancien melting pot . La France, aujourd’hui fragmentée entre communautés dont beaucoup se sont repliées sur elles-mêmes, d’autres exprimant agressivité, racisme, refus de s’intégrer et volonté expansionniste et parfois prosélyte est, aux yeux de nombreux Français en train de se transformer en salad bowl à l’américaine. Pour beaucoup, elle y perdrait son identité propre.

Cette France terre d’accueil est à mettre en relation avec un autre trait constituant de son identité selon les historiens : son ouverture sur le monde , et plus précisément le fait de se sentir investie d’une responsabilité de contribuer au progrès de l’humanité que, malgré nombre de points communs, on retrouve assez peu chez nos voisins (sauf, dans une moindre mesure, en Grande Bretagne). Cela correspond à la différence entre la conception française de la nation, fondée sur l’adhésion volontaire à un projet que l’on cherche à faire partager au plus grand nombre (le contrat social) à une conception allemande reposant sur l’exaltation des origines (le Volksgeist ou esprit du peuple) même si cette seconde conception d’une identité plus « fermée » rejoint le nationalisme d’un Maurras ou d’un Barrès qui mettent l’accent sur l’hérédité, l’enracinement (d’où les références fréquentes à la « terre », aux « morts », à « l’identité catholique »).

À suivre : Aujourd’hui le succès des discours identitaires tient avant tout au fait que des Français de plus en plus nombreux, venant d’horizons politiques très variés, expriment le sentiment de graves menaces sur l’identité nationale.



[i] « L’autruisme » est un terme forgé par la philosophe Françoise Bonardel. Il désigne la déviance actuelle qui tend à minorer, voire effacer ou dénigrer sa propre culture face à la culture de l’autre, ce qui ne permet plus l’intégration en l’absence d’un modèle présenté comme désirable. Il s’oppose à l’altérité.


[ii] L’auteur de ce texte, qui n’est pas membre de LR ni d’ailleurs aucun parti, complètement extérieure aux rivalités internes et aux courants de pensée qui se sont opposé à l’occasion de l’élection à la présidence des Républicains, tient à préciser qu’elle n’exprime ici qu’un ressenti forgé sur une observation de l’extérieur des prises de position des uns ou des autres.


[iii] Voltaire : Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1756)


[iv] Ernest Renan, « Qu'est-ce qu'une nation ? Conférence à la Sorbonne, 1882


[v] Fernand BRAUDEL, entretien au Monde les 24 et 25 mars 1985,

http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/03/16/l-identite-francaise-selon-fernand-braudel_883988_3224.html#swG3Tim0j6eIwyW5.99 et L’identité de la France , Paris, Arthaud, 3 volumes, 1986


[vi] Par exemple ce sondage CSA sur « les Français et l’identité nationale », publié le 2 novembre 2009 dans Le Parisien/Aujourd’hui en France .

par Eloi Passot (Le Figaro) 7 septembre 2026
Depuis plusieurs décennies, le Conseil constitutionnel a progressivement élargi son rôle, jusqu’à devenir un acteur majeur du contrôle de l’action du législateur. Cette évolution pose une question fondamentale sur l’équilibre entre souveraineté populaire, État de droit et pouvoir des juges . Un article du Figaro particulièrement intéressant pour comprendre comment nous sommes passés d’un Conseil conçu comme un « chien de garde » de la Constitution à une institution capable de peser directement sur les choix politiques de la Nation. https://www.lefigaro.fr/politique/de-la-souverainete-populaire-au-gouvernement-des-juges-comment-le-conseil-constitutionnel-a-etendu-son-pouvoir-20260906  Partisan d’une réforme de la loi fondamentale, Bruno Retailleau (LR) souhaite «donner le dernier mot» au peuple en cas de censure du Conseil constitutionnel. Bruno Retailleau ne le nomme que trois fois. Pourtant, c’est bien le Conseil constitutionnel que cible le patron des Républicains (LR) dans le projet de réforme constitutionnelle qu’il a présenté dans les colonnes du Figaro . Le candidat LR à la présidentielle souhaite d’une part élargir le périmètre de l’article 11, pour qu’un référendum puisse être convoqué sur n’importe quelle loi. D’autre part, il propose de «donner le dernier mot au peuple» pour que celui-ci puisse valider, en dernier ressort, une loi censurée par les Sages de la rue de Montpensier . La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui s’est dite «totalement opposée» à ce projet , ne s’y est pas trompée. «Depuis des mois et des mois, certains hommes ou femmes politiques attaquent le Conseil constitutionnel et notre Constitution» mais celle-ci est «notre bien le plus précieux», a-t-elle déclaré. Un débat technique, qui peut sembler fort éloigné des préoccupations des Français. C’est pourtant la puissance du législateur et du peuple souverain qui sont en jeu, notamment sur la très sensible et omniprésente question migratoire. Car au fil des années, le Conseil constitutionnel a encadré l’action du législateur par une jurisprudence toujours plus abondante, sur ce domaine en particulier. «Aucune révision majeure en la matière ne peut faire aujourd’hui l’économie d’une réforme constitutionnelle», souligne derechef Guillaume Drago, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas. Cette question de l’équilibre entre le juge et le législateur ne manquera pas de se poser tout au long de la campagne présidentielle. Et pour cause, depuis sa création, le Conseil constitutionnel a continuellement élargi, de lui-même, ses propres prérogatives. Michel Debré, le père de la Constitution de 1958, ne voit pourtant à l’époque dans cette institution qu’une «arme contre la déviation parlementaire». Fermement opposé à un régime d’Assemblée, où le Parlement serait tout-puissant, le gaulliste entend organiser un parlementarisme rationalisé. Le texte de la Constitution distingue clairement ce qui relève du domaine de la loi et du parlement (article 34) de ce qui relève du domaine du règlement et de l’exécutif (article 37). «Les constituants de 1958 n’ont jamais voulu que le Conseil constitutionnel contrôle le contenu des lois, mais seulement le respect par le parlement des règles de compétence et de procédure», souligne Anne-Marie le Pourhiet, professeur émérite en droit public à l’université de Rennes. Michel Debré parle même d’un «canon braqué vers le Parlement». Le «coup d’État de droit» Le 16 juillet 1971 marque pourtant le début d’une nouvelle ère. Treize ans seulement après sa création, le Conseil constitutionnel rend une décision historique dans laquelle il donne une valeur constitutionnelle à la liberté d’association. Désormais, non seulement le juge constitutionnel contrôle, sur le fond, la conformité de la loi à la Constitution. Mais contre la volonté des pères de la Constitution, il donne pleine valeur constitutionnelle aux deux textes très généraux et utopiques qui forment son préambule, la fameuse Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946. C’est la naissance du «bloc de constitutionnalité», auquel sera ajoutée, après la réforme de 2005, la charte de l’environnement. C’est un véritable «coup d’État de droit», selon la formule du juriste Olivier Cayla. Le Conseil n’est plus le garant des rapports entre l’exécutif et le Parlement. Il s’autoproclame le protecteur des droits et des libertés fondamentales. «Ces cours suprêmes très puissantes existent dans de nombreux pays», rappelle Guillaume Drago. «On pourrait citer l’Italie, l’Allemagne, et bien sûr les États-Unis. Tout se passe comme si le Conseil français avait voulu imiter ces modèles étrangers. Mais la bascule est très brutale : elle s’opère moins de quinze ans après sa création.» Dès 1921, l’ouvrage d’Étienne Lambert, Le Gouvernement des juges, avait eu un fort retentissement dans l’opinion française : l’auteur y démontrait la toute-puissance de la Cour suprême américaine. Outre-atlantique, loin de se contenter d’être la «bouche de la loi», selon le mot de Montesquieu, le juge constitutionnel est créateur de droit. Plus étonnant encore, le constituant valide ce coup d’État jurisprudentiel et ce changement de nature du Conseil constitutionnel lors de la réforme constitutionnelle de 1974, voulue par Valéry Giscard d’Estaing. Jusqu’ici réservée aux «quatre grands» - président de la République, premier ministre, président du Sénat, président de l’Assemblée nationale - la saisine des Sages est étendue à 60 députés ou 60 sénateurs. L’opposition peut désormais retourner le «canon» vers l’exécutif en demandant la censure de ses projets de loi. Dans les années suivantes, le Conseil constitutionnel va développer une jurisprudence considérable, interprétant librement telle ou telle partie du bloc de constitutionnalité. Le professeur Guillaume Drago retient trois décisions historiques. En 1982, l’opposition saisit les Sages de la rue de Montpensier contre la grande loi de nationalisation (loi du 13 février 1982) voulue par François Mitterrand. Le Conseil reconnaît alors pleine valeur constitutionnelle au droit de propriété, inscrit dans la DDHC, et censure les dispositions du texte concernant le calcul de l’indemnisation des groupes concernés. Le Parlement est forcé de revoir sa copie pour obtenir la validation du Conseil sur ce point. Les étrangers en France, un régime constitutionnel très protecteur «Cette décision a secoué drôlement la classe politique», rappelle Guillaume Drago. «Même si le Conseil ne censure qu’une petite partie du texte, il fait la démonstration qu’il est en capacité de mettre un coup d’arrêt à la politique de l’exécutif, même lorsque celui-ci met en œuvre une politique sur laquelle le président de la République vient d’être élu au suffrage universel.» Le traité de Maastricht, qui fonde l’Union européenne en 1992, est aussi une étape majeure. En 1992, François Mitterrand saisit les Sages sur la compatibilité du traité avec la Constitution. Ces derniers valident le transfert de certaines compétences ayant trait à la souveraineté nationale mais en censurent d’autres, notamment le transfert de la politique monétaire à une Banque centrale européenne indépendante en matière de politique monétaire, ainsi que les modalités de passage à la monnaie unique. L’adoption du traité nécessitera une loi de réforme de la Constitution, avant d’être validée par référendum. Le Conseil consacre surtout un critère central en matière de droit européen : le transfert de compétences n’est inconstitutionnel que s’il affecte «les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale». Une expression volontairement souple, qui lui laisse en réalité toute latitude pour valider les étapes suivantes de la construction européenne. «En définitive, le Conseil constitutionnel n’exerce qu’un contrôle très limité sur le droit européen», résume Guillaume Drago. La troisième décision majeure date du 13 août 1993 et porte sur la loi immigration défendue par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Le Conseil constitutionnel dégage deux nouveaux principes à valeur constitutionnelle : le droit à mener une vie familiale normale et la liberté du mariage. Il réaffirme en outre vigoureusement la constitutionnalité du droit d’asile. «Le juge constitutionnel dégage un véritable droit de l’entrée et du séjour des étrangers en France», explique Guillaume Drago. «À cause ou grâce à cette décision et à ses suites, selon le point de vue duquel on se place, les étrangers bénéficient en France d’un régime constitutionnel extraordinairement protecteur.» 2008 : pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel Cette montée en puissance progressive du Conseil constitutionnel trouve son apogée avec la réforme constitutionnelle de 2008 de Nicolas Sarkozy. Avec la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), chaque justiciable peut désormais saisir lui-même le Conseil pour qu’il vérifie la constitutionnalité d’une loi qui lui serait opposée en violation éventuelle de la Constitution. Pour la première fois, les Sages peuvent contrôler - et, le cas échéant, censurer - un texte a posteriori. «Le président Sarkozy confirme ainsi les pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel», estime Anne-Marie Le Pourhiet. «La logique est la même, cette fois vis-à-vis de la CJUE, avec la ratification du traité de Lisbonne. Le parti de Bruno Retailleau est à l’origine (après l’UDF de Giscard) des pires abandons de la souveraineté du peuple français», ajoute la juriste. L’on pourrait citer de nombreux exemples du resserrement de l’étau du Conseil, notamment en matière d’immigration. Le 6 juillet 2018, sous Laurent Fabius, les Sages élèvent la «fraternité», terme de la devise de la France, en principe constitutionnel, écartant la possibilité d’un retour du délit d’aide au séjour irrégulier. Il n’est pas rare qu’il tranche non sur le fond, mais sur la forme, pour mieux esquiver les procès en idéologie. Ainsi de la loi immigration de 2024, ramenée à sa version macroniste d’origine par le Conseil. Regroupement familial, droit de séjour des étudiants étrangers, prestations sociales, rétablissement du délit de séjour irrégulier... Ces tours de vis voulus par la droite sont censurés, au prétexte qu’ils n’avaient pas de rapport avec le projet de loi immigration d’origine (les fameux «cavaliers législatifs»). Plus sa jurisprudence s’étend, plus le Conseil constitutionnel encadre la marge de manœuvre du législateur. La tension entre les deux ne pouvait ainsi que s’accroître, ce dernier dénonçant un «gouvernement des juges». En 2027, comme en 2022, l’expression est dans la bouche de tous les partis de droite, de LR à Reconquête! en passant par l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement national (RN), qui souhaitent unanimement réformer la Constitution. Bruno Retailleau ne cible pas l’article 11 de la Constitution par hasard. Sa rédaction actuelle prévoit qu’un référendum peut être convoqué pour tout «projet de loi» portant sur «l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent». Le lit de justice constitutionnel Le Conseil constitutionnel s’interdit de contrôler un texte adopté directement par le peuple souverain. Il s’autorise, en revanche, à contrôler le décret de convocation d’un référendum. Dès lors, un président qui convoquerait le peuple aux urnes sur la base de l’article 11, au sujet d’un texte qui concernerait la sécurité, l’immigration, pourrait tout à fait se voir infliger un camouflet par le Conseil qui invaliderait son décret de convocation. D’où la volonté de Bruno Retailleau d’étendre le champ de l’article 11 «à l’ensemble du domaine de la loi». «Cette proposition n’est pas nouvelle. Beaucoup de constitutionnalistes plaident pour cette réforme. La rédaction actuelle est presque une malfaçon. Il n’y a pas de raison de limiter l’expression de la volonté souveraine du peuple à certains textes.» L’idée de laisser au peuple le dernier mot en cas de censure du Conseil constitutionnel, elle aussi, a déjà été débattue par le passé. Le grand juriste Georges Vedel parlait du «lit de justice constitutionnel». «C’est une référence à l’Ancien Régime», explique Guillaume Drago. «Lorsque le parlement de Paris (les juges de l’Ancien Régime - NDLR) refusait d’enregistrer des actes royaux, le roi s’y rendait et s’asseyait sur une espèce de banquette, un lit, en majesté. Il obligeait alors le parlement à enregistrer l’acte royal. L’expression s’est développée comme la possibilité pour une autorité de venir imposer son point de vue à une autorité judiciaire.»
par Olivier Babeau (Valeurs Actuelles) 5 septembre 2026
" Une étude sur 7000 ultrariches révèle un basculement inédit : un quart des fortunes sont héritées, contre la moitié au début des années 2000. La France devrait apprendre à les faire naître plutôt qu’à les punir. " Une tribune de Olivier Babeau à lire dans Valeurs Actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/economie/olivier-babeau-les-milliardaires-sont-de-moins-en-moins-des-heritiers "Le milliardaire est devenu le méchant idéal de notre époque. Il est assez rare pour que presque personne ne se sente personnellement visé, assez riche pour que toute attaque contre lui paraisse indolore, assez spectaculaire, enfin, pour fournir une explication simple à toutes nos difficultés. Si la vie est chère, si les services publics fonctionnent mal, si les classes moyennes se sentent déclassées, ce serait parce qu’une poignée d’individus aurait accaparé une part excessive du gâteau. La fortune des uns serait nécessairement le manque des autres. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Cette vision est aussi séduisante que fausse. L’économie n’est pas un banquet où quelques convives trop voraces condamneraient les autres à la faim. La richesse se crée. Et les grandes fortunes contemporaines sont de plus en plus souvent la récompense, certes vertigineuse, d’une création de valeur qui l’est tout autant. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Une vaste étude de The Economist recensant 7 000 milliardaires sur vingt-cinq ans met en lumière une évolution remarquable. Pour la première fois, la moitié de la richesse mondiale des milliardaires provient d’entrepreneurs self made et actifs dans des secteurs concurrentiels. Dans le même temps, la part des fortunes héritées, proche de 50 % au début des années 2000, est tombée autour de 25 %. Le club des ultrariches ressemble donc de moins en moins à une assemblée d’héritiers assoupis sur un patrimoine ancien et de plus en plus à une réunion de bâtisseurs. Le phénomène dépasse largement la Silicon Valley. Peggy Cherng a bâti Panda Express, qui sert des repas bon marché à des millions de clients. Tadashi Yanai a fait d’Uniqlo une marque mondiale. Robin Zeng a créé en quinze ans CATL, géant chinois de la batterie. Oprah Winfrey doit sa fortune au public qui a voulu l’écouter, Cristiano Ronaldo, aux foules venues admirer son talent. Dans chacun de ces cas, l’enrichissement est la conséquence d’un succès soumis au jugement de millions de personnes libres de dire non. Une fortune entrepreneuriale n’est pas un tas de pièces d’or dormant dans une chambre forte. Elle est, pour l’essentiel, la valeur attribuée à des actions d’entreprises qui produisent, investissent, innovent et emploient. La hausse des marchés, l’enrichissement de la Chine et l’Internet mobile ont accéléré cette création de fortunes. Une idée utile peut désormais atteindre presque instantanément des centaines de millions de clients. Jamais il n’a été aussi rapide de devenir immensément riche. Mais jamais, non plus, il n’a été possible de diffuser aussi vite une innovation à une telle échelle. La démesure des fortunes reflète celle des marchés accessibles. À lirePrésidentielle 2027 : Mélenchon prépare le démantèlement des groupes de presse privés tenus par des milliardaires C’est pourquoi l’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. Il traite un patrimoine productif comme une réserve liquide. Or frapper chaque année la valeur d’une entreprise, c’est obliger son propriétaire à vendre une partie de son capital, décourager l’investissement ou provoquer son départ. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. La France devrait être particulièrement attentive à cette leçon. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. Nous excellons à compter les fortunes, à les soupçonner et à imaginer leur taxation, beaucoup moins à faire naître les entreprises qui les produisent. L’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance."
par Vincent Bénard dans Contrepoints (IREF) 4 septembre 2026
L’expérience britannique de l’éolien flottant devrait pourtant nous inciter à la prudence : investissements publics lourds, projets difficiles à rentabiliser et recours croissant aux mécanismes de soutien pour rendre artificiellement compétitive une électricité coûteuse. Alors que la France envisage à son tour de développer massivement cette filière, cet article pose une question essentielle : tirerons-nous les leçons de l’expérience britannique avant que les contribuables et les consommateurs ne paient la facture ? Lire l’article de Contrepoints : https://contrepoints.org/eolien-flottant-lechec-anglais-ne-semble-pas-dissuader-le-gouvernement-francais-de-faire-les-memes-couteuses-erreurs/
par Robert Ménard dans Valeurs Actuelles 3 septembre 2026
Face à la montée de l’insécurité et à la banalisation des incivilités, Robert Ménard défend l’idée que l’autorité n’est pas une posture politique, mais une condition indispensable au maintien de l’ordre républicain et de la cohésion sociale. Une tribune qui invite à réfléchir aux conséquences de plusieurs décennies de renoncements. Lire l’article de Robert Ménard dans Valeurs actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/robert-menard-lautorite-nest-pas-une-option-cest-le-socle  Alors que l’insécurité s’enracine et que l’autorité de l’État recule, Robert Ménard, maire de Béziers, appelle à rompre avec des décennies de renoncements. De l’école à la justice, de la lutte contre les trafics à l’exécution des peines, il défend un véritable choc d’autorité pour restaurer l’ordre républicain et garantir à nouveau la sécurité des Français.​​​​ Comme un cancer. Un cancer lent et sournois. Un cancer qu’on refuse de traiter. Plus les années passent, plus le traitement doit être radical, violent, pour qu’on ait une petite chance de s’en sortir… L’insécurité grandissante est ce cancer qui ronge la France depuis des décennies. Elle pourrit tout le corps social. Le diagnostic est effrayant. Nous le connaissons tous. Au sommet, l’ultraviolence : les meurtres, les viols, les règlements de comptes entre narcotrafiquants, le grand banditisme, le terrorisme bien sûr, les violences faites aux femmes et aux enfants. Ces crimes-là nous indignent, nous horrifient, nous révoltent. Et c’est normal. Mais à la base de cette même pyramide, il y a tout le reste. Un océan de violences diffuses , de comportements insupportables, de regards qu’il ne faut pas croiser. Les petites incivilités. Les coups de canif répétés. Les simples coups d’aiguille qui, jour après jour, s’enfoncent dans notre tissu social jusqu’à le déchirer. Le jeune qui insulte le conducteur de bus. Celui qui tague le mur de l’école. Celui qui fume son joint sur le banc public en riant au nez des riverains. Celui qui jette ses détritus à même le trottoir. Celui qui refuse d’enlever les pieds de la tablette dans le train. Celui qui crache par terre, qui hurle la nuit, sans le moindre souci du voisinage. Rien de cela n’est anodin. C’est le terreau. C’est le terreau de l’impunité. Et l’impunité, c’est l’école du crime. On ne reconstruira rien si l’on se contente de frapper en haut. Il faut frapper partout. Un choc d’autorité à tous les niveaux. Sans exception. Sans faiblesse. Sans ces digressions morales qui, depuis trente ou quarante ans, ont transformé la justice en machine à absoudre . Cela commence dès l’école . L’école n’est pas un lieu de négociation permanente. Ce n’est pas un centre social. C’est l’endroit où l’on devrait apprendre le respect, la discipline, la différence entre le permis et le défendu. Quand un élève insulte un professeur, on ne «dialogue » pas. On sanctionne. Quand il frappe un camarade, on ne « comprend » pas. On exclut. Quand il revend de la drogue dans la cour, on n’« accompagne » pas. On le sort et on le met face à ses responsabilités, y compris judiciaires. Ne rien laisser passer. Plus rien. Absolument rien. Il faut aussi cesser de regarder ailleurs sur le trafic de drogue . Le consommateur n’est pas une victime. C’est un acteur, un complice. C’est lui qui alimente les réseaux. C’est lui qui, par ses achats répétés, finance les armes, les voitures de luxe et les villas des caïds. Frapper le consommateur, c’est tarir la source. Amendes dissuasives. Travaux d’intérêt général. Et, pour les récidivistes, de vraies peines. On a trop longtemps fait semblant de croire que la « dépénalisation soft » allait résoudre le problème. Elle l’a aggravé dans des proportions affolantes. Mais tout cela ne servira à rien si l’on n’a pas de place pour enfermer. Or notre pays manque cruellement de places de prison. Alors, il faut en construire. Massivement. Immédiatement. En court-circuitant la bureaucratie nationale et locale qui, depuis des décennies, a transformé chaque projet en parcours du combattant. On a su restaurer Notre-Dame en cinq ans. On a su mobiliser les compétences, les moyens, la volonté politique. Pourquoi serait-il impossible de faire la même chose pour des établissements pénitentiaires ? Parce que certains préfèrent les discours aux actes. Parce que d’aucuns prétendent encore que la prison n’est qu’une fabrique à criminels, en oubliant son rôle essentiel de protection de la société. Parce que d’autres encore ont peur de mécontenter les riverains ou les associations. Mais nous n’avons plus le temps d’avoir peur ! On doit également construire, créer des centres de détention moins sécurisés pour les infractions mineures, pour les peines courtes, pour ceux qui n’ont pas encore basculé dans la grande criminalité. Tu es condamné à trois mois de prison, tu fais trois mois de prison. Et tout de suite. Et puisqu’on manque de places, pourquoi ne pas nouer des partenariats avec nos voisins qui disposent de capacités carcérales excédentaires ? L’Espagne, l’Allemagne, d’autres encore. C’est du bon sens. On paie. On contrôle. On s’assure que les conditions sont dignes. Mais on soulage nos prisons saturées. Et pendant ce temps, on construit chez nous. Je l’ai proposé au chef de l’État. Il a acquiescé. Et depuis, plus rien. Enfin, il y a la question des détenus étrangers en situation irrégulière. Leur place n’est pas dans nos prisons. Leur place est dans leur pays. Sauf exception et avec l’accord de leurs victimes. Pour le reste, on expulse. On cesse de financer l’hébergement de ceux qui n’ont rien à faire ici. On cesse d’engraisser le sentiment d’impunité de ceux qui savent qu’ils peuvent enchaîner les délits sans jamais vraiment craindre le retour au pays. Oui, un choc d’autorité. Pas des mots, des actes. Pas des groupes de travail, des décisions. Pas des plans quinquennaux, des chantiers qui démarrent demain. Parce que chaque jour perdu, c’est un jour de plus où les Français subissent, où les victimes pleurent, où les voyous ricanent. L’autorité n’est pas une option, c’est le socle. Et tant que nous n’aurons pas remis ce socle d’aplomb, du plus petit manquement au plus grand crime, nous n’avancerons pas. Excessif, populiste, dangereux ? Ce qui est excessif, c’est de laisser un pays s’enfoncer dans le chaos sous prétexte de nuance, d’indulgence, de bienveillance mortifère. Ce qui est populiste, c’est de faire croire au peuple que l’on peut vivre ensemble sans règles communes. Ce qui est dangereux, c’est de continuer comme avant. Oui. C’est évident, le traitement de la maladie sera rude, très rude. Il nécessitera un courage hors norme et un effort immense de la part des Français. Dans les têtes. Dans les actes au quotidien. L’avenir se jouera là.
par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/