Démocratie : oui ! Communautarisme : non !

Natacha Gray • 28 octobre 2019

Les dangers de l’offensive islamiste aux municipales


Dans un contexte politique tendu où les uns s’inquiètent de la progression de « l’hydre islamiste » et de ses attaques tous azimuts pour asseoir sa visibilité dans l’espace français, quand d’autres dénoncent la « stigmatisation des musulmans » voire une « islamophobie ambiante », à l’heure où le débat est réactivé suite à l’attaque terroriste à la Préfecture de Paris et à la nouvelle polémique sur le voile, nous recevons la confirmation qu’un parti communautariste, l’UDMF (Union des Démocrates Musulmans de France), conformément à ce qu’il avait annoncé lors des élections européennes, va présenter un certain nombre de listes lors des prochaines municipales. Toulouse n’y fait pas exception , puisque l’on apprenait ces derniers jours que l’UDMF y prépare une liste, la Ville rose étant considérée par les responsables de ce parti comme un terreau propice aux thèses communautaires musulmanes.


En réaction à ce qui, pour beaucoup, constitue une énième provocation des partisans de l’islam politique, un danger, et un nouveau coup de canif dans la laïcité, le sénateur LR Bruno Retailleau, qui travaille à une proposition de loi sur le sujet, demandait courageusement ces derniers jours, rejoint en cela par nombre de personnalités de droite comme de gauche, d’« interdire tout financement public d’un mouvement communautariste qui ne respecterait pas les principes de souveraineté nationale et de laïcité, et prohiber, sous le contrôle du juge administratif, les candidatures et la propagande électorale communautaristes.»

Est-ce légal d’interdire ces listes communautaristes ou, à défaut, souhaitable ? Est-ce seulement possible ? Y a-t-il vraiment lieu de s’inquiéter face à un parti qui a fait 0,13% des suffrages le 26 mai dernier, soit 28 395 voix, et se positionne 27e sur 34 listes ? Ce score modeste est précisément le principal argument de ceux qui ne souhaitent pas voir le débat s’ouvrir sur la légitimité de ces listes. Mais le problème nous semble infiniment plus complexe et les inquiétudes doivent porter à bien plus longue échéance que ces quelques résultats qui ne sont qu’un premier pas dans une stratégie à long terme de partition et d’affrontement, celle de l’islam politique et plus précisément des Frères musulmans.

1. L’UDMF est bien un vecteur de propagation de l’islamisme au sein de nos démocraties.

Une clarification sémantique d’abord. Le choix de Bruno Retailleau, évoquant des listes « communautaristes » et non « communautaires », semble préférable car le suffixe « iste » est celui que l’on emploie pour désigner une activité, une action, voire une offensive, très souvent au service d’un idéal politique (islamiste, communiste, socialiste, gauchiste, populiste…). Le cas qui nous concerne est uniquement celui de partis autoproclamés « musulmans » (en fait islamistes comme nous allons le démontrer), ne s’adressant qu’à une fraction de la population.

Il existe en France plusieurs partis communautaristes musulmans dont Égalité et Justice, Démocratie représentative, Français et musulmans, l’UDMF … Ce dernier, le plus important, a été créé en novembre 2012 par Najib Azergui et compterait aujourd’hui quelques centaines d’adhérents et quelques permanents.


Tous ces partis récusent le qualificatif de communautaristes et s’abritent derrière des éléments de langage, ce qui est typique de la tactique des Frères musulmans qui font toujours semblant, dans un premier temps, de s’accommoder des règles de la démocratie. Ainsi aux Européennes la liste était baptisée "Union pour une Europe au service des peuples", et l’UDMF affirmait sur son site être " non confessionnel, laïc et profondément républicain ", même si le programme comportait un certain nombre d’items sans ambiguïté sur l’électorat visé (voir paragraphe suivant). Mais il est vrai qu’officiellement les candidats tenaient un discours qui relevait plutôt de la rhétorique gauchiste généraliste : combat social, lutte contre la pauvreté, éducation pour tous, désenclavement des quartiers, lutte contre les discriminations et le « racisme d’Etat » (même si la lecture du programme nous apprend que seuls les musulmans seraient les seuls à les subir), souhait que l’Europe impose aux États membres le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales …. Illustration s’il en est de la parenté entre islamisme et extrême gauche (« l’islamo-gauchisme » dénoncé en son temps par Manuel Valls).

Pourtant l’UDMF est bien un parti communautaire, qui ne s’adresse qu’aux musulmans . Car c ette modération dans le langage a été abandonnée dès le lendemain des résultats, apportant la reconnaissance de facto qu’il s’agissait bien d’un parti destiné exclusivement aux musulmans de France. C’est sur Oumma.com que Nabil Azergui remerciait ceux qui avaient mené des " opérations de terrain en plein jeûne de ramadan " et les électeurs qui, par leur vote, avait témoigné d’« une colère grandissante notamment quant à la stigmatisation dont font l’objet les musulmans partout en Europe" et permis de dépasser les " listes antimusulmanes " (comme celle de R. Camus).

Pas de surprise toutefois, sauf pour ceux qui ne connaissent pas le jeu assez fin des Frères musulmans avec la démocratie. Reprenons les principaux éléments du programme qui apparaissaient clairement pour qui se donnait la peine de lire autre chose que ce que les candidats donnaient à entendre sur les plateaux (à savoir un parti vivre-ensembliste, laïc, démocrate, non-confessionnel) : il s’agissait d’« assurer la sécurité des communautés musulmanes européennes », de « combattre l’islamophobie sur le sol européen », de « dissoudre toutes associations ou groupements islamophobes », d’organiser une Europe de la défense qui viendrait militairement en aide aux musulmans de par le monde (Ouïghours, Rohingyas, Gazaouis, Yéménites…), à l’exclusion évidemment d’autres populations « opprimées » qui ne sont jamais mentionnées ; de combattre « l’exploitation régulière des musulmans servis en pâture, partout en Europe, afin d’endosser la responsabilité de l’échec des choix politiques menés au sein de l’UE en matière d’économie, de sécurité ou d’intégration »

Les résultats d’ailleurs (comme pour les autres micro-partis musulmans) aux différentes élections montrent qu’ils obtiennent leurs meilleurs résultats dans des bureaux de vote de quartiers où la population de confession musulmane est surreprésentée . On note également la confession de la majorité des candidats, la présence importante de femmes voilées chez les militantes et les candidates, jusque sur l’affiche officielle de l’UDMF pour les Européennes.


C’est, au-delà, un parti communautariste islamiste qui ne cache pas des projets comme celui de vouloir revenir sur les « lois liberticides » de 2004 et 2010 sur le voile et le niqab et sur l’interdiction des prières de rue. Déjà la rhétorique victimaire (voir ci-dessus), l’emploi du terme « islamophobie » inventé par les Frères musulmans pour faire taire tout débat, le qualificatif d’ « antisioniste » parfaitement assumé (dont on sait qu’il est le faux-nez, pour l’islamo-gauchisme, de l’antisémitisme qui, lui, tombe sous le coup de la loi), le parti pris « anti-colonialiste » (qui évoque le discours racialiste des Indigènes de la République et la volonté de s’opposer à l’ancien colonisateur en jouant sur ce que Kipling nommait « le sanglot de l’homme blanc », i.e. la culpabilité, tout en rejetant la civilisation occidentale), le voile chariatique sur les affiches, font partie de l’arsenal de symboles et des éléments de langage qui ne trompaient guère l’observateur averti. Quant à la volonté affichée à plusieurs reprises d’interdire toute recherche scientifique ou critique sur l’islam, elle signe, peut-être mieux que tout autre signal, l’idéologie politico-religieuse des islamistes. Mohamed Sifaoui, dans son récent ouvrage [1], dénonce d’ailleurs la proximité de l’UDMF avec les Frères musulmans.

D’ailleurs l’UDMF est bien qualifiée de « danger » par les services de renseignements qui y reconnaissent la stratégie de cette organisation tentaculaire dont l’objectif final est, bien évidemment, l’instauration du califat, de la charia, et la destruction de la laïcité. Il en est de même pour les deux autres principaux partis communautaristes : Égalité et Justice, né en 1915, capable de présenter plus de 50 candidats aux législatives de 2017 est considéré comme une filiale du parti islamiste d’ Erdoğan . Quant à Hadama Traoré, le fondateur et tête de liste de Démocratie représentative, présente comme l’UDMF aux élections européennes, rappelons qu’il s’est fait connaître récemment en organisant une manifestation de soutien (interdite) … à Mickaël Harpon, le terroriste de la préfecture de police de Paris.


Prenons le cas de Toulouse . Taoufik Mhamdi, originaire du Mirail-Bellefontaine, très actif au sein de l’UDMF, travaille paraît-il à la constitution d’une liste pour les Municipales. Comme on l’a dit, une très forte proportion d’immigrés de confession musulmane et la radicalisation croissante de certains quartiers où l’islam politique progresse rapidement (comme en témoigne visuellement la prolifération des tenues chariatiques dans l’espace public) laisse espérer un vote massif permettant même de se maintenir au second tour et de faire pression sur les autres candidats. Ajoutons que l’UDMF entretient un contentieux avec Jean-Luc Moudenc : en 2016, suite à un discours du maire de Toulouse dénonçant les dangers du « nazislamisme » [2] lors des cérémonies célébrant le 72e anniversaire de la libération de Toulouse, le fondateur de l’UDMF avait répliqué dans Oumma.com en comparant la situation des musulmans contemporains à celle des Juifs sous Vichy ! Néanmoins le mouvement semble pour l’instant manquer de financements pour soutenir la prochaine campagne et gagner en notoriété, c’est pourquoi les avis sont partagés quant à la possibilité de percer réellement et de constituer une force capable de peser sur les autres candidats entre les deux tours. Mais intéressons-nous au parcours du leader toulousain de l’UDMF : cet ancien agent de sécurité à l’aéroport Toulouse-Blagnac a été licencié en avril 2016 « pour cause sérieuse et réelle ». Ajoutons qu’une perquisition avait été menée à son domicile, 5 mois auparavant, en novembre 2015, dans le cadre de l’état d’urgence, 11 jours après les attentats du Bataclan. Sans suite judiciaire toutefois. Aujourd’hui à son compte, il est considéré, par les services de renseignement, comme proche de la confrérie des Frères Musulmans, en raison de « faits objectifs établissant une proximité », même si lui s’en défend : « qui nous prouve que nous avons des liens avec ce parti qui se trouve à plus de 3500 km de Paris ? » déclare-t-il à France 3 Occitanie qui l’interrogeait à ce sujet. Argument bien faible à l’heure des réseaux sociaux et des financements à distance.



2. Faut-il s’en inquiéter ?

Si l’on en croit un certain nombre de commentateurs, politiques ou sur les médias, ce serait un non-sujet compte tenu de la faiblesse des résultats aux dernières élections européennes. Rappelons que l’UDMF c’est « moins de 29000 voix pour la France entière », comme aiment à le dire d’un air consterné les journalistes aux invités qui s’inquiètent de la prolifération des listes présentées par ce parti aux prochaines municipales. Ajoutons que « Démocratie représentative » est aussi parmi les dernières avec 0,01% des voix et qu’Egalité et Justice n’avait obtenu qu’1% des voix aux législatives de 2017.

Mais ses résultats cachent de profondes inégalités géographiques car ces listes ont pu faire des scores remarquables ( et cela d’autant plus que les électeurs devaient imprimer leurs bulletins) dans certains quartiers où ces partis ont fait campagne, ceux où existe une importante communauté musulmane gagnée par le radicalisme et le séparatisme religieux , où ils concurrencent des listes d’envergure nationale . Ces résultats sont à la fois, en ce sens, les symptômes d’un communautarisme ethnique et religieux et les vecteurs insidieux de sa propagation. Ainsi, en banlieue parisienne, l’UDMF a plusieurs fois dépassé les 5 % et régulièrement les 6% (7,43% à Garges-Lès-Gonesses où le parti termine en quatrième position et même devant les LR, le PS, EELV; 6,77% à Mantes-la-Jolie dont 16,74% dans le quartier du Val-Fourré, plus de 6% à La Courneuve…). Il en est de même dans le Nord, avec par exemple 6,10% à Maubeuge, dont plus de 40% dans un quartier de la ville. On pourrait ici multiplier les exemples et égrener des noms trop souvent synonymes dans l’actualité de zones de non-droit, territoires perdus de la République, où l’on retrouve le cocktail explosif des trafics en tous genres, de la propagande islamiste, des violences contre la police…

Oui il faut s’en inquiéter, car cette stratégie d’occupation de l’espace public et entrisme dans les équipes municipales, départementales, régionales, participe de la politique des petits pas que connaissent bien tous ceux qui ont eu à étudier, fréquenter, écouter des représentants de la confrérie des Frères musulmans, dont les services de renseignement qui l’observent et l’ont mise en évidence depuis longtemps. Comme autrefois le FIS en Algérie, comme en Égypte sous la houlette du l’ancien président Morsi, comme Ennahda en Tunisie, comme Musulmans de France (l’ancienne UOIF, qu’ils ont noyautée), les Frères musulmans font semblant d’accepter le jeu de la démocratie et les lois de la République, que pourtant ils méprisent, rejettent et combattent, pour arriver légalement au pouvoir. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas. C’est ce qui les oppose aux salafistes, car ils n’utilisent pas la violence ni le terrorisme (du moins directement car ils ont toujours une armée de l’ombre, qu'ils inspirent et protègent quand ils arrivent au pouvoir). Contrairement à nombre de nos politiques, ils intègrent le temps long dans leurs stratégies : l’objectif final reste l’islamisation des sociétés occidentales et l’établissement de la charia mais ils savent que cela passera par nombre de compromissions, par la voie légale et, judiciarisant tout, par le retournement des faiblesses de nos démocraties contre elles-mêmes. Ils investissent donc l’espace public, font de l’entrisme dans tous les secteurs-clés (éducation, transports, justice, armées et police, médias…) et dans le monde politique via les élections, habituent les citoyens à l’omniprésence de l’islam politique par des symboles visuels récurrents ou l’envahissement de la sphère médiatique (victimisation ou réactions aux provocations généralement volontaires). Le succès du mot « islamophobie », créé de toutes pièces par ces minorités qui jouent sur la culpabilisation des sociétés anciennement coloniales, est une constante dans leurs revendications. Ils sont ceux que les socialistes français (Fabius notamment) ont qualifiés « d’islamistes modéré », oxymore (puisqu’ils défendent précisément une théocratie où la loi divine, liberticide et misogyne, prime sur celle des hommes) qu’ils se sont empressés de reprendre à leur compte.

Si l’on reprend l’exemple des pays du Maghreb, nos compatriotes musulmans qui ont souffert de l’islamisme sur place rappellent que la stratégie des petits pas commence toujours ainsi : en Algérie laïque, les islamistes ont ainsi réclamé le retour du voile pour quelques-unes, au nom de la lutte contre les discriminations et de la liberté de conscience. Puis, lorsqu’il eût gagné du terrain, la pression fut de plus en plus forte pour que toutes les femmes musulmanes le portent, traitées alors de mauvaises musulmanes en cas de résistance à l’enfoulardisation, puis cette exigence de cette police des mœurs gagna l’ensemble des femmes, désormais persécutées en cas de refus. Après avoir composé pendant des années avec la démocratie, le Front Islamique du Salut, devenu majoritaire en 1990 à l’Assemblée, fit aussitôt tomber le masque, plongeant en réaction le pays désormais divisé en deux camps dans des années de guerre civile meurtrière. Rappelons de même que les Frères musulmans en Égypte, à peine élus de manière démocratique et sur des mensonges, s’engagèrent à établir la charia, les promesses (hier démocratiques) n’engageant que ceux qui les croient : seule la réaction d’un peuple gagné depuis Nasser à la laïcité (17 millions d’Egyptiens dans les rues du Caire lors d’une manifestation monstre et l’appel à l’armée) les fit reculer. En Tunisie des mois de manifestations dans les rues et de sit-in devant l’Assemblée, jour et nuit, entravèrent les projets totalitaires d’Ennahda qui ne cachait plus les mêmes objectifs. On pourrait également prendre l’exemple du parti d’ Erdoğan , l’AKP, présenté pendant des années par les Européens comme la preuve que l’islamisme « modéré » pouvait s’accommoder de la démocratie et dont on sait ce qu’il advient aujourd’hui.

Il faut donc bien avoir en tête que la stratégie des Frères musulmans est de créer des communautés qui vont entrer en concurrence et que l’objectif final est de voir celle des islamistes dominer. Et qu’eux, à l’inverse de notre société de l’immédiateté, se donnent le temps d’atteindre leur objectif, ce temps long dont ils ont une toute autre perception.


Cette stratégie des petits pas s’illustre déjà en France dans plusieurs domaines, dont celui de la politique qui nous intéresse ici. On voit ainsi l’UDMF pointer le bout de son nez en 2015 pour les élections départementales (la plupart des candidatures sont invalidées) ; puis revenir pour les Européennes (où une signature oubliée au moment du dépôt -volontairement ?- lui permet d’être la dernière liste validée in extremis par le ministère de l’Intérieur, ce qui lui fait une publicité inespérée). Considérant que les résultats sont déjà très encourageants, Nejib Azergui annonce aussitôt de nombreuses listes aux Municipales et dit espérer avoir un jour les 500 signatures nécessaires pour participer à une présidentielle . Pour cela, il faut investir les collectivités locales , ou un certain nombre de ces partis communautaires (comme Français et Musulmans) comptent déjà un certain nombre de conseillers municipaux en région parisienne (sur des listes diverses droites ou divers gauche). Le fondateur de l’UDMF s’est d’ailleurs allié à l’UDI à Bobigny pour les dernières municipales.

L’exemple de nos voisins européens devrait pourtant nous ouvrir les yeux sur le danger des listes se réclamant de l’islam.

Aux Pays Bas, le parti Nida , a obtenu deux sièges au conseil municipal de Rotterdam (où les musulmans représentent 20% de la population), rejoignant un autre parti communautariste musulman, financé par la Turquie (Denk) et qui a remporté un total de 24 sièges dans 13 villes néerlandaises, dont trois à Amsterdam et trois à Rotterdam. Les exigences de ces partis sont grosso modo comparables à celles qui sont exprimées par l’UDMF si ce n’est qu’ils n’hésitent pas à promouvoir un développement séparé des communautés. Si en Allemagne, « l’Alliance pour l’innovation et la justice » (BIG), lobby ouvertement pro- Erdoğan , n’a obtenu jusqu’à présent que des scores assez faibles (inférieurs à 1%), la situation est plus grave en Belgique. Dès 2012, s’est présenté aux élections le parti ISLAM («Intégrité, Solidarité, Liberté, Authenticité, Moralité») dont le programme se bornait apparemment à défendre une meilleure intégration des musulmans : obtenant deux élus et autour de 2% dans la région de Bruxelles, le parti a aussitôt tombé le masque et changé son discours pour faire … la promotion de la charia.

Il faut s’en inquiéter, enfin, car même avec des résultats modiques, ces élus dans les conseils, ou le poids représenté par ces listes entre deux tours, peuvent pousser un certain nombre de candidats à des alliances contre nature et à l’électoralisme le plus racoleur . Sans compter que tout ce qui donne aux propagandistes de l’islam radical une visibilité et une tribune, et bien évidemment une occasion de se victimiser, est à proscrire par tous les moyens possibles.


3. Peut-on interdire les listes communautaristes ?

A priori non, rien dans la loi actuelle ne le permet. Dans l’exemple belge ci-dessus, malgré les réactions virulentes, une pétition en ligne, l’action des élus, ce fut impossible. En France, en droit électoral, la liberté d’expression l’emporte sur tout. Ce qui explique que nombre de listes communautaires (chasseurs et pêcheurs, royalistes, listes corses, bretonnes, basques) aient pu se présenter, élection après élection. Il est vrai que leur cas n’a jamais été vraiment discuté, bien que défendant les intérêts d’une partie de la population, leurs programmes ne mettant pas en péril notre système démocratique ou n’entrant pas en contradiction avec lui.

Mais que ces listes soient légales ne signifient pas nécessairement qu’elles soient souhaitables : nous avons vu que le programme des partis musulmans relève de l’islamisme, c’est-à-dire d’un totalitarisme politico-religieux et d’une volonté d’affrontement entre les communautés. Il faut donc trouver des parades pour entraver cet entrisme islamiste au sein des conseils municipaux.


Les musulmans (ou plus exactement les islamistes, car le projet politique de ces listes ne fait pas illusion comme on l’a vu plus haut) rétorquent qu’il existe bien des partis qui se réclament du christianisme et que l’interdiction serait donc une discrimination. Il en fut ainsi, dans l’Histoire récente, des partis qui relevaient de la démocratie chrétienne, le MRP (Mouvement républicain populaire), le CDS (Centre des démocrates sociaux), le FRS (Forum des Républicains sociaux) devenu en 2009 le PCD (Parti Chrétien démocrate). Il en est de même Outre-Rhin avec les chrétiens démocrates de la CDU-CSU. Sur le fond, évidemment, comparaison n’est pas raison. Tous ces partis sont non-confessionnels, restent dans un cadre national, ne visent aucunement la satisfaction de la communauté des chrétiens et ne se sont jamais réfugiés dans une logique de victimisation. La référence chrétienne est seulement liée à des valeurs et bien évidemment à l’Histoire de la France, longtemps « fille aînée de l’Eglise ». Que l’on soit croyant ou non, les valeurs portées par le christianisme ont profondément marqué notre identité, comme l’islam définit celle de pays où il reste généralement religion d’État (même dans la moderne Constitution de la Tunisie). En d’autres termes les partis dits « chrétiens » ne heurtent évidemment pas les fondamentaux de notre contrat social, de la même façon que la religion chrétienne a, depuis longtemps, fait la preuve de sa capacité à s’insérer dans le débat démocratique et à se situer dans une logique de respect et de promotion de notre démocratie. Comme l’écrit pertinemment Céline Pina dans Le Figaro, c’est même une position radicalement opposée à celle des islamistes puisque si « les chrétiens-démocrates s’inspirent des valeurs chrétiennes au bénéfice de tous, les démocrates musulmans consacrent leurs efforts à la défense des musulmans au détriment de l’ensemble ». Cela étant dit, il est évident que l’on ne peut critiquer la mention confessionnelle « musulman » dans le nom de la liste ou du parti sans se voir rétorquer qu’il s’agit d’une énième discrimination antimusulmane tant qu’il existe un parti chrétien démocrate autorisé.


4. Alors que faire ?

La première parade se place au moment du dépôt de candidature de ces listes, ce qui suppose évidemment que les préfectures ne se contentent plus d’examiner la légalité des listes sur le plan formel et administratif mais évidemment que des commissions ad hoc puissent statuer sur le fond en y traquant tout ce qui est anti-républicain. Il s’agirait d’identifier et de dénoncer tout ce qui est incompatible avec notre Constitution (bien qu’il s’agisse évidemment avant tout d’attaques programmées contre la laïcité et la civilisation européenne, ce qui est plus difficile à prouver). Car il est évident que ces mouvements politiques n’ont aucune compatibilité avec notre système politique et notre échelle de valeurs, notamment en faisant la promotion, dans leurs programmes, de revendications faisant prévaloir la loi religieuse sur celles de la République. Le projet de loi proposée par le sénateur Retailleau, englobant de façon indifférenciée tous les partis que l’on peut qualifier de communautaires (sur une base confessionnelle ou non), permettrait donc à la fois de ne pas utiliser de financement public pour des intérêts particuliers (ce qui, au-delà du cas des listes islamistes, semble relever du bon sens même, le contribuable n’ayant pas à financer des intérêts catégoriels, même honorables, et a fortiori ceux qui vont contre ses propres intérêts) mais surtout d’interdire des listes dont le programme entrerait en contradiction avec les lois et valeurs de la République. Ceci dit, on peut faire confiance aux Frères musulmans et affidés pour avancer habilement masqués dans la présentation de leurs programmes afin de ne pas tomber d’amblée sous le coup de la loi.

On peut bien évidemment décider d’interdire purement et simplement les listes communautaires explicitement religieuses au nom de la laïcité. Tous les sondages montrent qu’une écrasante majorité de Français y sont favorables, tous bords confondus. Cela pénaliserait, entre autres, des partis se réclamant du christianisme dont les valeurs ne sont évidemment pas en contradiction avec la Constitution. Mais cela aurait l’avantage d’éviter l’inévitable victimisation des listes musulmanes qui hurleront, sinon, à la discrimination à la moindre interdiction. Toujours sur le plan juridique, cela supposerait de définir clairement ce que l’on entend par liste communautaire ou confessionnelle. Néanmoins, même en enlevant le mot « musulman » du nom des partis, il est probable que leurs électeurs les reconnaîtraient au travers d’éléments de langage, même choisis avec soin pour ne pas tomber sous le coup d’une interdiction (discriminations, antisionisme, racisme d’Etat…). En outre cela reviendrait à ne pas nommer l’ennemi, ce qui revient à ne pas le combattre . Car le fait est que tous les communautarismes ne nous attaquent pas. Un seul a pour projet de détruire les fondements de la République de la démocratie et les valeurs fondamentales de la France et, au-delà , de l’Occident : l’islam politique, qu’il soit celui du wahhabisme ou des Frères musulmans.

Le problème dépasse évidemment la simple question des listes communautaristes, et supposerait qu’en parallèle soit enfin posée la question de ce que doit être l’islam de France , de ce qu’il nous est possible de tolérer, ou pas, ce fameux débat que le Président de la République, comme son Premier ministre, ne cessent de différer : interdiction du voile de type chariatique dans l’espace public ; interdiction de tout mode de propagation du salafisme ou de l’idéologie des Frères musulmans sur notre territoire (et donc définition précise de ce qui caractérise la propagande de l’islam politique), classement des Frères musulmans parmi les sectes comme aux États-Unis, ce qui est d’ailleurs la manière dont le confrérie est considérée par tous les musulmans (de foi ou sociologiques) laïcs et démocrates sur notre territoire et dans leur propre pays. Rappelons que Philippe Bas, le président de la commission des lois au Sénat, avait proposé que soit inscrit dans la Constitution le principe que « nul ne puisse se prévaloir de son appartenance ethnique ou religieuse pour se soustraire à la règle commune ».

Avant l’élection , à défaut de pouvoir interdire ces listes (ou, si on les interdit, pour couper court à la victimisation), le combat doit rester politique et pédagogique. Il faut interroger les candidats sur les questions qui fâchent (égalité homme/femme par exemple), les pousser dans leurs retranchements afin qu’ils se dévoilent, expliquer que ce parti est islamiste et ne concerne pas tous les musulmans ; il faut sans relâche faire comprendre à ceux qui sont intégrés, respectueux des lois de la République et du mode de vie français, pratiquant un islam personnel, moderne et ouvert, souvent engagés eux-mêmes contre l’islam politique, qu’ils ne doivent en aucun cas se laisser convaincre par une rhétorique identitaire apparemment « soft » car elle est le premier pas d’une adhésion, par habitude et imprégnation, au modèle théocratique de la charia. L’effort pédagogique suppose également, enfin, de nommer précisément l’ennemi , le communautarisme et le séparatisme islamistes, bref l’islam politique, fondé sur une lecture littérale du Coran, ce que se refuse à faire clairement, pour l’instant, le Président de la République.

Après l’élection, la vigilance est de rigueur , suivie de sanctions. Déjà la loi, dans son état actuel, peut suffire à sanctionner, au nom de la laïcité, ou plus généralement au nom de la Constitution, tout représentant de la fonction publique ou agent de l’Etat qui rompt l’obligation de neutralité car devant appliquer, sans aucune discrimination possible, les lois de la République, il ne peut sous aucun prétexte afficher une quelconque préférence religieuse. Sont évidemment concernés par extension un maire ou un conseiller municipal, rémunérés sur fonds publics. L’exemple belge nous donne aussi quelques pistes : beaucoup, dès avril 2018, ont pointé certains points du programme du parti ISLAM qui appelait sans complexe à l’introduction de la charia, de séparer hommes et femmes dans les transports publics, pendant que son leader (Redouane Ahrouch) refusait de se faire maquiller par une femme, de serrer la main des candidates. Plusieurs plaintes ont été déposées et le tribunal de Bruxelles l’a condamné en avril 2019 à six mois de prison pour s’être rendu coupable de discrimination envers des femmes et à des dommages et intérêts pour les plaignantes. Les réactions fermes de la part des femmes discriminées (dont une journaliste) et de la Justice ont donc ouvert les yeux de bien des musulmans non islamistes sur les intentions de ce parti qui se prétendait, comme tous ceux du même genre, démocrate et laïc. Aux Pays-Bas, de la même manière, suite à des dérapages ultérieurs systématiquement pointés et sanctionnés par les partisans de la laïcité et de la démocratie, le parti Nida a perdu ses deux sièges au conseil municipal de Rotterdam.

Cela suppose de cesser toute culpabilisation face à la victimisation inévitable , de répondre argument après argument comme l’ont fait les Belges et les Néerlandais. On en est encore loin en France. Il est évident que toute tentative d’interdire ou de mettre en cause les listes communautaristes islamistes (islamistes car elles ne représentent que le modèle de société prôné par les littéralistes, et en aucun cas les objectifs et les valeurs de tous les musulmans) se heurtera à la tactique déjà rôdée des tenants de l’islam politique qu’Alexandre Del Valle a résumée par la trilogie : provocation-victimisation-médiatisation . Il faut donc prendre garde de rester scrupuleusement dans le cadre du droit, de la Constitution, des obligations liées aux lois sur la laïcité. Et faire évoluer nos lois dans les directions ci-dessus exposées.

Enfin il revient aux candidats de ne pas s’allier , que ce soit directement ou entre deux tours, à l’UDMF ou tout autre parti communautariste musulman, mais il est surtout de la responsabilité des électeurs de refuser leurs suffrages à quiconque conclura une alliance électorale avec les ennemis de la République. Rappelons à cette occasion le clientélisme imprudent de l’UDI : l’UDMF a obtenu son premier conseil municipal à Bobigny (où l’UDMF a obtenu un score vingt fois supérieur à son score national aux Européennes), dans l’équipe du maire Stéphane de Paoli. De même Nizarr Bourchada, fondateur de Français et Musulmans, tête de liste de l’UDMF aux régionales en Ile-de-France, vient du même parti centriste, tout comme d’autres responsables de ces mouvements musulmans, illustrant la porosité entre l’UDI et les militants islamistes.

Interdire les listes UDMF est souhaitable, mais à l’heure actuelle n’est malheureusement pas légal. Le projet de loi Retailleau donnerait des armes à la démocratie contre ses ennemis qui utilisent désormais des voies légales pour la combattre de l’intérieur. Il faut désormais, au-delà, oser clairement nommer cet ennemi : le problème, ce ne sont pas les listes communautaires en général, mais les listes dites musulmanes, qui sont les chevaux de Troie de l’islamisme . Dans l’attente d’une clarification législative, le remède ne peut être que politique avant d’être juridique : vigilance et pédagogie, fixation sans ambiguïté puis rappel régulier des limites à ne pas dépasser, qui sont celles de la Constitution, volonté de ne plus céder au chantage de la victimisation, décomplexion face à l’accusation d’ « islamophobie », refus d’alliances quel qu’en soit le prix électoral et, pour l’électeur, qui doit prendre ses responsabilités, sanction immédiate des listes qui franchiraient cette ligne rouge.



[1] Taqiyya ! Comment les Frères musulmans veulent infiltrer la France , l’Observatoire, septembre 2019

[2] « Le terrorisme et la barbarie nous ont frappés et nous frappent encore… Notre premier devoir est de nommer le mal. Ceux qui préfèrent édulcorer la réalité se contentent de parler de « terrorisme » et de « barbarie », évitant soigneusement de désigner l’idéologie qui les inspire. C’est comme si, derrière Vichy, on avait ignoré qu’il y avait « Mein Kampf »… Ce mal c’est le « nazislamisme » … » ( https://www.infos-toulouse.fr/2016/09/16/nazislamisme-les-propos-de-jean-luc-moudenc-emeuvent-la-communaute-musulmane/ )




par Eloi Passot (Le Figaro) 7 septembre 2026
Depuis plusieurs décennies, le Conseil constitutionnel a progressivement élargi son rôle, jusqu’à devenir un acteur majeur du contrôle de l’action du législateur. Cette évolution pose une question fondamentale sur l’équilibre entre souveraineté populaire, État de droit et pouvoir des juges . Un article du Figaro particulièrement intéressant pour comprendre comment nous sommes passés d’un Conseil conçu comme un « chien de garde » de la Constitution à une institution capable de peser directement sur les choix politiques de la Nation. https://www.lefigaro.fr/politique/de-la-souverainete-populaire-au-gouvernement-des-juges-comment-le-conseil-constitutionnel-a-etendu-son-pouvoir-20260906  Partisan d’une réforme de la loi fondamentale, Bruno Retailleau (LR) souhaite «donner le dernier mot» au peuple en cas de censure du Conseil constitutionnel. Bruno Retailleau ne le nomme que trois fois. Pourtant, c’est bien le Conseil constitutionnel que cible le patron des Républicains (LR) dans le projet de réforme constitutionnelle qu’il a présenté dans les colonnes du Figaro . Le candidat LR à la présidentielle souhaite d’une part élargir le périmètre de l’article 11, pour qu’un référendum puisse être convoqué sur n’importe quelle loi. D’autre part, il propose de «donner le dernier mot au peuple» pour que celui-ci puisse valider, en dernier ressort, une loi censurée par les Sages de la rue de Montpensier . La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui s’est dite «totalement opposée» à ce projet , ne s’y est pas trompée. «Depuis des mois et des mois, certains hommes ou femmes politiques attaquent le Conseil constitutionnel et notre Constitution» mais celle-ci est «notre bien le plus précieux», a-t-elle déclaré. Un débat technique, qui peut sembler fort éloigné des préoccupations des Français. C’est pourtant la puissance du législateur et du peuple souverain qui sont en jeu, notamment sur la très sensible et omniprésente question migratoire. Car au fil des années, le Conseil constitutionnel a encadré l’action du législateur par une jurisprudence toujours plus abondante, sur ce domaine en particulier. «Aucune révision majeure en la matière ne peut faire aujourd’hui l’économie d’une réforme constitutionnelle», souligne derechef Guillaume Drago, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas. Cette question de l’équilibre entre le juge et le législateur ne manquera pas de se poser tout au long de la campagne présidentielle. Et pour cause, depuis sa création, le Conseil constitutionnel a continuellement élargi, de lui-même, ses propres prérogatives. Michel Debré, le père de la Constitution de 1958, ne voit pourtant à l’époque dans cette institution qu’une «arme contre la déviation parlementaire». Fermement opposé à un régime d’Assemblée, où le Parlement serait tout-puissant, le gaulliste entend organiser un parlementarisme rationalisé. Le texte de la Constitution distingue clairement ce qui relève du domaine de la loi et du parlement (article 34) de ce qui relève du domaine du règlement et de l’exécutif (article 37). «Les constituants de 1958 n’ont jamais voulu que le Conseil constitutionnel contrôle le contenu des lois, mais seulement le respect par le parlement des règles de compétence et de procédure», souligne Anne-Marie le Pourhiet, professeur émérite en droit public à l’université de Rennes. Michel Debré parle même d’un «canon braqué vers le Parlement». Le «coup d’État de droit» Le 16 juillet 1971 marque pourtant le début d’une nouvelle ère. Treize ans seulement après sa création, le Conseil constitutionnel rend une décision historique dans laquelle il donne une valeur constitutionnelle à la liberté d’association. Désormais, non seulement le juge constitutionnel contrôle, sur le fond, la conformité de la loi à la Constitution. Mais contre la volonté des pères de la Constitution, il donne pleine valeur constitutionnelle aux deux textes très généraux et utopiques qui forment son préambule, la fameuse Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946. C’est la naissance du «bloc de constitutionnalité», auquel sera ajoutée, après la réforme de 2005, la charte de l’environnement. C’est un véritable «coup d’État de droit», selon la formule du juriste Olivier Cayla. Le Conseil n’est plus le garant des rapports entre l’exécutif et le Parlement. Il s’autoproclame le protecteur des droits et des libertés fondamentales. «Ces cours suprêmes très puissantes existent dans de nombreux pays», rappelle Guillaume Drago. «On pourrait citer l’Italie, l’Allemagne, et bien sûr les États-Unis. Tout se passe comme si le Conseil français avait voulu imiter ces modèles étrangers. Mais la bascule est très brutale : elle s’opère moins de quinze ans après sa création.» Dès 1921, l’ouvrage d’Étienne Lambert, Le Gouvernement des juges, avait eu un fort retentissement dans l’opinion française : l’auteur y démontrait la toute-puissance de la Cour suprême américaine. Outre-atlantique, loin de se contenter d’être la «bouche de la loi», selon le mot de Montesquieu, le juge constitutionnel est créateur de droit. Plus étonnant encore, le constituant valide ce coup d’État jurisprudentiel et ce changement de nature du Conseil constitutionnel lors de la réforme constitutionnelle de 1974, voulue par Valéry Giscard d’Estaing. Jusqu’ici réservée aux «quatre grands» - président de la République, premier ministre, président du Sénat, président de l’Assemblée nationale - la saisine des Sages est étendue à 60 députés ou 60 sénateurs. L’opposition peut désormais retourner le «canon» vers l’exécutif en demandant la censure de ses projets de loi. Dans les années suivantes, le Conseil constitutionnel va développer une jurisprudence considérable, interprétant librement telle ou telle partie du bloc de constitutionnalité. Le professeur Guillaume Drago retient trois décisions historiques. En 1982, l’opposition saisit les Sages de la rue de Montpensier contre la grande loi de nationalisation (loi du 13 février 1982) voulue par François Mitterrand. Le Conseil reconnaît alors pleine valeur constitutionnelle au droit de propriété, inscrit dans la DDHC, et censure les dispositions du texte concernant le calcul de l’indemnisation des groupes concernés. Le Parlement est forcé de revoir sa copie pour obtenir la validation du Conseil sur ce point. Les étrangers en France, un régime constitutionnel très protecteur «Cette décision a secoué drôlement la classe politique», rappelle Guillaume Drago. «Même si le Conseil ne censure qu’une petite partie du texte, il fait la démonstration qu’il est en capacité de mettre un coup d’arrêt à la politique de l’exécutif, même lorsque celui-ci met en œuvre une politique sur laquelle le président de la République vient d’être élu au suffrage universel.» Le traité de Maastricht, qui fonde l’Union européenne en 1992, est aussi une étape majeure. En 1992, François Mitterrand saisit les Sages sur la compatibilité du traité avec la Constitution. Ces derniers valident le transfert de certaines compétences ayant trait à la souveraineté nationale mais en censurent d’autres, notamment le transfert de la politique monétaire à une Banque centrale européenne indépendante en matière de politique monétaire, ainsi que les modalités de passage à la monnaie unique. L’adoption du traité nécessitera une loi de réforme de la Constitution, avant d’être validée par référendum. Le Conseil consacre surtout un critère central en matière de droit européen : le transfert de compétences n’est inconstitutionnel que s’il affecte «les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale». Une expression volontairement souple, qui lui laisse en réalité toute latitude pour valider les étapes suivantes de la construction européenne. «En définitive, le Conseil constitutionnel n’exerce qu’un contrôle très limité sur le droit européen», résume Guillaume Drago. La troisième décision majeure date du 13 août 1993 et porte sur la loi immigration défendue par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Le Conseil constitutionnel dégage deux nouveaux principes à valeur constitutionnelle : le droit à mener une vie familiale normale et la liberté du mariage. Il réaffirme en outre vigoureusement la constitutionnalité du droit d’asile. «Le juge constitutionnel dégage un véritable droit de l’entrée et du séjour des étrangers en France», explique Guillaume Drago. «À cause ou grâce à cette décision et à ses suites, selon le point de vue duquel on se place, les étrangers bénéficient en France d’un régime constitutionnel extraordinairement protecteur.» 2008 : pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel Cette montée en puissance progressive du Conseil constitutionnel trouve son apogée avec la réforme constitutionnelle de 2008 de Nicolas Sarkozy. Avec la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), chaque justiciable peut désormais saisir lui-même le Conseil pour qu’il vérifie la constitutionnalité d’une loi qui lui serait opposée en violation éventuelle de la Constitution. Pour la première fois, les Sages peuvent contrôler - et, le cas échéant, censurer - un texte a posteriori. «Le président Sarkozy confirme ainsi les pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel», estime Anne-Marie Le Pourhiet. «La logique est la même, cette fois vis-à-vis de la CJUE, avec la ratification du traité de Lisbonne. Le parti de Bruno Retailleau est à l’origine (après l’UDF de Giscard) des pires abandons de la souveraineté du peuple français», ajoute la juriste. L’on pourrait citer de nombreux exemples du resserrement de l’étau du Conseil, notamment en matière d’immigration. Le 6 juillet 2018, sous Laurent Fabius, les Sages élèvent la «fraternité», terme de la devise de la France, en principe constitutionnel, écartant la possibilité d’un retour du délit d’aide au séjour irrégulier. Il n’est pas rare qu’il tranche non sur le fond, mais sur la forme, pour mieux esquiver les procès en idéologie. Ainsi de la loi immigration de 2024, ramenée à sa version macroniste d’origine par le Conseil. Regroupement familial, droit de séjour des étudiants étrangers, prestations sociales, rétablissement du délit de séjour irrégulier... Ces tours de vis voulus par la droite sont censurés, au prétexte qu’ils n’avaient pas de rapport avec le projet de loi immigration d’origine (les fameux «cavaliers législatifs»). Plus sa jurisprudence s’étend, plus le Conseil constitutionnel encadre la marge de manœuvre du législateur. La tension entre les deux ne pouvait ainsi que s’accroître, ce dernier dénonçant un «gouvernement des juges». En 2027, comme en 2022, l’expression est dans la bouche de tous les partis de droite, de LR à Reconquête! en passant par l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement national (RN), qui souhaitent unanimement réformer la Constitution. Bruno Retailleau ne cible pas l’article 11 de la Constitution par hasard. Sa rédaction actuelle prévoit qu’un référendum peut être convoqué pour tout «projet de loi» portant sur «l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent». Le lit de justice constitutionnel Le Conseil constitutionnel s’interdit de contrôler un texte adopté directement par le peuple souverain. Il s’autorise, en revanche, à contrôler le décret de convocation d’un référendum. Dès lors, un président qui convoquerait le peuple aux urnes sur la base de l’article 11, au sujet d’un texte qui concernerait la sécurité, l’immigration, pourrait tout à fait se voir infliger un camouflet par le Conseil qui invaliderait son décret de convocation. D’où la volonté de Bruno Retailleau d’étendre le champ de l’article 11 «à l’ensemble du domaine de la loi». «Cette proposition n’est pas nouvelle. Beaucoup de constitutionnalistes plaident pour cette réforme. La rédaction actuelle est presque une malfaçon. Il n’y a pas de raison de limiter l’expression de la volonté souveraine du peuple à certains textes.» L’idée de laisser au peuple le dernier mot en cas de censure du Conseil constitutionnel, elle aussi, a déjà été débattue par le passé. Le grand juriste Georges Vedel parlait du «lit de justice constitutionnel». «C’est une référence à l’Ancien Régime», explique Guillaume Drago. «Lorsque le parlement de Paris (les juges de l’Ancien Régime - NDLR) refusait d’enregistrer des actes royaux, le roi s’y rendait et s’asseyait sur une espèce de banquette, un lit, en majesté. Il obligeait alors le parlement à enregistrer l’acte royal. L’expression s’est développée comme la possibilité pour une autorité de venir imposer son point de vue à une autorité judiciaire.»
par Olivier Babeau (Valeurs Actuelles) 5 septembre 2026
" Une étude sur 7000 ultrariches révèle un basculement inédit : un quart des fortunes sont héritées, contre la moitié au début des années 2000. La France devrait apprendre à les faire naître plutôt qu’à les punir. " Une tribune de Olivier Babeau à lire dans Valeurs Actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/economie/olivier-babeau-les-milliardaires-sont-de-moins-en-moins-des-heritiers "Le milliardaire est devenu le méchant idéal de notre époque. Il est assez rare pour que presque personne ne se sente personnellement visé, assez riche pour que toute attaque contre lui paraisse indolore, assez spectaculaire, enfin, pour fournir une explication simple à toutes nos difficultés. Si la vie est chère, si les services publics fonctionnent mal, si les classes moyennes se sentent déclassées, ce serait parce qu’une poignée d’individus aurait accaparé une part excessive du gâteau. La fortune des uns serait nécessairement le manque des autres. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Cette vision est aussi séduisante que fausse. L’économie n’est pas un banquet où quelques convives trop voraces condamneraient les autres à la faim. La richesse se crée. Et les grandes fortunes contemporaines sont de plus en plus souvent la récompense, certes vertigineuse, d’une création de valeur qui l’est tout autant. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Une vaste étude de The Economist recensant 7 000 milliardaires sur vingt-cinq ans met en lumière une évolution remarquable. Pour la première fois, la moitié de la richesse mondiale des milliardaires provient d’entrepreneurs self made et actifs dans des secteurs concurrentiels. Dans le même temps, la part des fortunes héritées, proche de 50 % au début des années 2000, est tombée autour de 25 %. Le club des ultrariches ressemble donc de moins en moins à une assemblée d’héritiers assoupis sur un patrimoine ancien et de plus en plus à une réunion de bâtisseurs. Le phénomène dépasse largement la Silicon Valley. Peggy Cherng a bâti Panda Express, qui sert des repas bon marché à des millions de clients. Tadashi Yanai a fait d’Uniqlo une marque mondiale. Robin Zeng a créé en quinze ans CATL, géant chinois de la batterie. Oprah Winfrey doit sa fortune au public qui a voulu l’écouter, Cristiano Ronaldo, aux foules venues admirer son talent. Dans chacun de ces cas, l’enrichissement est la conséquence d’un succès soumis au jugement de millions de personnes libres de dire non. Une fortune entrepreneuriale n’est pas un tas de pièces d’or dormant dans une chambre forte. Elle est, pour l’essentiel, la valeur attribuée à des actions d’entreprises qui produisent, investissent, innovent et emploient. La hausse des marchés, l’enrichissement de la Chine et l’Internet mobile ont accéléré cette création de fortunes. Une idée utile peut désormais atteindre presque instantanément des centaines de millions de clients. Jamais il n’a été aussi rapide de devenir immensément riche. Mais jamais, non plus, il n’a été possible de diffuser aussi vite une innovation à une telle échelle. La démesure des fortunes reflète celle des marchés accessibles. À lirePrésidentielle 2027 : Mélenchon prépare le démantèlement des groupes de presse privés tenus par des milliardaires C’est pourquoi l’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. Il traite un patrimoine productif comme une réserve liquide. Or frapper chaque année la valeur d’une entreprise, c’est obliger son propriétaire à vendre une partie de son capital, décourager l’investissement ou provoquer son départ. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. La France devrait être particulièrement attentive à cette leçon. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. Nous excellons à compter les fortunes, à les soupçonner et à imaginer leur taxation, beaucoup moins à faire naître les entreprises qui les produisent. L’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance."
par Vincent Bénard dans Contrepoints (IREF) 4 septembre 2026
L’expérience britannique de l’éolien flottant devrait pourtant nous inciter à la prudence : investissements publics lourds, projets difficiles à rentabiliser et recours croissant aux mécanismes de soutien pour rendre artificiellement compétitive une électricité coûteuse. Alors que la France envisage à son tour de développer massivement cette filière, cet article pose une question essentielle : tirerons-nous les leçons de l’expérience britannique avant que les contribuables et les consommateurs ne paient la facture ? Lire l’article de Contrepoints : https://contrepoints.org/eolien-flottant-lechec-anglais-ne-semble-pas-dissuader-le-gouvernement-francais-de-faire-les-memes-couteuses-erreurs/
par Robert Ménard dans Valeurs Actuelles 3 septembre 2026
Face à la montée de l’insécurité et à la banalisation des incivilités, Robert Ménard défend l’idée que l’autorité n’est pas une posture politique, mais une condition indispensable au maintien de l’ordre républicain et de la cohésion sociale. Une tribune qui invite à réfléchir aux conséquences de plusieurs décennies de renoncements. Lire l’article de Robert Ménard dans Valeurs actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/robert-menard-lautorite-nest-pas-une-option-cest-le-socle  Alors que l’insécurité s’enracine et que l’autorité de l’État recule, Robert Ménard, maire de Béziers, appelle à rompre avec des décennies de renoncements. De l’école à la justice, de la lutte contre les trafics à l’exécution des peines, il défend un véritable choc d’autorité pour restaurer l’ordre républicain et garantir à nouveau la sécurité des Français.​​​​ Comme un cancer. Un cancer lent et sournois. Un cancer qu’on refuse de traiter. Plus les années passent, plus le traitement doit être radical, violent, pour qu’on ait une petite chance de s’en sortir… L’insécurité grandissante est ce cancer qui ronge la France depuis des décennies. Elle pourrit tout le corps social. Le diagnostic est effrayant. Nous le connaissons tous. Au sommet, l’ultraviolence : les meurtres, les viols, les règlements de comptes entre narcotrafiquants, le grand banditisme, le terrorisme bien sûr, les violences faites aux femmes et aux enfants. Ces crimes-là nous indignent, nous horrifient, nous révoltent. Et c’est normal. Mais à la base de cette même pyramide, il y a tout le reste. Un océan de violences diffuses , de comportements insupportables, de regards qu’il ne faut pas croiser. Les petites incivilités. Les coups de canif répétés. Les simples coups d’aiguille qui, jour après jour, s’enfoncent dans notre tissu social jusqu’à le déchirer. Le jeune qui insulte le conducteur de bus. Celui qui tague le mur de l’école. Celui qui fume son joint sur le banc public en riant au nez des riverains. Celui qui jette ses détritus à même le trottoir. Celui qui refuse d’enlever les pieds de la tablette dans le train. Celui qui crache par terre, qui hurle la nuit, sans le moindre souci du voisinage. Rien de cela n’est anodin. C’est le terreau. C’est le terreau de l’impunité. Et l’impunité, c’est l’école du crime. On ne reconstruira rien si l’on se contente de frapper en haut. Il faut frapper partout. Un choc d’autorité à tous les niveaux. Sans exception. Sans faiblesse. Sans ces digressions morales qui, depuis trente ou quarante ans, ont transformé la justice en machine à absoudre . Cela commence dès l’école . L’école n’est pas un lieu de négociation permanente. Ce n’est pas un centre social. C’est l’endroit où l’on devrait apprendre le respect, la discipline, la différence entre le permis et le défendu. Quand un élève insulte un professeur, on ne «dialogue » pas. On sanctionne. Quand il frappe un camarade, on ne « comprend » pas. On exclut. Quand il revend de la drogue dans la cour, on n’« accompagne » pas. On le sort et on le met face à ses responsabilités, y compris judiciaires. Ne rien laisser passer. Plus rien. Absolument rien. Il faut aussi cesser de regarder ailleurs sur le trafic de drogue . Le consommateur n’est pas une victime. C’est un acteur, un complice. C’est lui qui alimente les réseaux. C’est lui qui, par ses achats répétés, finance les armes, les voitures de luxe et les villas des caïds. Frapper le consommateur, c’est tarir la source. Amendes dissuasives. Travaux d’intérêt général. Et, pour les récidivistes, de vraies peines. On a trop longtemps fait semblant de croire que la « dépénalisation soft » allait résoudre le problème. Elle l’a aggravé dans des proportions affolantes. Mais tout cela ne servira à rien si l’on n’a pas de place pour enfermer. Or notre pays manque cruellement de places de prison. Alors, il faut en construire. Massivement. Immédiatement. En court-circuitant la bureaucratie nationale et locale qui, depuis des décennies, a transformé chaque projet en parcours du combattant. On a su restaurer Notre-Dame en cinq ans. On a su mobiliser les compétences, les moyens, la volonté politique. Pourquoi serait-il impossible de faire la même chose pour des établissements pénitentiaires ? Parce que certains préfèrent les discours aux actes. Parce que d’aucuns prétendent encore que la prison n’est qu’une fabrique à criminels, en oubliant son rôle essentiel de protection de la société. Parce que d’autres encore ont peur de mécontenter les riverains ou les associations. Mais nous n’avons plus le temps d’avoir peur ! On doit également construire, créer des centres de détention moins sécurisés pour les infractions mineures, pour les peines courtes, pour ceux qui n’ont pas encore basculé dans la grande criminalité. Tu es condamné à trois mois de prison, tu fais trois mois de prison. Et tout de suite. Et puisqu’on manque de places, pourquoi ne pas nouer des partenariats avec nos voisins qui disposent de capacités carcérales excédentaires ? L’Espagne, l’Allemagne, d’autres encore. C’est du bon sens. On paie. On contrôle. On s’assure que les conditions sont dignes. Mais on soulage nos prisons saturées. Et pendant ce temps, on construit chez nous. Je l’ai proposé au chef de l’État. Il a acquiescé. Et depuis, plus rien. Enfin, il y a la question des détenus étrangers en situation irrégulière. Leur place n’est pas dans nos prisons. Leur place est dans leur pays. Sauf exception et avec l’accord de leurs victimes. Pour le reste, on expulse. On cesse de financer l’hébergement de ceux qui n’ont rien à faire ici. On cesse d’engraisser le sentiment d’impunité de ceux qui savent qu’ils peuvent enchaîner les délits sans jamais vraiment craindre le retour au pays. Oui, un choc d’autorité. Pas des mots, des actes. Pas des groupes de travail, des décisions. Pas des plans quinquennaux, des chantiers qui démarrent demain. Parce que chaque jour perdu, c’est un jour de plus où les Français subissent, où les victimes pleurent, où les voyous ricanent. L’autorité n’est pas une option, c’est le socle. Et tant que nous n’aurons pas remis ce socle d’aplomb, du plus petit manquement au plus grand crime, nous n’avancerons pas. Excessif, populiste, dangereux ? Ce qui est excessif, c’est de laisser un pays s’enfoncer dans le chaos sous prétexte de nuance, d’indulgence, de bienveillance mortifère. Ce qui est populiste, c’est de faire croire au peuple que l’on peut vivre ensemble sans règles communes. Ce qui est dangereux, c’est de continuer comme avant. Oui. C’est évident, le traitement de la maladie sera rude, très rude. Il nécessitera un courage hors norme et un effort immense de la part des Français. Dans les têtes. Dans les actes au quotidien. L’avenir se jouera là.
par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/